Réactions indignées après la confession de Roger Vangheluwe

Roger Vangheluwe
Roger Vangheluwe - © VT4

Les réactions sont indignées au nord comme sud du pays et cela aussi bien dans les milieux politiques qu'au sein même des instances religieuses. La confession de l'ex-évêque de Bruges a choqué dans tous les milieux.

A la VRT dans Ter Zake, le théologien Jürgen Mettepenningen, ancien porte-parole de Mgr Léonard, ne mâche pas ses mots à propos de cette interview qui l'a "rendu écoeuré à en gerber". Il est passablement outré de la façon dont l'ancien évêque minimalise et même banalise les abus sur ses neveux : "Cet homme ne comprend pas ce qu'il a fait".

Walter Van Steenbrughe, avocat de la première victime, juge que les propos du prélat sont "idiots et grotesques". Il dément sa version des faits selon laquelle il n'y a pas eu de "sexe brut" et relève que l'allusion aux sommes d'argent versées à la victime ne correspond pas à la réalité. L'avocat dit craindre les conséquences de cette interview sur la famille de la victime. 

L'évêque de Bruges Jozef De Kesel est "stupéfait" de l'interview donnée jeudi par son prédécesseur Roger Vangheluwe. "C'est incompréhensible, tellement dommage, pour toutes les personnes impliquées, les victimes en premier lieu, mais aussi pour nous, et je ne parle pas de notre image mais pour notre crédibilité", a-t-il déclaré vendredi dans l'émission De Ochtend, sur Radio 1. Les aveux de Roger Vangheluwe choquent et déçoivent l'évêque De Kesel. "Je ne trouve pas ça courageux", a-t-il dit.

Jozef De Kesel a eu plusieurs contacts avec son prédécesseur au cours de l'année écoulée dans le cadre de sa fonction. Il n'exclut pas d'autres contacts à l'avenir, "mais à l'heure actuelle, cela me paraît quand même très difficile."

L'évêque doute que Vangheluwe ressente un sentiment de culpabilité. "Il a dit 'je suis désolé', mais je ne sais pas s'il le pense", souligne-t-il. Il n'a par ailleurs pas souhaité s'exprimer sur la responsabilité du confesseur auquel Roger Vangheluwe a indiqué avoir parlé de ces abus. "S'il lui avait tout dit, le confesseur devait l'aider. J'aimerais savoir de quels éléments disposait le confesseur." Il a ajouté ne pas savoir si l'Eglise cherchait à connaître l'identité de celui-ci.

"Je regrette profondément l'interview de Roger Vangheluwe", a réagi vendredi Monseigneur Patrick Hoogmartens, évêque d'Hasselt. "Je regrette qu'il ait montré si peu d'empathie pour le traumatisme subi par les victimes et aussi pour la douleur que l'Eglise et la société traversent. Je regrette surtout ses propos qui minimisent les faits. C'est particulièrement douloureux, d'autant plus que nombreux étaient ceux qui pensaient qu'il réfléchirait dorénavant dans le silence. Avec cette interview, Roger Vangheluwe ignore totalement le chemin que les évêchés tentent de tracer depuis plusieurs années", ajoute-t-il.

L'évêque de Gand, Luc Van Looy, se dit vendredi "honteux, choqué, déçu et fâché" par les propos que l'ancien évêque de Bruges, Roger Vangheluwe, a tenus dans une interview diffusée jeudi soir. Mgr Van Looy s'exprime en son nom propre, dans l'attente d'une position commune de la Conférence épiscopale.

"Vangheluwe minimise les abus et ce faisant, il approfondit la souffrance indescriptible des victimes d'abus sexuels au sein de l'Eglise. Je prends, explicitement et formellement, mes distances par rapport à ses propos", ajoute-t-il.

L'évêque de Tournai Guy Harpigny est stupéfait. Roger Vangheluwe agit comme si rien ne s'était passé depuis un an. C'est très triste. C'est un homme malade qui a parlé, ou tout simplement est-ce la réaction normale d'un pédophile. Je ne comprends pas. Guy Harpigny déclare encore : "Je pense que tout le monde sera d'accord pour dire que l'Eglise a énormément évolué durant l'année écoulée".

Les évêques de Belgique "extrêmement choqués"

Les évêques de Belgique se disent "extrêmement choqués de la manière dont Roger Vangheluwe minimise et excuse les faits commis et les conséquences pour les victimes, leur famille, les croyants et plus largement toute la société. C'est inacceptable. Roger Vangheluwe ne semble toujours pas mesurer l'extrême gravité de ses actes", indiquent les évêques.

"Cette interview ne correspond aucunement à ce qui lui a été demandé par Rome", poursuivent-ils. "Nous lui faisions confiance concernant son retrait dans le silence à l'étranger en vue d'une réflexion sur ses actes et du suivi du traitement spirituel et psychologique imposé par Rome."

Les évêques de Belgique soulignent également que "le ton de l'interview est en totale contradiction avec les efforts entrepris ces derniers mois pour prendre au sérieux la problématique de l'abus sexuel, écouter les victimes et déterminer les mesures adéquates".

Au Vatican, le Père Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, a commenté ce vendredi : "La déclaration des évêques belges exprime de manière efficace les sentiments de stupeur et de préoccupation suscités par l'interview accordée par l'ancien évêque de Bruges, Mgr Vangheluwe. De son côté le Saint-Siège suit attentivement la situation, en étant conscient de sa gravité et rassemble les éléments nécessaires en vue d'une évaluation approfondie".

Les ministres fédéraux veulent une réaction de l'Eglise

Le Premier ministre Yves Leterme a exprimé vendredi "son horreur et sa déception" devant les dernières révélations de Mgr Vangheluwe. "Le politique a pris ses responsabilités au sein de la commission spéciale. Je demande que l'Eglise fasse de même", a-t-il encore ajouté.

Le premier ministre a encore dit sa "frustration et son impuissance" devant "ces faits inacceptables".

La vice-première ministre et présidente du cdH Joëlle Milquet s'est dit choquée non seulement par les déclarations de Mgr Vangheluwe mais aussi par le fait même qu'il accorde une interview. Dans celle-ci il "banalise de façon éhontée des faits inacceptables".

Joëlle Milquet a qualifié les propos de "profondément heurtants". Elle espère que l'autorité de l'Eglise réagira. "Je ne comprendrais pas qu'elle ne le fasse pas", a-t-elle ajouté.

La vice-première ministre PS Laurette Onkelinx a qualifié l'attitude de l'ancien évêque de Bruges de "dégoûtante".

"Il manifeste un mépris total pour les victimes et pour le travail de la Commission spéciale. Nous avons une grande habitude de respect dans les relations entre l'Etat, la laïcité et l'Eglise qui se traduit notamment à travers le financement des cultes. Si l'Eglise continue à ne pas réagir, cela pourrait être remis en cause. J'espère que l'Eglise réagira", a encore dit Laurette Onkelinx.

"Cela touche à l'invraisemblable. J'espère que Rome va réagir, car c'est dommageable, non seulement pour les victimes mais également pour l'institution en tant que telle", a quant à lui déclaré Vincent Van Quickenborne, ministre open Vld de l'Economie.

Le ministre de la Justice Stefaan Declerck déclare : "A un moment où la société tente de se redresser après les ravages que Vangheluwe a provoqués, son apparition dans les médias est particulièrement déplacée". Stefaan De Clerck "appelle les autorités de l'Eglise à adopter les mesures qui s'imposent pour mettre fin au comportement irresponsable de l'ex-évêque, d'autant plus qu'il apparaît aujourd'hui que les sanctions provisoires prises à son égard par le Vatican n'ont pas pu susciter chez lui une prise de conscience de la portée dramatique des actes dont il s'est rendu coupable".

"A un moment où la société tente de se redresser après les ravages qu'il a provoqués, son apparition dans les médias est particulièrement déplacée", ajoute le ministre, parlant de "gifle à ses victimes et à l'ensemble des victimes" mineures d'actes sexuels.

Le ministre de la Défense Pieter De Crem (CD&V), lui-même catholique, a regardé "avec stupéfaction et douleur, d'abord pour les victimes" l'interview de l'ancien évêque de Bruges. "Il y aura beaucoup de travail, aussi auprès de la base, pour rétablir la confiance", a-t-il déclaré dans De Ochtend, l'émission de Radio 1 (VRT).

Il se joint à la réaction de son collègue de la Justice Stefaan De Clerck (CD&V) qui réclame un signal clair du Vatican. "L'Eglise doit agir", a estimé Pieter De Crem.

