Qui a tué le nivellois Xavier Baligant ? Dix ans après sa mort, toujours aucune réponse

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© Belga Philippe Bourguet

Pour son frère, sa sœur, ses enfants, la mort à 29 ans de Xavier Baligant sur une aire d’autoroute près de Nancy reste aujourd’hui une blessure impossible à cicatriser, un immense trou noir pour une famille qui a payé un lourd tribut à ce qui demeure pour tous les autres un tragique fait divers.

La nuit du 18 au 19 juillet 2011, Xavier Baligant rentrait en Belgique après avoir passé deux semaines de vacances en Ardèche en compagnie de ses parents et de ses deux enfants âgés à l’époque de 5 et 7 ans. Ceux-ci dormaient dans la voiture lorsque Xavier Baligant s’est arrêté sur l'aire de Malvaux bordant l’autoroute A31 pour se rendre semble-t-il aux toilettes, lieu qu’il n’atteindra jamais car il sera rapidement abattu de plusieurs tirs.

J’ai vu ces gens véritablement mourir de chagrin

Les parents de Xavier Baligant n’ont pas survécu au chagrin engendré par la disparition brutale de leur fils aîné. Pour Christian Dalne, l’avocat de la famille, le père de Xavier, a tout entrepris pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer sans malheureusement de résultat : "c’était le leitmotiv de Jean-Luc Baligant et de sa femme, trouver à tout prix qui avait pu faire cela, à la fois pour eux, pour leurs petits enfants, pour toute la famille et c’est vrai qu’en trente ans de carrière j’ai rarement vu cela, j’ai vu ces gens véritablement mourir de chagrin".

Le père de Xavier est décédé quatre ans après son fils, la mère de Xavier trois ans après son époux. Régulièrement, les deux mêmes questions reviennent pour les autres membres de la famille lorsqu’ils se retrouvent: qui a tué Xavier et pourquoi ?

Depuis dix ans, l’enquête menée en France sur les circonstances de la mort du nivellois n’a pas permis d’éclaircir le mystère. Pourtant le dossier n’est pas vide, de nombreux devoirs ont été réalisés mais visiblement les efforts déployés n’ont pas suffi jusqu’ici à lever les zones d’ombre qui demeurent dans cette affaire.

L’intention homicide avérée, le tireur n’a laissé aucune chance à sa victime

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© Tous droits réservés

Les tirs sur Xavier Baligant au moyen d’un ancien fusil de guerre d’origine Suisse, ne lui ont laissé aucune chance de survie. Le tireur s’est assuré par un dernier tir d’achèvement que sa victime ne survivrait pas. Un comportement qui peut laisser supposer que Xavier Baligant a été victime d’un contrat. Malgré ce constat, Christian Dalne l’avocat de la famille, précise que d’autres hypothèses ont été formulées : celle d’un déséquilibré ou celle d’une personne souhaitant ne pas être reconnue par un témoin devenu gênant, "on a envisagé un moment la possibilité d’un échange de drogues sur le parking mais les policiers spécialisés en la matière ont indiqué que dans ce cas les trafiquants ne se laissent pas surprendre et n’éliminent pas comme cela quelqu’un qui n’a rien à voir avec le trafic" précise l’avocat pour qui cette piste n’a jamais été privilégiée.

L’arme utilisée ne correspond d’ailleurs pas à celles qu’utilisent trafiquants et truands habituellement. C’est plutôt une arme de collection souvent utilisée pour du tir sportif mais qui peut aussi convenir avec quelques aménagements à un "sniper". Elle peut s’acheter assez facilement chez des armuriers ou sur les réseaux sociaux mais nécessite aujourd'hui une autorisation.

Très peu d’indices exploitables, les enquêteurs ont joué de malchance

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SECURITE-VIDEO-SURVEILLANCE © AFP

Dès le départ d’une enquête criminelle, la priorité est mise sur la recherche d’un mobile. Dans le cas présent, il était important de "fermer des portes". Mais les indices recueillis sur place se sont avérés peu nombreux. La présence de caméras sur l’aire de parking aurait pu par exemple fournir de précieux renseignements sur la présence de véhicules, la chronologie des arrivées et des départs du parking mais il n’en a rien été, les caméras n’étant pas orientées vers la zone concernée. Le tueur de Xavier Baligant était-il déjà positionné sur le parking avant l’arrivée de sa victime et lui a-t-il dès lors fixé un rendez-vous ? Ou au contraire l’a-t-il suivi depuis son point de départ en Ardèche dans l’attente d’un moment propice pour agir ? Des questions restées sans réponse aujourd’hui, d’autant que l’ultime SMS capté par le téléphone de Xavier Baligant avant d’arriver au parking n’a jamais pu être extrait de son portable.

