Racisme dans le football: "Si l'esprit sportif a disparu de la pelouse, il faut arrêter le match"

Insultes, cris de singe et jets de bière, le joueur de Charleroi Francis N'Ganga a subi l'outrage de plusieurs supporters brugeois dimanche lors d'un match. Ces faits ont engendré des réactions contre ce genre de débordements. 

Interrogé sur La Première, l'ancien arbitre de division 1 de football Claude Bourdouxhe explique qu'il a été confronté à maintes reprises à des faits similaires. A deux reprises, il a même dû arrêter des rencontres : "une à Genk en Coupe de Belgique contre l'Olympique de Charleroi, où ils avaient entonné 'Les Wallons, c'est du caca', et on s'apercevait que le capitaine olympien devenait très nerveux. J'ai essayé de le calmer sur le terrain, puis je voyais bien qu'à un moment donné il allait commettre une faute irréparable sur un joueur adverse, et au lieu d'avoir un incident et un blessé grave sur le terrain, j'ai dû arrêter la partie et demander au speaker de faire une annonce micro".

Quand arrêter le match?

Pour la deuxième rencontre, "ce n'était pas du racisme, c'était Izzet Akgül qui revenait à Charleroi avec l'équipe de Roulers et les supporters ont entamé un chant contre la maman d'Izzet Akgül. De nouveau, le joueur était très nerveux, je lui ai parlé sur le terrain, je voyais bien qu'il ne voulait rien entendre, d'autant plus qu'il venait de marquer un but contre son ancienne équipe et il se faisait manifestement chambrer par les spectateurs présents derrière le but. Donc, j'ai arrêté la partie, j'ai demandé aux joueurs de regagner les vestiaires, j'ai pris Izzet Akgül dans mon vestiaire et on a parlementé trois-quatre minutes avant de regagner la pelouse et de terminer le match".

Quand arrêter le match? "Il ne faut surtout pas que le problème des tribunes surgisse sur le terrain envers les joueurs. On ne voudrait pas non plus qu'un joueur commette une faute irréparable sur un adversaire et le blesse. À partir du moment où on sent que l'esprit sportif n'est plus présent sur la pelouse, on doit arrêter la partie" explique l'ex-arbitre.

Selon lui, il n'y a pas vraiment d'augmentation des comportements racistes lors des matchs : "A Bruges, par exemple, c'était une infime partie des spectateurs, c'était peut-être 50 spectateurs présents au pied de Francis N'Ganga lors de la remise en touche, mais le stade en lui-même n'a pas entonné de chants racistes. Ce n'est vraiment qu'une infime partie des spectateurs présents".

Le racisme ne vient jamais des joueurs eux-mêmes, poursuit-il : "Les joueurs se concentrent sur leur jeu. C'est vrai qu'ils peuvent parfois regarder et invectiver le public, comme Silvio Proto qui embrassait ses gants avec l'effigie d'Anderlecht envers les spectateurs du Standard, un peu pour les chambrer, mais ça ne doit pas venir des joueurs. Ça doit venir des tribunes et nullement du terrain".

"Du respect pour le spectateur"

"Ce qui me dérange de plus en plus, ce sont les joueurs qui embrassent par exemple leur blason à l'issue d'un but. C'est vraiment narguer les spectateurs, c'est vraiment chercher à ce qu'une tribune bouge, et là l'arbitre doit être attentif à tout ce qui se passe sur le terrain envers ce joueur et aller simplement les trouver et dire 'écoute, ton petit cinéma, tu le gardes pour la fois prochaine, mais surtout pas ici'. Il faut également que le joueur ait du respect pour le spectateur".

Faut-il aller jusqu'à enlever des points aux équipes dont les supporters profèrent des insultes racistes ? "Oui, peut-être. Je viens d'entendre les propos de Monsieur François, le responsable de la Pro League, qui parle justement d'une amende de 1000 ou de 2000 euros. Pour un club de football professionnel, ce sont des cacahuètes, ça ne ressemble à rien. Maintenant, punir tout un stade avec un huis clos, c'est punir également les 99 % de spectateurs restants dans le stade qui ont acheté un abonnement et donc qui veulent suivre un match de football. Maintenant nous avons dans un stade de football de plus en plus de stewards, de spotters, de caméras présentes à tous les coins de tribunes. C'est bien malheureux de devoir attendre la fin du match avant de visionner les images, on doit directement prendre le fautif sur le fait" conclut Claude Bourdouxhe.

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