Qui est HK, l'interprète de la chanson 'Danser encore', devenue hymne pour l'ouverture de la culture ?

Il s'appelle Kaddour Hadadi, ou HK quand il est sur scène. Il est né à Roubaix, en France, en 1976 et se définit comme un "saltimbanque citoyen du monde". Si son nom ne vous dit peut-être rien, son air Danser encore vous a probablement déjà traversé l'oreille, en particulier si vous traînez sur les réseaux sociaux.

Mais ce n'est probablement pas le clip d'HK que vous avez visionné. C'est plutôt une version interprétée par des citoyens qui veulent manifester leur désaccord avec les mesures sanitaires ou l'importance de la culture dans notre société. C'était par exemple le cas le samedi 1er mai à la gare centrale de Bruxelles.


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"Cette chanson nous a dépassé très vite, raconte son interprète. On venait de la sortir à peine depuis 48 heures qu'elle faisait déjà plus d'un million de vues. Les gens nous demandaient les partitions. Au bout de trois ou quatre jours, on commençait à recevoir des vidéos de gens qui la reprenaient. Elle ne nous appartient plus, c'est clair!"

Et c'est tant mieux pour l'artiste. La chanson est téléchargeable gratuitement. Elle était destinée à être échangée dans un contexte inclusif, ni raciste ni violent ni politisé. "On est des musiciens. C'est notre métier de faire de la musique, de vendre des CDs, de faire des spectacles mais il faut qu'il y ait une part de ce que l'on fait qui puisse sortir du secteur marchand."


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Car c'est bien ce que reprochent l'artiste et tous les interprètes de cette chanson : une gestion de la crise sanitaire axée sur la consommation. C'est ainsi que cette chanson est née : un cri du cœur écrit en une soirée. "En France, au moment du second confinement fin octobre, il a été posé sur la table le fait qu'il y avait des gens qui étaient 'non-essentiel'. Le mot était lancé. Nous, les artistes, on en faisait partie. On a pris ça à la fois comme une insulte mais aussi comme une frustration de ne pas pouvoir faire notre métier, qui est aussi notre passion et qui est aussi notre rôle dans la société… et pendant cette épidémie."

Une insulte mais aussi une frustration de ne pas pouvoir faire notre métier

Une chanson imaginée dans le contexte français, encore un peu plus strict que le nôtre vis-à-vis de la culture puisque les librairies ont été fermées quand les nôtres sont restées ouvertes, que les musées étaient interdits quand nous réservions pour des expositions.

"C'est là où il y a eu cette première incompréhension, répond le Français. On peut s'entasser dans les transports en commun, dans les centres commerciaux, on peut aller faire les soldes. Mais aller au cinéma, sur une terrasse ou dans un musée, c'était dangereux, on ne pouvait pas comprendre ça."

Voilà pourquoi des citoyens se sont rassemblés pour danser encore jusqu'en Italie lors d'une commémoration sur la fin du fascisme dans le pays ou encore au Portugal pour l'anniversaire de la révolution des œillets.

Des vidéos qui ne plaisent pas à tout le monde puisque les règles sanitaires ne sont pas respectées. Certains commentaires sur les réseaux sociaux reprochent le manque de distanciation ou le non-port du masque, pointant les possibles contaminations dues à ce genre de comportement.

"Comme je le disais, d'autres rassemblements sont autorisés, répète le chanteur. Et puis, c'est bien souvent en plein air… C'est vraiment une question de priorité et de questionnement à se poser : qui est-on en tant que société?"

Bien sûr qu'il faut soigner les corps, c'est important. Mais il faut aussi pouvoir s'occuper des cœurs

Et d'ajouter : "Bien sûr qu'il faut soigner les corps, c'est important. Mais il faut aussi pouvoir s'occuper des cœurs, l'esprit. Et pour ça, l'art et la culture, ce sont les plus belles choses. Nous sommes des êtres sociaux, des sociétés d'art et de culture et c'est ce que l'on voulait rappeler."

Réclamer sa place là où on ne la lui donne pas, c'était déjà l'esprit d'une chanson qu'il a sorti il y a une dizaine d'années: On lâche rien. Les amateurs de festivals tels qu'Esperanzah ont probablement déjà tapé de la sandale au rythme de ce morceau dans une ambiance de guinguette. La chanson était devenue l'hymne des manifestations syndicales ou encore des gilets jaunes en France. À croire que HK a le don pour les chansons qui rassemblent.

Un ton irrévérencieux mais avec le sourire s'il vous plait. "Heureusement qu'il y a des artistes qui, aujourd'hui encore, arrivent à avoir cet air irrévérencieux. On dit 'on fait preuve d'irrévérence mais toujours avec élégance'. Petite référence à Brel. Donc oui, je pense que c'est salvateur, c'est sain quand il y a des artistes qui jouent ce rôle-là. Parce que l'art permet de nous questionner, de nous interroger sur l'époque, sur des choix qui peuvent être faits. Nous, en tant que citoyens, en tant que société et en tant que dirigeants aussi."

Et de conclure la rencontre par un brin de nuance : "Je sais que tout est infiniment compliqué mais il ne faut surtout pas qu'on s'interdise de rêver sinon, on est mort."

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