Questions à la Une: ne jetez plus vos chewing-gums! On les recycle

Chaque année, environ 374 milliards de chewing-gums sont consommés dans le monde. Sept sur dix finissent dans la nature. Une designer londonienne collecte ces petits bouts de caoutchouc gluants et les recycle.

On les laisse se désagréger en mini-particules, lentement mais sûrement. Il faut entre 5 et 6 ans pour qu’ils disparaissent de notre vue. Dans d’autres pays, ces déchets sont nettoyés à grands frais d’énergie, d’eau et d’argent. A Paris, on a essayé quelque temps de les déloger, mais la capitale française a jeté l’éponge. Cela coûtait trop cher. D’autant plus que ces mini-déchets reviennent très vite… À Londres, le décollage des chewing-gums coûte des millions d’euros chaque année. Il faut compter trois mois pour nettoyer les quelque 300.000 gommes jetées dans la seule rue d’Oxford-Street. Au final, ces petits bouts de caoutchouc se décomposent et se retrouvent dans la terre, dans la mer…

Un caoutchouc synthétique

En revanche, s’ils sont juste mâchés, les chewing-gums intéressent Anna Bullus, une jeune Designer : "J’ai commencé à faire des recherches sur ce qu’est un chewing-gum. Il est en grande partie composé de gomme synthétique, un polymère comparable à certaines matières plastiques, le même que l’on trouve dans les chambres à air des roues de bicyclettes, explique Anna Bullus. J’ai donc eu l’idée de créer des mini-poubelles roses dans cette matière qui permettrait de collecter d’autres gommes mâchées. Et au final, on recycle tout : ma poubelle et ce qu’elle contient. De cette façon, on recrée 3 poubelles avec une poubelle pleine. Et le cycle recommence".

Aujourd’hui, ces poubelles roses se retrouvent dans 650 lieux en Angleterre, surtout des lieux publics où il y a beaucoup de passage : près des écoles, des magasins, des campus universitaires, des gares ou encore des métros. Dans certains endroits, il y a 100 poubelles. Chaque poubelle coûte 170 livres pour le service et l’entretien pour une année. La facture peut donc grimper jusqu’à 20.000 livres, selon le nombre de poubelles commandées. Mais même s’il coûte, le recyclage permet de faire des économies. Pour l’aéroport de Southampton par exemple, qui possède vingt de ces poubelles depuis 2012, l’économie annuelle serait déjà de l’ordre de 4200 euros.

Economie circulaire

Mais cette jeune designer a aussi développé plusieurs produits dérivés : des tasses à café, des médiators de guitare, des règles, des peignes, des bottes de pluie, des cuillères, des assiettes, des petites poubelles de poche… Sa société Gumdrop Limited a réussi à convaincre les fabricants de chewing-gums comme Wrigley de lui refiler leurs rebuts : "On travaille avec les surplus de plusieurs usines de chewing-gums situées un peu partout : en Amérique, en Europe et au Royaume Uni". Acheter des produits faits à base de chewing-gums, qui sont passés par la bouche d’inconnus ? Les consommateurs réagissent souvent avec un certain dégoût… Anna rassure : "Ces chewing-gums ont été mâchés mais ils sont sans danger car on les brûle à une température tellement haute que la matière est complètement stérilisée. C’est comme les couverts dans un restaurant qui passe au lave-vaisselle… Tout le monde les réutilise".

Un déchet utile

Anna Bullus veut faire changer le comportement des gens, les sensibiliser à la façon dont ils se débarrassent des chewing-gums après que ceux-ci ont perdu leur goût. Et cela semble porter ses fruits. De plus, cela diminue le coût important pour les villes qu’impose le décollage de ces derniers. La ville d’Amsterdam s’est associée à son entreprise GumDrop et une autre, ExplicitWater, afin de créer des chaussures : des Gumshoes. Une basket avec une semelle couleur rose bubble-gum qui représente un plan de la ville, fabriquée à partir des chewing-gums récoltés sur place. Le prix est élevé : 190€. "Pourquoi ce prix ? Car c’est une édition limitée, justifie Anna Bullus. On n’a produit que 500 paires. Mais comme cela a eu un tel succès, je suis en pourparlers avec d’autres marques pour créer d’autres chaussures cette année. C’est une autre manière de sensibiliser leurs clients sur la problématique des chewing-gums".

Pour Delphine Lévi Alvarès, coordinatrice au niveau européen du mouvement “Break Free From Plastic” qui veut éradiquer la pollution plastique dans le monde, ce recyclage original a, malgré tout, ses limites. "Ce n’est jamais un business model viable que de produire quelque chose à partir de quelque chose qui devrait disparaître", explique-t-elle. Nous avons tenté de connaître la composition de ces produits mais Anna Bullus reste vague : "Secret de fabrication".

Les produits qu’elle vend ne sont en fait pas uniquement fabriqués à partir de chewing-gums recyclés. "La proportion est de minimum 20% de chewing-gums recyclés. Certains en contiennent plus mais jamais 100%", précise Anna Bullus. "Le reste c’est du plastique recyclé", ajoute-t-elle. Nous n’avons pas pu vérifier cette information.

Le recyclage des chewing-gums reste mystérieux mais il est en tout cas rentable. Anna Bullus en vit. Malheureusement, les poubelles à chewing-gums ne sont pas toujours respectées : beaucoup de passants confondent ces poubelles roses de collecte avec des cendriers. On y retrouve des cigarettes, des tickets de métro… Des mini-déchets qui n’ont rien à y faire. Mais Anna Bullus nous affirme que cela ne l’arrête pas et qu’elle recycle tout. Après l’Angleterre et Copenhague, où elle a installé ses poubelles roses, elle aimerait partir à la conquête des USA. Chez l’oncle Sam, friand de gommes à mâcher, le marché est gigantesque : 100.000 tonnes par an.

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