Les milieux politiques sont écoeurés

La socialiste Karine Lalieux, qui a présidé la commission parlementaire sur les abus sexuels, trouve que l'interview de l'ancien évêque de Bruges, est la plus écoeurante qu'elle ait pu lire depuis longtemps. Elle s'offusque qu'il continue à relativiser, presqu'en riant. Il a le sentiment d'une totale impunité et la douleur doit être terrible pour l'ensemble des victimes. Karine Lalieux juge aussi que les sanctions de l'Eglise ne sont que des pseudo-sanctions.

Le député cdH Christian Brotcorne condamne avec fermeté les propos tenus par l’ancien évêque de Bruges. Il se déclare extrêmement choqué par cette intervention qui  révèle "une indifférence profonde vis-à-vis des souffrances qu’il a infligées à ses neveux, une incompréhension totale du vécu des victimes d’abus sexuels commis par des prêtres ou par des religieux, plus généralement une méconnaissance absolue de la gravité des faits en cause, pour les victimes, pour lui-même et pour l’Eglise dans son ensemble". Selon Christian Brotcorne, les déclarations de Roger Vangheluwe "doivent inciter le Vatican à se prononcer très rapidement – et de manière très ferme – sur la sanction définitive qui lui sera imposée". Il "espère que la Conférence des évêques de Belgique prendra officiellement ses distances vis-à-vis de l’intervention de Roger Vangheluwe, ceci dans les plus brefs délais". 

On ajoutera encore que l'interview accordée par Roger Vangheluwe résonne d'autant plus dans le silence de cathédrale qui a suivi la conclusion des travaux de la Commission parlementaire sur les abus sexuel, silence de l'église qui n'a toujours pas réagi officiellement aux recommandations et propositions de la Commission.

La plupart des députés flamands qui ont participé à la Commission parlementaire sur les abus sexuels commis dans une relation d'autorité se sont indignés des propos tenus par l'ancien évêque Roger Vangheluwe. Les évêques de Belgique doivent donner un signal et prendre leurs distances avec Roger Vangheluwe, estime Renaat Landuyt (sp.a) qui a dénoncé une minimisation des faits. "Il doit être très douloureux pour les victimes de constater que rien n'a changé chez l'intéressé", a-t-il souligné.

Siegfried Bracke (N-VA) dit espérer que l'interview n'est pas "représentative de l'Eglise". Le député regrette que l'ancien évêque n'établisse pas un lien spécifique entre l'Eglise et les abus. "L'Eglise est quand même une institution qui, par excellence, est fondée sur des valeurs", a-t-il ajouté.

Le vice-président de la Commission, Stefaan Van Hecke (Groen!), n'a pas mâché ses mots : "Dégoûtant", a-t-il lancé. Selon lui, le prêtre n'a pas paru affecté par ces faits: "Une gifle à la face des victimes".

La vice-présidente Carina Van Cauter (Open Vld) a quant à elle dénoncé "une absence totale de sentiment de culpabilité".

De son côté, le sénateur Rik Torfs (CD&V) a estimé que Roger Vangheluwe n'aurait pas dû s'exprimer et que "c'est un homme qui a un problème". "En parlant aussi superficiellement de ces affaires, il ne rend pas service à l'Eglise", a-t-il ajouté, tout en considérant que l'interview montre que l'ancien évêque n'a pas pris conscience de ses actes. "C'est particulièrement douloureux pour les victimes", a-t-il encore dit.

La pension de l'ancien évêque fait débat

Le député sp.a Renaat Landuyt estime que les autorités doivent supprimer la pension de l'ancien évêque Roger Vangheluwe. Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck (CD&V) rétorque que ce n'est pas possible, légalement. "On ne peut pas supprimer comme cela la pension qu'une personne reçoit pour les fonctions qu'elle a assumées", a réagi le ministre vendredi dans De Ochtend (VRT).

Les ministres du culte sont payés par l'Etat, et c'est le SPF Justice qui leur paie. Ce sont les cultes eux-mêmes qui déterminent qui fait partie de la liste salariale. Roger Vangheluwe est désormais pensionné et ne reçoit donc plus de "salaire" de la Justice, mais bien une pension.

Roger Vangheluwe perçoit, en tant qu'évêque à la retraite, une pension de 2800 euros. Renaat Landuyt, rapporteur de la commission parlementaire sur les Abus sexuels, estime que l'Etat devrait intervenir si l'Eglise ne fait rien. "L'Etat paie les émoluments de Roger Vangheluwe. J'appelle le gouvernement à intervenir pour priver Roger Vangheluwe de ses revenus et de ses tâches", déclare Renaat Landuyt.

Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck veut mener un débat à ce sujet, mais souligne qu'il s'agit "d'une question de principe", qui dépasse le cas individuel de Roger Vangheluwe. "Quand retire-t-on sa pension à quelqu'un? Lors d'une condamnation? Ce n'est même pas le cas pour Vangheluwe", a-t-il commenté.

Les faits commis sur le 2e neveu sont aussi prescrits

Le procureur de Bruges Jean-Marie Berkvens a indiqué vendredi que le parquet était au courant de la deuxième victime d'abus sexuels de l'ancien évêque de Bruges, Roger Vangheluwe. "L'évêque affirme qu'il a abusé d'un autre neveu une année durant, mais ce n'est pas du tout correct", explique Jean-Marie Berkvens. "Il a en fait abusé de ce jeune pendant deux ans. Les faits remontent aux années '70. A l'époque, l'enfant avait entre 6 et 8 ans. Les deux neveux ont donc été victimes de l'ancien évêque à la même période". Mais ces faits sont également prescrits, a-t-il précisé dans l'émission De Ochtend, sur Radio 1. Jean-Marie Berkvens a aussi rappelé que le juge d'instruction bruxellois Wim De Troy enquête toujours sur des faits présumés de négligence coupable au sein de l'Eglise. L'ancien évêque a notamment déclaré jeudi qu'il s'était confessé sur ces abus.

Stupéfaction et écœurement parmi les éditorialistes flamands

L'interview accordée par l'ancien évêque de Bruges Roger Vangheluwe à la chaîne VT4 alimente vendredi matin les éditoriaux des quotidiens flamands. "Vangheluwe est un homme malade qui ne se rend pas compte de ce qu'il dit et ne montre pas le moindre regret pour la souffrance qu'il a provoquée", écrit Steven Samyn dans De Morgen. "Humiliant, choquant, dégoûtant, écœurant... Quel terme conviendrait finalement le mieux pour décrire les déclarations de Roger Vangheluwe?", se demande-t-il.

"Aucune trace de regret, aucun signe de repentance, pas une fois un signe de prise de conscience. De tout ce que Vangheluwe a dit, il en ressort de la dénégation et de la méconnaissance, du dépit, et un sentiment de supériorité moral et religieux: lui, évêque pour la vie et Dieu au plus profond de ses pensées, contre le monde extérieur, en colère et incrédule", analyse de son côté Jan Segers dans Het Laatste Nieuws. "Un homme réconcilié avec lui-même, plus même: un homme éprouvant un grand amour-propre et fier de tous les mails de fans qu'il peut recevoir. Choquant."

"Comment cet homme ose-t-il encore se montrer à la télévision?", s'interroge Paul Geudens dans la Gazet van Antwerpen. "Tout va bien. Salutations ensoleillées de France", résume-t-il le message de l'ancien évêque. Geudens explique avoir regardé l'interview "l'estomac noué et avec la chair de poule de ressentir de la honte à sa place". "Comment une personne telle que lui a pu devenir évêque au nom de Dieu?", ajoute l'éditorialiste. "Sa place n'est pas dans une abbaye en France, mais dans une cellule ou dans une institution psychiatrique."

Pour Karel Verhoeven du Standaard, l'interview de Roger Vangheluwe est littéralement à couper le souffle. C'est comme si Vangheluwe n'avait pas vécu la dernière année. "Quel homme aveugle. Quelle incapacité tragique d'assumer ce qu'il est et ce qu'il a fait à d'autres", déplore-t-il.

Les déclarations de Vangheluwe ont également fait froid dans le dos de Liesbeth Van Impe, du Nieuwsblad. "Le seul intérêt de cet homme semble être de nous rappeler combien le pouvoir peut rendre arrogant et aveugle et combien nous ne pouvons plus jamais permettre à des gens comme ça de se croire invulnérables."

Luc Standaert résume dans le Belang van Limburg, l'impression générale en un mot: "ahurissant". Selon lui, l'interview a révélé un homme déphasé, qui minimalise les faits, et qui ne comprend visiblement pas pourquoi ses actes ont provoqué autant de remous. En résumé, un représentant de l'ancienne Eglise catholique. "Vangheluwe aurait dû se taire. Par respect pour les victimes, par respect pour l'institution qu'il représente encore et même dans son propre intérêt."

RTBF avec Belga

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