Rapport OCDE sur l'enseignement: la Belgique est-elle un bon élève ?

Rapport OCDE sur l'enseignement : la Belgique est-elle un bon élève ?
4 images
Rapport OCDE sur l'enseignement : la Belgique est-elle un bon élève ? - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) a sorti son rapport annuel sur l’éducation. Ce rapport met l’accent sur la qualité de l’enseignement supérieur au sein des 37 pays qui composent l’OCDE. Un enseignement supérieur qui gagne en progression dans la quantité et la qualité.

Et en Belgique, quelles sont les conclusions du rapport ? Quels sont les points de force ? Quels sont les points à améliorer ?

Augmentation du nombre d’inscriptions

Premier constat tiré par ce rapport de l’OCDE, le nombre d’inscriptions dans l’enseignement supérieur n’a jamais été aussi élevé en Belgique (72%). C’est même l’un des meilleurs résultats sur l’ensemble des membres. "Si l'on regarde le nombre d’étudiants qui entament des études supérieures, cette proportion est plus élevée que dans les pays voisins. Ça peut sembler positif", souligne Dominique Lafontaine, professeur en Sciences de l’Éducation à l’ULiège.

Une partie de l’explication réside dans le fait que le nombre d’élèves diplômés du secondaire est lui aussi en augmentation. Pour rappel, l’enseignement en Belgique est obligatoire jusqu’à 18 ans. Dès lors, cela constitue une masse plus importante d’étudiants potentiels pour l’enseignement supérieur.

Une nuance est à apporter. Ce nombre ne signifie pas que les étudiants inscrits finissent leur bachelier. "Si l'on regarde les étudiants qui obtiennent un bachelier dans les 3 à 6 ans qui suivent, on doit déchanter rapidement", ajoute Dominique Lafontaine. "Le niveau est très inférieur à la moyenne dans les autres pays de l’OCDE." Une moyenne qui avoisine les 40%. En Belgique, ce chiffre plonge à 27% en Fédération Wallonie Bruxelles et de 33% en Flandre.

Une autre explication réside dans la facilité d’accès à l’enseignement. Le rapport souligne que dans plus de la moitié des pays membres, l’accès à l’enseignement supérieur est libre. Certaines sélections peuvent parfois se faire selon des critères bien définis. Chez nous, au-delà d’examens en Médecine et en ingénieur civile, il n’existe pas de sélection à l’entrée. "En Belgique, il suffit de répondre aux critères minimaux, explique Dominique Lafontaine. Il faut un diplôme de secondaire pour pouvoir accéder à l’enseignement supérieur ce qui n’est pas le cas partout."

Les frais d’inscription assez faible permettent une plus grande facilité d’inscription. En FWB, le prix de l’inscription pour l’université est plafonné à 835€ pour un étudiant non boursier. Au nord du pays, Les études supérieures sont organisées en unités de formation correspondant à un certain nombre de points. Le montant du minerval est calculé sur base du type de contrat (diplôme, crédit ou examen) et du statut de l’étudiant (boursier ou non-boursier).

D’autres membres de l’OCDE proposent la gratuité de l’enseignement comme le Danemark.

"On pourrait dire si l’on veut critiquer le système que des étudiants qui n’ont pas nécessairement la capacité des études supérieurs les entament. Et puis c’est l’enseignement supérieur qui fait le tri de ces étudiants, ponctue la professeur en science de l’éducation. Les taux d’échec sont très élevés et ce, depuis un long moment. Comme il y a très peu de sélections, il n’y a pas de dialogue entre l’enseignement secondaire supérieur et l’enseignement supérieur. On voit s’amorcer l’esquisse d’un dialogue avec l’examen de médecine. Mais on se renvoie la balle. Les personnes qui accèdent à l’université ne sont plus une forme d’élite ou une population relativement sélectionnée. Ça appelle donc à une autre pédagogie ou approche."

Ce qui favorise aussi l’attractivité de l’enseignement pour les étrangers selon Julien Nicaise, administrateur de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur. "La qualité de nos cours, le faible coup d’inscription et le manque de filtre facilite la venue d’étudiants étrangers."

Un investissement dans les étudiants

Contrairement aux autres pays membres de l’OCDE, la Belgique investit plus dans la formation de ses étudiants. En effet, l’État belge dépense approximativement 2200€ par étudiant (coût pour le primaire, le secondaire et le supérieur) alors que la moyenne des autres pays avoisine les 9500€. Une distinction peut, là encore, être faite entre le nord et le sud du pays. La communauté flamande investit plus de 3100€ que la FWB. Cette différence résulte d’un investissement plus large dans les matières de la recherche et du développement.

Le budget pour l’enseignement supérieur pour les pays de l’OCDE a augmenté de 28% en moyenne sur la seule période 2005-2012. "On peut facilement imaginer l’augmentation de ce chiffre en 2019, ajoute la professeure de l’ULiège. Pourtant, l’enveloppe budgétaire (le budget lié à l’enseignement supérieur, ndlr) est fermée. Elle n’a pas évolué depuis 1995 alors que le nombre d’étudiants a lui considérablement augmenté. A tout autre niveau d’enseignement, les professeurs seraient dans la rue. C’est une situation qui devient intenable. En Flandre, l’enseignement supérieur ne fonctionne pas avec une enveloppe fermée. Cela augmente le différentiel entre le nord et le sud au fil du temps."

Un avis que partage l’ARES. "C’est l’une de nos caractéristiques, explique Julien Nicaise. Aujourd’hui, nous avons doublé le nombre de nos étudiants en supérieur depuis 25 ans. L’enveloppe étant fermée, le budget ne suit pas le nombre d’étudiant."

De plus en plus jeune

En Belgique, l’enseignement est obligatoire à partir de 6 ans. Néanmoins, le rapport de l’OCDE place la Belgique comme un bon élève en termes de précocité. Quasi tous les enfants sont inscrits dans l’enseignement maternel dès l’âge de trois ans. C’est même 53% des enfants de 2 ans qui sont scolarisés. Pour rappel, il est possible d’inscrire son enfant en maternel dès l’âge de 2 ans et demi. En comparaison, la moyenne de l’OCDE se situe autour de 49% pour les enfants de 2 ans et de 77% pour ceux de 3 ans.

"C’est un point qui est tout à fait positif, déclare Dominique Fontaine. On relève cela peu souvent mais très vite il y a un enseignement préscolaire. On se distingue des autres pays où c’est souvent un système de garde d’enfants payant qui doivent se prolonger et/ou l’enseignement maternel ne commence qu’à l’âge de 4/5 ans."

Un retard sur les doctorats

Le rapport de l’OCDE relève un chiffre important. Il y a moins de doctorants en Belgique par rapport à la moyenne des membres. En moyenne, c’est 1,1% de la population âgée entre 25 et 64 ans des pays membres qui possède un doctorat. En Belgique, ce chiffre est de 0,8% (-25% approximativement). Ajoutons à cela qu’un quart des étudiants doctorants sont d’origine étrangère. "On est effectivement plus bas, souligne Julien Nicaise. Je dois relativiser avec le fait qu’on a une véritable explosion ces 20 dernières années de très jeunes doctorants. On fait deux fois plus de doctorats. Les USA, le Royaume-Uni ou encore les pays asiatiques ont investi plus vite que nous. Cette différence devrait se résorber maintenant."

L’importance de ces doctorants est grande pour l’innovation et le développement technologique selon Julien Nicaise. "L’OCDE fait ce lien, ajoute-t-il. Au plus vous avez de doctorants, au plus vous maximiser vos chances de développer de la recherche fondamentale ou appliquée."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK