Rachid Benzine: "Quand le politique faillit, le religieux revient parfois de manière féroce"

Rachid Benzine: "Quand le politique faillit, le religieux revient parfois de manière féroce."
Rachid Benzine: "Quand le politique faillit, le religieux revient parfois de manière féroce." - © MIGUEL MEDINA - AFP

Rachid Benzine, philosophe, écrivain, professeur et islamologue, était l'invité de La Première ce jeudi matin. Il ne cesse d'interpeller notre société, nos religions, la jeunesse dans les écoles et les universités depuis les attentats du 22 mars, de tenter d'expliquer les fondements de l'Islam à ceux qui ne le comprennent pas ou plus.

Une jeunesse en perte d'idéal

Suite aux attentats qui ont secoué l'Europe ces dernières années, "il est difficile de répondre si notre réaction face aux attentats était appropriée puisqu'il s’agit d’un phénomène nouveau dans nos sociétés européennes", selon Rachid Benzine.

"Nous ne savons pas encore comment appréhender ces phénomènes de radicalisation et de désengagement et nous avons parfois une hystérie en termes de débats face à la radicalisation." Il estime que nous ne nous posons pas les bonnes questions, notre société devrait plutôt se pencher sur "ce qui fait qu’un jour un certain nombre de nos jeunes sont attirés par cette idéologie violente".

Rachid Benzine pense que la radicalisation est un problème sociétal par rapport à notre jeunesse, la société n'ayant rien à lui offrir. "Tout ça parce que la réponse politique n’est pas à la hauteur, la société a besoin d’espérance, la jeunesse a besoin d’idéal. Quand le politique faillit, le religieux a tendance à revenir au-devant de la scène, parfois de manière féroce."

Pour déconstruire cette fiction, il faut faire de l’histoire.

Il y a également un problème au sein même de l’Islam : la raison pour laquelle les textes religieux soient mobilisés de manière meurtrière. Pour le philosophe, "il faut sortir de cette histoire mythique, fantasmée, convoquée par les djihadistes ou fondamentalistes, d’un passé qui n’a jamais été celui qu’ils sont en train de raconter".

Rachid Benzine estime qu'"il faut sortir d’un double déni, le premier c’est de dire c’est la faute de l’Islam et pas de la société, le deuxième déni c’est de dire que ça n’a rien à voir avec l’Islam. Nous ne savons pas du tout comment prendre le religieux, nous sommes devenus des analphabètes d’un point de vue religieux, et donc il fait peur. Comme nous ne savons pas l’appréhender, nous essayons de le mettre de côté".

Face à la radicalisation qui menace la jeunesse, "il faut lui donner les clés, la faire sortir d’un certain nombre de certitudes, de discours qu’elle entend à la mosquée, sur internet ou ailleurs".

Le théâtre pour maîtriser les appréhensions

Pour transformer les appréhensions de la société sur l'Islam, Rachid Benzine passe sur les planches des théâtres de Mons et de Liège avec une pièce, "Pour en finir avec la question musulmane". Celle-ci raconte l’histoire d’une personne fichée, considérée comme radicalisée et donc, sous surveillance. Ça provoque des remous dans son immeuble, la pièce traite donc de la peur, de la sécurité et de nos libertés.

"Ça parle aussi de nos névroses identitaires. Dans cet immeuble, c’est une micro-société face aux faits religieux, musulmans, face aux peurs", décrit Rachid Benzine. Il poursuit : "le théâtre est là pour bouger notre imaginaire, vous partager une expérience, vous vous identifier aux personnages de fiction".

On participe à une polarisation de la société, le 'eux' et le 'nous'

Cette polarisation, on la retrouve des deux côtés : "le populisme ou la facho-sphère, c’est l’autre face du fondamentalisme. Ce sont deux faces d’une même pièce. Ils vont jouer sur la croyance du eux et du nous".

Le repli identitaire traverse les religions et le populisme, Rachid Benzine évoque le discours de Bart De Wever, estimant que les juifs évitent les conflit, à la différence des musulmans : "il ne se rend pas compte de cette manière dont il procède, une manière de crisper. Le populisme procède par cette idée de la généralité. Face à ce type de discours, il faut être capable de déconstruire pour montrer la complexité, la nuance mais aussi être capable de proposer ce qui nous manque : un récit commun de la société".

Face aux attentats, Rachid Benzine reconnaît que la peur est légitime "la question c’est de savoir ce que nous en faisons, qu’elle traverse l’ensemble de la population, musulmane ou non, il faut un peu humaniser tout cela, dés-islamiser nos questions et voir que nous sommes embarqués dans le même bateau. Nous ne pourrons pas continuer éternellement à construire un bouc émissaire pour apaiser notre société".

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