Qui était Etienne Vermeersch, l'un des philosophes les plus influents de Flandre ?

Le philosophe flamand Etienne Vermeersch - Capture d'écran VRT
Le philosophe flamand Etienne Vermeersch - Capture d'écran VRT - © Tous droits réservés

Le philosophe flamand Etienne Vermeersch est décédé à l’âge de 84 ans vendredi dernier à la suite d’une longue maladie. Comment ce professeur émérite a-t-il marqué son époque et quelle empreinte a-t-il laissée dans la société ?

« Le penseur qui a changé la Belgique », « Conscience libérale de Flandre », « Je meurs grâce au travail de ma vie »… Etienne Vermeersch, l’un des philosophes les plus influents de Flandre, faisait la Une des journaux flamands ce matin.

De jésuite à athée

Dans sa jeunesse, c’était un fervent catholique et il s’est même engagé dans une formation de jésuite pendant cinq ans pour finalement faire volte-face et devenir un athée convaincu. Il a alors critiqué toutes les religions et a défendu les valeurs des Lumières, comme la liberté d’expression ou la séparation Église/État.

« Il avait des difficultés avec les dogmes, que ce soit avec l’Église catholique, comme on a pu le voir avec sa lutte pour légaliser l’avortement, ou avec l’islam ou l’hindouisme », témoigne le philosophe Dirk Verhofstadt lors de l’émission De Afspraak (VRT) jeudi.

Pour l’euthanasie

Etienne Vermeersch était le premier à plaider en faveur de l’euthanasie à la BRT en 1971. Environ 30 ans plus tard, le gouvernement arc-en-ciel a planché sur un texte de loi en la matière, le philosophe faisait alors partie du comité de bioéthique sur le sujet. « Avec Paul Schotsmans, il a eu le mérite de définir très clairement ce qu’on appelle par euthanasie en Belgique, » précise le professeur Wim Distelmans.

C’est d’ailleurs de cette manière qu’il a mis fin à ses jours. « Je meurs grâce au travail de ma vie » était l’une des dernières phrases qu’il a écrites. Il a néanmoins insisté sur le fait que son cas ne devait pas être pris comme un exemple et que chacun devait décider lui-même comment il juge l’euthanasie.

Il avait également une vision assez radicale pour lutter contre la surpopulation sur Terre : il plaidait pour un modèle à la chinoise où les parents ne peuvent avoir maximum que deux enfants. « L’un de ses échecs à la fin de sa vie est qu’il n’a pas réussi à faire passer l’importance d’avoir moins d’enfants », déclare son ami Dirk Verhofstadt.

Semira Adamu : Commission Vermeersch

En 1998, la jeune demandeuse d’asile nigériane, Semira Adamu, est morte étouffée par un coussin lors d’un rapatriement forcé alors qu’elle était escortée par cinq gendarmes. Cet événement tragique et la démission du ministre de Justice Louis Tobback dans la foulée soulèvent un vif débat sur la politique de retour menée en Belgique.

Il est alors demandé à Etienne Vermeersch, de se pencher sur la question. En janvier 1999, la « commission Vermeersch », composée essentiellement d’universitaires, de personnes issues du secteur de l’aviation et de gendarmes, rend son rapport final et fait part de 13 recommandations.

Flamingant

En 2008, le public flamand a découvert une autre partie de sa personnalité lorsqu’il a coécrit le premier manifeste du Gravensteengroep (groupe du château des comtes). Plus de 14.000 Flamands, dont des artistes et intellectuels ont également signé ce plaidoyer. Objectif ? Défendre les intérêts flamands tout en se distanciant explicitement des idéologies d’extrême droite, parfois présentes dans le mouvement flamand.

Son père était volontaire de guerre pendant la première guerre mondiale et s’est ensuite rattaché au mouvement flamand. « Pour moi, la question flamande est aussi une question sociale. C’est toujours resté ainsi », a-t-il justifié en 2008.

Tinneke Beeckman, philosophe qui a également signé le manifeste, nuance : « Etienne Vermeersch n’était pas un séparatiste en tant que tel, il ne s’investissait pas pour une Flandre indépendante. »

Défenseur de l’environnement

Etienne Vermeersch a multiplié les combats engagés dans sa vie. Son livre le plus connu, « De ogen van de panda » (les yeux du panda), a été publié en 1988. La défense de l’environnement y occupait une place centrale et il a voulu agir pour les futures générations.

Dirk Verhofstadt assure que son ami philosophe avait gardé toute sa tête jusqu’à la fin : « Il continuait à suivre l’actualité. La veille de sa mort, il se réjouissait de voir les quelque 12.000 étudiants manifester à Bruxelles. »

Archives : Journal télévisé 15/02/2000

Etienne Vermeersch auditionné par la commission de la Justice et des Affaires sociales du Sénat

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