Racisme contre Cécile Djunga: Unia se saisit du dossier, quelles poursuites possibles?

L'institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination et défend l’égalité des chances, Unia, a décidé, de sa propre initiative d'ouvrir un dossier suite à la vidéo postée par notre collègue Cécile Djunga. L'animatrice de la RTBF y dénonce les messages racistes dont elle est victime depuis qu'elle travaille à la télévision publique.

"Nous avons visionné la vidéo de Madame Djunga ce matin et avons décidé de nous saisir de ce dossier", a déclaré ce jeudi après-midi le porte-parole d'Unia, Michaël François, en précisant que l'organisme n'avait pas encore reçu de plainte.

"Nous allons également prendre contact avec cette personne et Jean-Paul Philippot afin de déterminer les actions légales à intenter et pour réfléchir ensemble à ce que nous pouvons faire, alors que le racisme reste malheureusement une réalité dans notre société."

Juridiquement parlant, quelles sont les actions possibles? 

Pénalement, il est possible de poursuivre les auteurs de ces messages pour harcèlement avec caractère haineux, explique le directeur d'Unia, Patrick Charlier : "L'article  442 bis du code pénal punit le harcèlement à l'égard de quelqu'un. Donc de le mettre sous menaces, sous contrainte, etc. Et l'article prévoit également un doublement de la peine si c'est  un harcèlement à caractère haineux. Un caractère raciste dans le cas présent. Mais cela pourrait être un harcèlement à caractère homophobe vis-à-vis d'une personne handicapée, un harcèlement antisémite ou islamophobe, etc. Et donc là, il y a une circonstance aggravante qui est liée au fait que l'on va viser quelqu'un pour ce qu'il est. Et on estime, à travers le code pénal, que c'est une infraction qui doit être plus sévèrement réprimée"

Mais pour Patrick Charlier, il est également possible d'activer la loi Moureaux et parler d'incitation à la haine : "Si les messages sont rendus publics, si ce sont des posts qui sont faits sur son compte Facebook, sur son compte Twitter ou avec un certain degré de publicité, cela pourrait être interprété comme une forme d'incitation à la haine, la violence ou la discrimination. Et donc, ça c'est une infraction qui est reprise dans la loi contre le racisme, la loi Moureaux"

Et il précise : "Dans ce cas-ci, c'est l'acte de haine, c'est le harcèlement. Maintenant, il faut voir l'ensemble des posts, de ce qu'elle (Cécile Djunga, ndlr) a gardé. Voir qui est derrière. Est-ce qu'on peut identifier ? Est-ce qu'il y a quelqu'un qui, de manière répétée et systématique, la vise elle, ce qui pourrait être un indice pour dire qu'il y a quelqu'un qui a une intention véritable de lui nuire personnellement".   

"Des responsabilités individuelles" 

Patrick Charlier précise encore que "la loi pénale ne peut pas répondre à tout", "il y a des responsabilités individuelles" : "Quand on est témoin de ce genre de comportement, c'est de ne pas faire de complaisance, c'est de réagir, de dire 'non, je n'accepte pas'. C'est aussi se lever contre ce type de propos et de comportement. Quand on entend des choses dans un cercle familial, dans un cercle d'amis, il y a aussi une responsabilité de se dire : 'Ecoute, ça je n'accepte pas. Cela ne correspond pas à ma manière de voir les choses, à mes valeurs et d'avoir de l'assertivité'. On n'ose pas toujours réagir. C'est la même chose sur les réseaux sociaux. Nous conseillons dans les réseaux sociaux d'avoir d'abord une réaction horizontale, que ce soit les internautes eux-mêmes qui réagissent en disant : 'Non, ça c'est du racisme, ça c'est de l'antisémitisme, c'est de l'islamophobie, on ne peut pas accepter ça. Et tout ça avant d'entamer des procédures".  

Des chiffres en hausse 

Reste qu'en 2017, plus de 780 dossiers pour racisme ont été ouverts chez Unia. Des chiffres globalement en hausse depuis 2013 comme le montre ce graphique : 

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