Rapport sur la 5G en Wallonie : les experts expriment leurs divergences

La 5G, entre intérêts économiques et environnementaux
La 5G, entre intérêts économiques et environnementaux - © NICOLAS ASFOURI - AFP

Le rapport commandé par la Région wallonne se devait d’être détaillé, nuancé, et transparent. C’est le cas. L’impact des ondes sur la santé n’est pas prouvé. Mais économie et environnement restent incompatibles. Une dichotomie qui s’exprime dans les tensions et les avis divergents entre les experts consultés. L’objectif est de rassurer le citoyen et d’obtenir son adhésion n’est pas atteint.

Le choix impossible entre promesses économiques et urgence environnementale

L’Union européenne pousse pour le déploiement de la 5G en étant convaincue de l’importance de cette technologie pour la compétitivité et la création d’emplois. Ce sera d’autant plus important pour relancer l’économie après la crise sanitaire due au Covid 19. Le rapport présente un cumul d’arguments qui permet à chacun d’y trouver la réponse qui lui convient. Pour Willy Borsus, ministre de l’Economie wallonne, "ce rapport permet au moins une réponse partielle aux questionnements". Le groupe d’experts reconnaît la complexité du sujet, et donc, les tensions entre, d’un côté les innovations techniques et les promesses économiques, et de l’autre les transformations sociales et l’urgence environnementale.

Pour Grégoire Wellenborn, professeur en histoire des sciences à l’ULB, "il n’y aura pas de transition énergétique sans d’importantes mesures de sobriété, ce qui est très peu souligné dans les recommandations. Or la conséquence la plus certaine que montre le rapport est l’augmentation de la consommation d’énergie qu’entraînera le déploiement de la 5G".

Les compétences des uns contre celles des autres

Olivier de Wasseige, directeur de l’Union wallonne des entreprises, chargé de la partie Économie du rapport, émet des réserves sur les compétences numériques de certains experts. Mais il est lui-même visé par Jérémy Grossman, de l’Université de Namur, chargé de l’expertise sur le droit du travail, l’impact social et éthique, qui lui reproche sa fermeture au dialogue.


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Quant à Grégoire Wallenborn, de l’ULB, il estime que le rapport est plus un "patchwork de positions, parfois contradictoires, que le résultat d’un effort de synthèse” et que “la question essentielle des émissions de gaz à effet de serre qui augmenteraient immanquablement” n’est pas suffisamment prise en compte. Le débat est donc tendu, mais présente quand même des points de convergence. Les experts s’accordent pour dire soit que l’impact sanitaire lié aux ondes est dans l’ensemble non prouvé, soit que les plafonds fixés dans les différentes régions belges sont suffisants pour ne pas mettre en danger la population, même s’il faut faire preuve de prudence et de suivi.

Quel monde pour demain ?

Les experts sont unanimes pour pointer du doigt la question des usages. Le numérique pose des problèmes d’addictions comportementales et de bien-être, que la 5G pourrait accentuer.

Le rapport aborde également l’aspect sécuritaire, que ce soit au niveau du contrôle possible de la population par les autorités ou bien de la sécurité des données personnelles. Le rapport dresse donc une vue d’ensemble intéressante mais son constat reste sévère : la conciliation entre développement économique et aspects environnementaux est quasiment impossible. Pour le ministre de l’Économie wallonne, "cela permet au moins de poser les bonnes questions, de repenser par exemple la circularité de notre économie et la relocalisation de notre industrie". Et d’ailleurs le rapport souligne : “De fait, la 5G nous met face à la question suivante : quels mondes possibles, étant donné l’urgence climatique, et désirables, étant donné les applications numériques, pensons-nous pouvoir et devoir construire ? La question reste ouverte.

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JT du 16/07/2020

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