Qui paiera à l'avenir le coût de l'enfouissement des déchets nucléaires ?

Qui paiera à l'avenir le coût de l'enfouissement des déchets nucléaires ?
Qui paiera à l'avenir le coût de l'enfouissement des déchets nucléaires ? - © Tous droits réservés

Les provisions nucléaires, vous connaissez ? Il s'agit, en fait, de l'argent provisionné par les producteurs d'électricité pour payer le démantèlement de leurs centrales et la gestion de leurs déchets. Cette provision nucléaire sera-t-elle disponible lorsque nous en aurons besoin ? Certains experts s'inquiètent et voudraient revoir la gestion de ce fonds d'approvisionnement.

Les centrales nucléaires devraient, en principe, être rayées de notre paysage dès 2025. Mais leur démantèlement et le traitement de leurs déchets vont coûter cher. Très cher. Selon le principe pollueur – payeur, ce sont les producteurs d’électricité qui paient l’addition. Depuis plusieurs années, ils alimentent un fonds, les provisions nucléaires. Ce fonds c'est la société Synatom qui le gère. Cette société est, en fait, une filiale d’Engie-Electrabel mais l’Etat belge y exerce un contrôle puisqu’il détient deux représentants dans son conseil d’administration.

Par ailleurs, le gouvernement belge a également créé la commission des provisions nucléaires (CPN) chargée de fixer le montant des provisions et de surveiller la gestion de Synatom.

11 milliards de provision

Luc Dufresne, le président de la CPN nous explique qu’actuellement les comptes de Synatom affichent à peu près 11 milliards de provision. Mais cette somme peut être prêtée à hauteur de 75% maximum à l’exploitant tandis que les 25% restant vont dans des activités diversifiées.

Vous avez bien compris : ce que l’exploitant nucléaire donne d’une main, il le reprend pour 3/4 d’une autre. En même temps, cet argent fait des petits puisqu'il est prêté avec intérêt. C'est mieux que le laisser dormir dans un coffre-fort. Mais pour l'économiste Eric De Keuleneer, c'est un mauvais calcul. "Le véritable risque pour la Belgique est que Engie ayant des difficultés financières d’ici 20 ou 30 ans, prenne ce montant en otage et fasse de la Belgique, le principal créancier d’Engie-Electrabel", nous prévient-il. 

Consciente du problème, la CPN plaide pour un renforcement de son rôle de régulateur. Un avant-projet de loi est d’ailleurs passé dans ce sens au gouvernement pour donner plus de pouvoirs au CPN afin de vérifier l’existence, la suffisance et la disponibilité des provisions nucléaires. Mais pour l’instant, cet avant-projet de loi coince et n’est toujours pas passé en loi.

Par ailleurs de grosses incertitudes subsistent sur le coût final du démantèlement des centrales nucléaires. L’Ondraf, l’organisme national chargé de la gestion des déchets radioactifs a revu à la hausse le coût de l’enfouissement des déchets hautement radioactifs. Il évoque, désormais, une fourchette de 8 à 10 milliards d’euros au lieu de 3,2 milliards.

Selon tous les experts que nous avons rencontrés, le fonds n'est plus assez approvisionné pour faire face à la hausse du coût de l'enfouissement des déchets nucléaires à l'avenir.

Aujourd’hui certains plaident pour le transfert des provisions nucléaires à un fonds national qui jouerait le même rôle qu’un fonds de pension. De leur côté, Synatom et Engie-Electrabel n’ont pas souhaité répondre à nos questions devant caméra. De toute évidence, le dossier est sensible. Très sensible.

Archive : JT 09/02/2018

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