Rapport du GIEC sur le climat : "Ce qu'il manque, c'est la volonté politique d'agir suffisamment"

Dans son nouveau rapport publié mercredi, le GIEC tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. La planète est surexploitée et si l’homme ne modifie pas radicalement ses techniques agricoles et ses habitudes alimentaires, le réchauffement climatique va s’accentuer et la sécurité alimentaire sera menacée.


>> A lire aussi : Nos terres dangereusement sous pression humaine et climatique, avertit le GIEC


Réchauffement climatique et sécurité alimentaire, "un combat qui vaut la peine d’être mené de manière commune", pour le climatologue et professeur à l’UCLouvain, Jean-Pascal Van Ypersele, présent au sommet du GIEC en Suisse.

"On ne peut pas sauver le climat sans s’occuper de la manière dont l’agriculture et la gestion des forets et des sols se passe. Inversement, on ne pourra pas nourrir 10 millions d’habitants de manière correcte si on ne s’attaque pas au changement climatique."

Le défi qui est devant nous est immense

Dans ce rapport, les scientifiques soulignent l’importance de la croissance démographique. Selon le GIEC, c’est impossible de changer la donne sans des changements "sans précédents".

"Le GIEC répète ces messages depuis si longtemps. L’an dernier, dans le rapport précédent, il disait aussi que si on veut limiter le réchauffement à 1,5 degré, il faut des changements systémiques à l’échelle de l’ensemble de l’économie mondiale, dans tous les secteurs, y compris l’agriculture, la gestion des forets et des sols. Le défi qui est devant nous est immense. Mais le GIEC propose aussi des pistes, des possibilités d’agir. Ce qu’il manque jusqu’à présent, c’est la volonté politique d’agir suffisamment."


>> Eclairage de la plateforme wallonne pour le GIEC sur des aspects importants du rapport, grâce à la collaboration de trois experts belges


Autre chiffre interpellant : 820 millions de personnes souffrent de la faim et parallèlement un tiers de la nourriture mondiale est gaspillé. Des chiffres choquants pour le climatologue. "Pourtant, nous avons les moyens d’empêcher cela, qu’attend-on ?"

Diminuer la consommation de viande dans les pays développés

L’une des solutions avancées, serait de réduire sa consommation de viande, ce qu’il précise. "Le GIEC attire l’attention sur l’importance de diminuer la consommation de viande dans les pays développés, surtout quand elle est produite en utilisant des produits importés qui ont détruit les forets au passage. Il est possible de garder une certaine quantité de consommation en attirant l’attention sur les filières courtes, les élevages qui respectent l’environnement. Le GIEC attire aussi l’attention sur l’augmentation de l’obésité, qui est liée à des modes d’alimentation basés sur une trop grande quantité de viande. Et à l’inverse, il y a des pays ou les gens n’ont quasiment pas accès aux protéines et ou un peu plus de viande pourrait être utile. Il faut trouver le juste milieu."


>> Limiter sa consommation de viande sans arrêter pour autant, voici les flexitariens


Selon lui, l’agriculture "fait à la fois partie du problème et des solutions".

"Je crois qu’il est grand temps de se mettre autour de la table, en Wallonie, en Europe pour voir comment le secteur de l’agriculture et des forets peut contribuer à la lutte contre le changement climatique en respectant les principes du développement durable. La prise de conscience est là. Les agriculteurs et le public se rendent compte, de plus en plus, de la gravité des événements extrêmes dus aux changements climatiques et des effets qu’ils commencent à avoir sur l’agriculture, la vie quotidienne, la santé, l’économie. Il est grand temps de se réveiller et de mettre en œuvre les pistes proposées par le GIEC."

Les climatosceptiques

Pourtant, il existe un bon nombre de climatosceptiques, comme c’est le cas de Donald Trump ou encore de Jair Bolsonaro,"Au Brésil, en Amazonie, depuis que le président Bolsonaro est au pouvoir, la vitesse du déboisement a augmenté significativement. C’est préoccupant. Mais par ailleurs, il y a d’autres évolutions dans le monde, une prise de conscience."

La Belgique de son côté doit remettre à la Commission européenne, d’ici la fin de l’année, un plan national énergie-climat. "La première version a été déposée au printemps. La Commission vient de remettre son avis, qui est très critique. Il faudra voir si la version suivante sera à la hauteur des défis qui sont devant nous."

Les jeunes ne vont pas se laisser faire si le manque d’action en matière climatique continue

Jean-Pascal Van Ypersele assiste aussi, en ce moment même, à un autre sommet : celui des jeunes pour le climat, avec la présence notamment de Greta Thunberg. Ces derniers mois, il y a eu, en Belgique et dans d’autres pays d’Europe, une très forte mobilisation des jeunes pour le climat. "Ici, il y a 450 jeunes qui viennent de 38 pays de la région européenne au sens large. Leur détermination est très grande, leur désespoir parfois aussi par rapport au manque d’action. Donc, je pense que dans les mois suivants, on va voir davantage de manifestations. Une grande grève est annoncée le 20 septembre, d’autres sont planifiées pour l’an prochain. Je crois que les jeunes ne vont pas se laisser faire si le manque d’action en matière climatique continue."

Greta Thunberg reçoit du soutien, mais aussi de nombreuses critiques, avec des campagnes pour décrédibiliser le message que les jeunes défendent. "C’est un combat d’arrière-garde, qui est indécent. Ce sont souvent des personnes qui préfèrent être dans l’inaction climatique et qui prennent comme excuse ce genre d’argument déplacé pour essayer de justifier leur absence d’action. Regardons plutôt ce que les jeunes nous disent, écoutons-les, essayons plutôt de voir ce qu’il est possible de faire pour faire bouger les choses. C’est dans ce sens-là qu’il faut aller. Moi je soutiens à 100% ces jeunes, dont le premier message est : "Ecoutez davantage les scientifiques."

>> "Greta mériterait une fessée": un tweet du "Rassemblement National" liké de partout… jusqu’au MR

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK