Qui a le salaire minimum le plus élevé en Europe? (Carte interactive)

La Commission européenne a lancé officiellement ce mardi 14 janvier 2020 une réflexion sur le salaire minimum européen. L’exécutif a bien précisé qu’il ne s’agissait pas de mettre en place un salaire minimum universel (à montant unique), mais bien un cadre et des critères pour définir des planchers nationaux qui tiennent compte des réalités économiques de chaque pays.

Car, selon le commissaire européen à l’emploi, Nicoas Schmit, "dans certains pays, les salaires minimums ne garantissent pas un niveau de vie digne". Nul doute que ce projet s’annonce être un long chemin.  

De fortes disparités

Comme on le constate dans cette carte interactive, il existe de fortes disparités entre les pays européens, que l’on peut, à la manière d’Eurostat, classer en trois groupes :

  • Le premier groupe (en rouge) comprend la Bulgarie, la Lettonie, la Roumanie et la Hongrie. Ces quatre pays ont un salaire minimum compris entre 200 et 500€.
  • Le deuxième groupe (en jaune) comprend la Croatie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Pologne, l’Estonie, la Lituanie, le Portugal, la Grèce, Malte et la Slovénie. Ces derniers proposent un salaire minimum compris entre 500 et 900€
  • Le dernier groupe (en bleu) rassemble l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Irlande et le Luxembourg. C’est le peloton de tête des pays européens qui proposent les rémunérations minimales les plus élevées, entre 1000 et plus de 2000€.

Premier constat : les niveaux sont très disparates entre les 28 (bientôt 27, après le Brexit) pays de l’Union Européenne. De 286,33€ en Bulgarie jusqu’à 2.071,10€ au Luxembourg. Avant de remettre ce grand écart en perspective, une précision : six pays n’ont pas le mécanisme de salaire minimum. Il s’agit du Danemark, de la Finlande, de la Suède, de l’Autriche, de Chypre et de l’Italie. Ces deux derniers n’en fixent pas du tout, les quatre autres fonctionnent sur la base de conventions collectives.

Ce qui importe, c’est le coût de la vie

Les disparités sont grandes entre les pays où existe le salaire minimum, on l’a dit, mais il faut remettre en perspective ces chiffres. Comment ? En prenant en compte les standards de pouvoir d’achat (SPA). Une appellation compliquée pour un calcul très facile : les SPA compare le niveau des prix d’un panier de biens et services représentatifs des habitudes de consommation dans différents pays.

Une mise en perspective des salaires en fonction des prix des biens et des services qui permet donc de "corriger" quelques chiffres. Par exemple, si vous cliquez sur le Luxembourg, vous verrez que le salaire minimum de 2.071,10 passe à 1.636€. À l’inverse, celui de Bulgarie, originellement fixé à 286,33€ atteint 566€.

L’explication des SPA est toute simple : un salarié qui vit avec 800€ en Bulgarie a un pouvoir d’achat supérieur à celui d’un Luxembourgeois qui toucherait le même salaire au Luxembourg. Ci-dessous, le graphique illustre ces salaires minimums exprimés en standards de pouvoir d’achat pour le premier semestre 2019. Le classement reste similaire, mais les écarts se resserrent.

Quelle méthode de calcul ?

S’il voit le jour, ce renforcement des salaires minimums souhaité par la Commission Européenne, devra se baser sur un cadre et des critères clairs. Ce qui ne ravira pas certains pays membres. En effet, si, par exemple, comme on l’entend, le seuil de 60% du revenu médian est retenu pour le nouveau calcul du salaire minimum, les résistances risques d'être fortes : tandis que la Commission veut, par là, limiter le dumping social, les entreprises ne manqueront pas d’y voir une entrave à leur avantage compétitif (dans les pays de l’Est, notamment, où le coût de la main-d’œuvre est inférieur à la moyenne). Les pays nordiques, eux, avec leur tradition de compromis entre patrons et représentations syndicales, ont peur d’un alignement pas le bas et refusent tout changement de leurs systèmes.

La Commission européenne a donné six semaines aux patrons et syndicats pour donner leurs premiers commentaires. Sur cette base, l’exécutif lancera une deuxième consultation avant, peut-être, un texte européen qui sera présenté au législateur au mois de septembre.

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