Ce dernier message intervenu avant la mort de Xavier Baligant

Un nouveau coup dur pour l’enquête lorsqu’on sait combien les analyses de téléphonie permettent aujourd’hui de faire aboutir les enquêtes. Seule certitude, aucun des proches de la victime n’a reconnu avoir envoyé un SMS à l’heure de l’approche du parking. Malgré l’insistance encore récente de l’avocat Christian Dalne, les enquêteurs ne sont toujours pas parvenus à faire la lumière sur ce dernier message intervenu avant la mort de Xavier Baligant.

Une piste sentimentale jamais totalement purgée

Dans l’hypothèse de la piste du "contrat", qui pouvait avoir un intérêt à voir disparaître Xavier Baligant? La victime était ouvrier dans une société pharmaceutique et n’avait exprimé aucune menace particulière à son entourage.

Qui était au courant de son itinéraire de retour ?

La réponse à cette question est pourtant cruciale et en amène une autre dans la foulée, qui est celle de savoir qui était au courant de son itinéraire de retour de vacances le jour des faits? 

"Il n’y avait pas grand monde qui savait" précise Me Dalne, "ses parents puisqu’ils ont passé leurs vacances en Ardèche avec leur fils et leurs petits enfants et puis encore l’ex-compagne de Xavier, la mère des deux enfants qui devait les récupérer à leur arrivée en Belgique". Et c’est ici qu’intervient un élément troublant qui a longtemps intrigué les enquêteurs: Xavier Baligant avait modifié sa date de retour pour retrouver plus rapidement la mère de ses enfants. Une invitation au restaurant était prévue avec une perspective probable de reprendre une liaison commune. Les enquêteurs ont cherché dès lors à déterminer si une piste "sentimentale" était plausible. Car à l’époque, l’ex-compagne de Xavier Baligant avait entamé une nouvelle liaison ce qui pouvait laissait supposer l’existence d’une rivalité entre les deux hommes. Mais les auditions menées par les policiers dans cette direction n’ont rien donné, le suspect potentiel ayant un alibi pour le moment des faits et aucun élément neuf n’ayant depuis lors permis de faire avancer l’enquête dans cette direction.

Changement de juge d’instruction, les aléas de la procédure

Comme souvent dans les enquêtes qui se prolongent, la procédure a connu des aléas qui n’ont pas facilité la résolution de l’affaire. Huit mois après les faits, un changement de juge d’instruction a cassé l’élan initial donné à l’enquête. Et la coopération franco-belge en matière d’entraide judiciaire n’était en 2012 pas ce qu’elle est devenue après les attentats de 2015. La création d’une cellule mixte d’enquêteurs belges et français aurait permis d’exécuter plus rapidement une série d’investigations dans un court délai des deux côtés de la frontière.

Des confidences pour relancer une enquête en veilleuse

L’enquête est-elle définitivement compromise ? Dix ans ont passé, c’est évidemment long mais dans plusieurs affaires, le temps a permis parfois de délier les langues. Pour les deux enfants de la victime, devenus des adolescents aujourd’hui, ainsi que pour la sœur et le frère de Xavier Baligant, la justice ne peut ranger ce meurtre dans un tiroir. N’est-il vraiment pas possible à des techniciens chevronnés de faire "parler" son téléphone? Coté belge, n’existe-t-il aucun élément susceptible d’éclairer le contexte de la disparition du nivellois?

Ce qu'on espère, c'est que quelqu'un finira par parler 

Pour l’avocat de la famille Baligant, il est difficile d’imaginer que quelque part une personne ou plusieurs ne sachent pas ce qui est arrivé à Xavier Baligant: "Ce qu'on espère c'est que quelqu'un parlera, peut-être une confidence en prison ou un règlement de compte, une vengeance permettant aux enquêteurs d'en apprendre plus". Il existe suffisamment de moyens aujourd’hui indique l'avocat pour soulager sa conscience sans se faire connaître et du même coup permettre à une famille meurtrie d'entamer réellement son deuil.

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