Quitter la religion musulmane: à quel prix ?

Quitter sa religion musulmane: à quel prix ?
Quitter sa religion musulmane: à quel prix ? - © RTBF

Depuis quelques temps en Europe -en France, en Allemagne, en Angleterre... mais aussi chez nous, en Belgique- se créent des conseils, des associations d'ex-musulmans. Ces musulmans ont donc choisi de quitter l'islam, de renier leur religion, on les appelle des apostats. Dans certains pays, comme par exemple l'Arabie Saoudite, le Soudan, l'Iran, les apostats sont condamnés à la peine de mort. Et chez nous, comment les ex-musulmans vivent-ils leur apostasie, le fait de renoncer à leur religion ?

En Belgique, l'association des ex-musulmans créée en 2011 ne compte qu'une dizaine de membres.  Les deux objectifs principaux de ce mouvement sont de défendre les intérêts des apostats et d'apporter une critique raisonnée de l'Islam qui n'a rien à voir avec le racisme ou les activités de l'extrême droite.

Nasser a rejoint l'association en 2012, il nous raconte son cheminement: "J'ai grandi dans une famille très pratiquante; dès l'âge de 3-4 ans, j'ai été scolarisé dans une mosquée pour apprendre le Coran.  La semaine, j'allais à l'école et tous les jours de congé, c'était mosquée, mosquée, mosquée.  Quand mes camarades de classe partaient en classes vertes, je n'avais pas le droit d'y aller pour la simple raison que je n'avais pas le droit de me mélanger à des non musulmans".

A l'âge de 15 ans, Nasser a été envoyé à l'étranger pour parfaire sa connaissance du Coran et des hadiths (la tradition prophétique). C'est en étudiant de près l'exégèse du Coran, l'explication des versets coraniques qu'il a décidé, il avait alors 30 ans, de renier sa religion: "Ce qui m'a interpellé, c'est le statut de la femme dans l'Islam et plus particulièrement le statut de la femme en temps de guerre; les musulmans ont le droit de disposer de leurs captives comme ils veulent".

Témoigner anonymement

Nasser est un nom d'emprunt; il a peur: "Je n'ai pas envie que l'on vienne frapper à ma porte tous les jours pour subir des lavages de cerveau injustifiés. Je n'ai pas envie de me confronter à la communauté musulmane.  Je n'ai pas envie d'avoir plus peur que je n'aie déjà peur.  C'est hypocrite mais pas une hypocrisie malsaine, une hypocrisie pour protéger mon entourage, ma famille, mes enfants".

Pour Radouane Attiya, doctorant et islamologue mais aussi musulman croyant et pratiquant, leur crainte est justifiée par le poids de la communauté, l'orthodoxie de masse: déclarer publiquement son apostasie est un suicide communautaire. Ils seront perçus comme des traites, ils deviendront inexistants... Lorsque l’État islamique en Irak et au Levant menace les États occidentaux, les premières victimes sont les musulmans; donc, si certains d'entre eux renient leur foi publiquement, ils peuvent s'exposer à un réel danger." Le jour où Nasser a émis des critiques sur l'Islam devant sa mère, celle-ci s'est levée en le menaçant et en lui disant qu'elle pourrait tuer pour son prophète.

La solitude de l'apostat

Nasser a essayé de poser des questions à la mosquée mais quand il faisait part de ses doutes sur la théorie d'Adam et Eve, par exemple, on lui a rétorqué: "quand tu commences à poser des questions comme celle-là, tu es devenu un mécréant, un égaré".  Nasser a donc rejoint l'association des ex-musulmans de Belgique. Il a reçu du soutien car il se sentait livré à lui-même, il n'avait personne avec qui dialoguer. Pour son fondateur, le mouvement ex-musulmans de Belgique rejette l'ensemble de l'Islam: "On ne peut pas couper dans le Coran ou les Hadiths parce que si on dit 'j'accepte ça et je n'accepte pas ça', il est très difficile de trouver des règles pour faire ce genre d'exercice".

Nous avons demandé à Yacob Mahi, théologien et Imam, ce qu'il pensait de l'émergence des ces mouvements apostats: "Je pense que c'est quand même une posture dans une logique de conflit et ça peut entretenir une vague islamophobe parce qu'on va justifier qu'ils sont sortis de l'Islam parce que l'Islam est contre les libertés fondamentales... et c'est ce qui s'entretient dans le discours primaire du commun des citoyens".  Radouane Attiya, aussi musulman pratiquant, a une position différente: "Je vais être blasphématoire, c'est salvateur pour le grand public. Je pense que ces courants a-religieux ou même apostat viennent nourrir cette culture de la liberté au sein même du monde musulman". 

Dominique Burge

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