"Real Women Project": des corps féminins sans filtres ni retouches

Pendant 10 ans, Marie Brabant a été maquilleuse dans le milieu de la pub, de la mode et du cinéma. Elle a ensuite ouvert un salon d’esthétique, basé sur des produits naturels. Et quelle ne fut pas sa surprise de constater que les femmes qui défilaient dans son fauteuil commençaient toutes par s’excuser pour ce qu’elles étaient…

"Désolée j’ai des fourches", "Désolée j’ai des cernes", "Oh mes cheveux sont moches", "Je ne suis vraiment pas belle" et ainsi de suite. Ces femmes, ce sont les femmes "ordinaires", celles qui ne se reconnaissent pas dans les images lisses, parfaites (et retouchées) de la publicité. Des images qui fixent les normes censées définir la beauté. Des images omniprésentes que Marie Brabant avait elle-même intégrées sans presque s’en apercevoir. Jusqu’au jour où la jeune trentenaire se lance dans une campagne de promotion pour son salon.

Pour les photos, elle engage une jeune mannequin de 16 ans, parfaite. "En postant les photos sur Instagram, je me suis dit que ça ne correspondait absolument pas à notre clientèle", explique-t-elle. "Et je suis la première à être complexée aussi, de moins en moins, mais à l’adolescence c’était la cata". La jeune femme se dit qu’il faut faire quelque chose… "Et pourquoi pas faire un projet où on photographierait des femmes normales, c'est-à-dire comme tout le monde ?".

Pour la première séance photo, elle se prête au jeu avec des personnes de son entourage. Le résultat connaît un certain succès sur les réseaux sociaux et d’autres femmes se montrent intéressées. Un deuxième shooting est organisé, auquel nous avons assisté.

Prendre conscience que son corps mérite d'être aimé

Le jour J, elles sont six, aux silhouettes toutes différentes et qui assument avec plus moins de bonheur leur corps. Toutes ont envie que la diversité des corps féminins soit mieux représentée dans les médias. En participant, elles espèrent donner confiance à d’autres femmes. Pour certaines, c’est aussi l’occasion de marquer le coup, de passer un cap personnel et symbolique en s’assumant face à l’objectif.

Pour la photographe Ophélie Longuépée, "l’intérêt c’est d’essayer de poser sur elle le regard le plus objectif et de m’attarder sur des choses qu’elles considèrent comme leurs complexes ou leurs imperfections et que moi je vais considérer comme leur 'perfection'". "Un corps, c’est une histoire, c’est un passé, c’est ce qui nous porte tous les jours…" poursuit la photographe. "Donc l’intérêt c’est aussi de prendre conscience que son corps mérite d’être aimé. Je pense que la plupart des femmes n’aime pas leur corps, que c’est en tout cas très difficile et c’est vraiment ce qu’on essaie de faire changer dans ce projet".

Les photos ne montrent presque pas les visages, souvent camouflés derrière des plantes ou des fleurs. Les corps ne sont pas retouchés. Certaines images sont poétiques, d’autres plus frontales. Le résultat pourra être découvert à la galerie Vanderborght (Bruxelles) les 22 et 23 septembre 2018.

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