Le K-way, une invention française qui a bénéficié d'une aide venue de Belgique à ses débuts

Entre 1965 et aujourd'hui, le K-way a traversé les modes en gardant son côté pratique.
3 images
Entre 1965 et aujourd'hui, le K-way a traversé les modes en gardant son côté pratique. - © K-way

"Prends ton K-way, il va pleuvoir !" Que le vêtement en question soit un modèle de la marque historique, une contrefaçon ou un manteau acheté dans un quelconque magasin de sport, peu importe. Un "K-way" restera toujours l'imperméable de pluie par excellence. On l'emporte lors des sorties scolaires ou lors de promenades sur une digue balayée par la pluie de l'après 15 août. 

"Les enfants partiront à la découverte du bois de Soleilmont, construiront leur cabane et y feront des jeux. Prévoir bottes, K-way et tenue de rechange", demande ainsi l'école de cirque de Charleroi pour ses stages d'été. Même conseil donné par un centre de loisirs d'une commune de Savoie : "N'oublie pas ta casquette, tes lunettes de soleil, ta gourde, ta crème solaire, ton K-way".

Un imper qui a la banane

En cinquante ans, la marque K-way a su marquer les esprits. L'histoire de l'imperméable commence en 1965, sur une terrasse de Paris. Léon-Claude Duhamel, fabricant de pantalon dans le nord de la France, regarde les passants. "J'étais installé à la terrasse du café de la Paix, raconte-t-il en 2012. Il faisait un temps moyen (...) et j'ai vu passer une jeune femme avec deux enfants qui avaient des vêtements rouges en nylon. Quelque chose d'original. (...) J'ai pris mon carnet et j'ai noté dessus : petit vêtement en nylon rouge."

Au journal La Voix du Nord, il apporte ce détail supplémentaire en 2014 : "Le premier K-Way que nous avons confectionné n’avait rien à voir avec celui qu’on a sorti. C’était une marinière bretonne dans la forme, avec un lacet devant."

L'inventeur a ensuite l'idée très pratique de rendre le vêtement repliable dans l'une de ses poches. Comme un sac banane. Grâce à deux lanières élastique tricolores, on peut l'accrocher autour de la taille pour le sortir en cas de besoin. "En cas de"... c'est bien là l'origine du nom K-way. "C'est le dépannage", poursuit Léon-Claude Duhamel.

Du tissu enduit "dans la mallette d'un fournisseur belge"

Sur le conseils de l'agence de pub Havas, il change le nom de son imperméable pour le renommer K-way. Plus vendeur, plus américain... pour mieux conquérir le monde. C'est un succès : l'entreprise vend 250.000 exemplaires la première année.

Détail croustillant, apporté par La Voix du Nord, l'aventure du K-way fait même un détour par la Belgique : "Le produit a failli ne jamais sortir ! On ne trouvait plus de tissu enduit. J’en ai retrouvé, sur un coup de chance, dans la mallette d’un fournisseur belge, qui n’avait jusqu’ici jamais réussi à le vendre."

Un vêtement trop stylé

Au fil des années, K-way multiplie les partenariats et les spots publicitaires. L'entreprise insiste sur le côté sportif de son vêtement, comme on peut le voir dans une publicité de 1983 où des acrobates vêtus de K-way escaladent la Tour Eiffel. La marque devient d'ailleurs fournisseur officiel de l'équipe française de ski alpin... et fait une apparition au cinéma. En 1980, dans "La Boum", Sophie Marceau porte un K-way bleu marine. Un modèle qu'il est toujours possible de se procurer près de quarante ans plus tard.

Après l'âge d'or des années 80, viennent des années de vaches maigres. K-way, malgré des campagnes invitant à se méfier des copies, est victime de la concurrence asiatique. Mais pas seulement. En 1992, le journal Les Echos avance une autre explication... climatique : "Un effondrement du marché lié au manque de neige et à la sécheresse". On se demande pourtant qui aurait envie de porter un K-way en cas de sécheresse.

C'est imperméable, mais à l'intérieur tu es tout trempé

La marque du nord de la France passe de mains en mains. Elle appartient aujourd'hui au groupe italien Basic Net S.p.A qui possède aussi l'équipementier sportif Kappa. Au fil des années 2000, le produit évolue, il profite d'innovations dans le domaine du textile et devient plus agréable à porter.

Car c'est bien là le défaut principal du K-way pendant de nombreuses années : on peine à l'enfiler, et une fois dedans on étouffe et surchauffe à la fois. Dany Boon en a d'ailleurs fait un sketch qui est devenu un classique de son répertoire. "Tu sues à mort. C'est le principe du K-way. C'est imperméable, mais à l'intérieur tu es tout trempé", s'amuse l'humoriste des Hauts-de-France.

Du grand public au haut de gamme

Désormais, le K-way est un accessoire de mode porté par les stars du secteur. "Il défile entre deux robes du soir chez Valentino et Fendi. Il donne une allure sportswear aux silhouettes lady de la Britannique Mary Katrantzou. Isabel Marant lui fait prendre des vacances sur la côte atlantique porté à même la peau, façon surfeur glam. Le jeune créateur chinois de la marque Dawei, en donne une version peignoir 'kawaï'", notait ainsi "Paris Match" en avril dernier.

 

Décliné en des dizaines de modèles, pas uniquement des imperméables, le K-way a droit à sa boutique à Bruxelles. Les modèles s'appellent "Claude", "Claudette" ou "Léon" pour mettre en avant le côté français et rendre hommage à son créateur. Des noms toujours accolé du qualificatif "le vrai". Car les faussaires ne sont jamais loin. Dans une vidéo postée en octobre 2017 sur YouTube par les autorités italiennes, on voit de faux K-way au milieu d'autres marques telles qu'Armani ou Napapijri. Le succès est à ce prix.


Tout au long de l’été, la rédaction web de la RTBF vous raconte des histoires liées à des objets incontournables de l’été. D’où viennent-ils ? Que disent-ils de nous et de notre société ? Quels souvenirs font-ils remonter à la surface ? Le thermomètre, la tente qui se déploie en deux secondes, l’apéro, la crème solaire, les tubes de l’été qui vous ont fait danser ou encore ces émissions qui animent nos soirées télé estivales… Retrouvez tous les articles en cliquant ici.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK