Questions à la Une: Juifs de Belgique, rester ou partir?

Questions à la Une: Juifs de Belgique, rester ou partir?
Questions à la Une: Juifs de Belgique, rester ou partir? - © Belga

Tout récemment, un clip a été diffusé sur les réseaux sociaux : "Je suis belge, je suis juif, dois-je partir ?" Septante ans après la fin de la Shoah, ce clip interpelle même si on assiste à une recrudescence bien réelle de l’antisémitisme en Belgique, tout comme dans le reste de l’Europe. Le nombre de cas recensés par le Centre interfédéral pour l’égalité des chances en atteste. Au moment de la diffusion de ce clip, une équipe de "Questions à la Une" était précisément occupée à consacrer un reportage au sentiment de la Communauté juive de Belgique face à ce renouveau de l’antisémitisme près d’un an après l’attentat contre le musée juif de Bruxelles, l’attaque contre l’épicerie Hyper Cacher de Paris et des cas de harcèlements et de violence antisémites à l’école.

Force est de constater, que même si la situation actuelle n’a rien de commun avec l’antisémite d’Etat des années 1930, qui à cause de l’Allemagne nazie a abouti à la solution finale, aux camps de concentration et aux chambres à gaz, aujourd’hui, cette nouvelle vague d’antisémitisme crée un malaise voire un mal-être.

Beaucoup songent effectivement à un départ. On cite même un pourcentage de 40% de juifs qui d’une manière ou d’une autre y ont pensé. " Tout juif s’est posé la question, avec ou sans kippa." nous déclare Simon pour qui : " Au-delà c’est surtout s’interroger sur les valeurs qui nous réunissent. C’est s’interroger sur la société dans laquelle on vit en tant que citoyen et juif ".

Mais si, départ, ou cette envie de départ se manifeste un jour, ce n’est pas nécessairement pour faire son Alyah, c'est-à-dire " retourner " s’installer en Israël.

La destination de prédilection reste encore les Etats-Unis où vit la deuxième plus importante communauté juive du monde après Israël, ou le Canada voire l’Australie. Car les causes sont souvent multiples et complexes, pas uniquement liées au climat actuel mais aussi à la crise économique que connaissent la Belgique et l’Europe.

Anne vit aujourd’hui à Tel Aviv, nous l’avions rencontrée dans une maison vide au milieu de ses dernières caisses à quelques jours de son départ définitif. Née en Belgique, ayant fait ses études universitaires à l’ULB, elle avoue " ne plus se sentir à l’aise chez elle " Un mal être lié notamment à l’attentat du musée juif de Belgique du 24 mai dernier. Elle craint d’être une " cible potentielle ", affirme ne plus oser se promener en ville avec une étoile de David autour du cou. D’autres témoignages vont dans ce sens.

Anne, tout comme beaucoup d’autres personnes rencontrées au cours de ce reportage disent éprouver un réel malaise à cause de la couverture médiatique des évènements au Proche et Moyen-Orient. D’aucuns reprochent aux médias d’accabler trop souvent Israël et singulièrement lors des opérations " Plomb durci " et " Bordure protectrice " dans la bande de Gaza qui a tué bon nombre de civils palestiniens. Ces mêmes médias se montrant moins " sensible aux sorts des populations palestiniennes et arabes victimes de la brutalité du régime Assad en Syrie ? "

Beaucoup aussi s’inquiètent de la tournure prise par certaines manifestations en faveur de Gaza, dans lesquelles on trouve parfois aussi des représentants politiques. Gaza y est comparé à l’holocauste, allant même jusqu’à l’impensable, l’inacceptable, comme ces appels à " égorger des juifs" entendus à Anvers le 12 juillet dernier.

L’incidence du conflit israélo-palestinien avec une hausse des actes antisémites est corroborée par Patrick Charlier, directeur adjoint du centre fédéral pour l’égalité des chances.

Pour Shirley, 24 ans qui a déjà vécu 4 ans en Israël : "Il y a un amalgame immense qui est fait : un juif est un juif ; un pays un pays et un gouvernement, un gouvernement. "

Même si à ce stade, ce n’est ce n’est pas tout à fait le débat, il convient de préciser que au sein de la Communauté juive, tous ne sont pas nécessairement sioniste, et comme l’explique le professeur d'histoire Joël Kotek : " On espère tous la création d’un Etat palestinien, il n’en demeure pas moins qu’il y a un fond culturel antijuif et antisémite dans le monde arabe. On ne peut le nier. "

Pour ce spécialiste de l’histoire de l’antisémitisme : " La causalité diabolique " est une caractéristique de l’antisémitisme d’hier et d’aujourd’hui, " Si le monde tourne mal, c’est parce qu’il y a des gens qui complotent. Débarrassons-nous des juifs et le monde tournera mieux. "

Mais reconnait Joël Kotek, " ce n’est pas facile d’accepter l’idée que les principales victimes de discriminations aujourd’hui, sont les principaux vecteurs de l’antisémitisme "

Comment dès lors expliquer ce phénomène de radicalisation chez certains jeunes de la communauté arabo-musulmane ? Sans doute selon Joël Kotek, à cause d’un facteur culturel, bien souvent familial. Mais l’école ne fait pas assez son travail et peut-être surtout internet, que l’ancien prédisent du CCOJB Maurice Sosnowski qualifie de " hate speech " qu’il faut absolument arriver à juguler. Pour lui c’est LA priorité.

Hervé de Ghellinck

Questions à la Une, ce mercredi 29/04 à 20h20 sur La Une

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