Quels vaccins, quand et pour qui? En a-t-on assez? Le point sur la stratégie de vaccination en Belgique (graphiques)

Le 21 décembre dernier, le premier vaccin contre le Covid-19, Pfizer-BioNtech, recevait l’autorisation de mise sur le marché de l’Agence européenne du médicament. Quelques jours plus tard, le 28 décembre, les premières injections de vaccins avaient lieu en Belgique. La lumière au bout du tunnel après des mois à tenter de contrer l’épidémie de coronavirus. La stratégie est claire, l’Union européenne, et donc la Belgique, s’est assuré la livraison des vaccins auprès de plusieurs firmes pharmaceutiques, en finançant une partie de la recherche et de la production. L’objectif : répartir de façon équitable entre les 27, de façon à ce que 70% de la population soit vaccinée d’ici la fin de l’été. La Belgique, avec ses 11 millions d’habitants, peut compter sur 2,5% des pré-commandes.

Mais, depuis le début, tout ne s’est passé exactement comme prévu. Dès le lancement, la machine se grippe et les casseroles s’accumulent : retards de livraison, suspension d’administration du vaccin AstraZeneca chez les plus de 55 ans pendant quelques semaines, problèmes logistiques et informatiques dans la mise en place de la campagne sur le territoire.


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"Les débuts ont été difficiles et il a fallu du temps pour intensifier la production de ces nouveaux vaccins et des nouvelles technologies jusqu’à ce que nous ayons un processus stable et qui répondent aux exigences de qualités requises", a d’ailleurs déclaré la présidente de la Commission européenne, 17 mars dernier.

Stabilité du processus ? Pas si sûr. Si la campagne de vaccination commence à s’accélérer en Belgique depuis la mi-mars, les problèmes logistiques demeurent, ceux des livraisons de vaccins aussi. Et surtout, l’incertitude quant aux livraisons fait qu’il est impossible non seulement de prévoir mais aussi de passer la cinquième vitesse.

Nous approchons désormais de la fin du premier trimestre de cette campagne. La Belgique aurait dû recevoir quatre millions de doses depuis janvier, selon les contrats passés avec les différentes firmes. Elle en a reçu un peu moins de la moitié, 1,8 million environ. 12 millions de doses sont attendues pour le second trimestre, indique la Task Force. Si tout se passe bien.

L’objectif de la Belgique est d’atteindre 70% de la population vaccinée d’ici la fin de l’été. Mais alors que la recrudescence de l’épidémie contraint les pays d’Europe, dont la Belgique à resserrer la vis en adoptant des mesures plus contraignantes, où en sommes-nous de la vaccination, seule clé, selon les autorités, qui pourrait nous permettre de sortir de cette crise ? De quelles "armes" disposons-nous concrètement et comment nous les utilisons ? Faisons le point.

Les géants pharmaceutiques, l'UE et la Belgique : Comment ça marche ?

C’est la Commission européenne qui a été mandatée, au nom des Etats membres, pour négocier des "contrats anticipés" avec les entreprises pharmaceutiques, avant leur mise sur le marché, afin de s’assurer un certain nombre de doses. Cette sorte d’acompte devait en contrepartie financer une partie de la production et de la recherche des entreprises. "En échange du droit d’acheter un nombre défini de doses de vaccin dans un délai donné et à un prix donné, une partie des coûts initiaux supportés par les producteurs de vaccins", est financée par l’Union européenne, indique la stratégie de l’UE.

En fonction de ces pré-commandes et du nombre de doses auxquelles chaque pays a le droit, les Etats passent commande auprès des firmes. La Belgique devrait pouvoir disposer d’environ 2,5% de ces pré-commandes, rappelle l’AFMPS.

En tout, l’UE est en négociation avec six firmes, dont quatre ont déjà reçu l’autorisation de mise sur le marché pour leur vaccin : BioNTech, Moderna, Johnson&Johnson, AstraZeneca. CureVac et Sanofi-GSK n’ont pas encore abouti.

L’Union européenne, via ces "contrats anticipés", a préréservé 2,6 milliards de doses. La population européenne compte 448 millions d’habitants, dont 256 millions d’adultes. L’Europe a vu large.

A la date du 26 mars, 88 millions de doses ont été délivrées au sein de l’UE et 62 millions ont été administrées.

Mais, la certitude de recevoir les quantités prévues est pour ainsi dire bancale. Au premier trimestre, AstraZeneca avait passé un accord pour livrer 90 millions de doses à l’Union européenne. Seules 30 millions devraient finalement arriver. Et sur les 180 millions des doses actées au départ pour l’ensemble de l’UE au second trimestre, les chiffres ont dû être drastiquement revus.


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L’Union européenne table désormais sur 70 millions de doses en provenance de la firme suédoise. "Les discussions ont évolué, les contacts sont réguliers et nous adaptons nos chiffres régulièrement", affirme une source européenne qui se veut optimiste. "J’ai l’impression que nous sommes sur le changement, on devrait obtenir ce qu’il faut pour atteindre les objectifs".

Mais les autres firmes devraient compenser ces pertes, nous indique-t-on, sans préciser lesquelles et pour quelles quantités. On sait que Pfizer-BioNTech en prendra une partie. La firme annonçait, par exemple, à la mi-mars, une augmentation des livraisons à hauteur de 10 millions de doses supplémentaires.


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De plus, le vaccin Janssen de la firme américaine Johnson&Johnson, devrait faire son entrée sur le marché européen au mois d’avril.

La boîte à outils choisie par la Belgique

Comme expliqué, la Belgique peut disposer de 2,5% de ces stocks. Chez nous, c’est un comité consultatif qui a été mis en place pour valider tel ou tel vaccin, en fonction de critères objectifs tels que l’analyse des avantages vs. risques, l’analyse de la production, du prix ou encore de l’aspect contractuel. Ce comité est composé d’experts de la santé et rend son avis aux ministres de la Santé.


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Ensuite c’est l’AFMPS, l’Agence fédérale du médicament et des produits de la santé, qui est en charge des commandes, en fonction de ce à quoi la Belgique a droit et de ce qu’elle souhaite. En fonction des contrats anticipés, les autorités belges négocient avec les firmes.

On constate que la Belgique a misé principalement sur le vaccin Pfizer-BioNtech qui devrait être le premier producteur de vaccins du pays. L’entreprise a été la première à recevoir l’autorisation de mise sur le marché par l’Agence européenne du médicament, le 21 décembre dernier. 12,5 millions de doses ont été pré-commandées auprès de la firme. Il faut deux doses pour qu’une personne soit entièrement vaccinée avec ce produit. Ainsi, à ce stade, 6,25 millions de personnes pourraient être vaccinées avec le Pfizer. Par ailleurs, le vaccin présente une efficacité de 94,6%, avec le Moderna, c’est l’un de ceux qui a la meilleure efficacité (94,1% pour le Moderna).


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Le deuxième vaccin sur lequel compte particulièrement la Belgique c’est celui de la firme Johnson & Johnson qui a reçu l’autorisation le 11 mars dernier et dont les livraisons devraient commencer dès le 17 avril. C’est un vaccin qui ne nécessite qu’une seule dose, donc une dose équivaut à une personne vaccinée. Un avantage comparatif certain. Pour l’heure, la Belgique en a commandé 5 millions de doses.

AstraZeneca, le vaccin dont les productions et les livraisons posent le plus de problèmes tant au niveau de l’UE que, nécessairement, au niveau de la Belgique arrive en troisième position.

Depuis son autorisation de mise sur le marché, le vaccin d’AstraZeneca attise les crispations. Tant au niveau des retards de livraisons que des considérations sanitaires, avec la suspension de la vaccination des plus de 55 ans pendant plusieurs semaines ou encore, les cas de thromboses qui ont contraint plusieurs pays, mais pas la Belgique, à suspendre la vaccination avec le vaccin d’AstraZeneca, jusqu’à l’analyse de l’Agence européenne du médicament.


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AstraZeneca devrait être la troisième force de frappe du pays, en termes de commandes. La Belgique en a commandé 7,5 millions de doses. Un vaccin qui nécessite deux doses, donc cela représente, 3,75 millions de personnes qui pourraient être vaccinées avec ce produit.

Mais les limitations de distribution de ce vaccin au plus de 55 ans au départ ont eu pour conséquence d’avoir encore un stock important d’AstraZeneca. Un retard rattrapé au cours des dernières semaines. Désormais, 75,9% du stock Astrazeneca a été administré.

L'état des stocks : ce que nous avons

Voici pour ce que nous avons commandé. Mais concrètement de quoi la Belgique dispose-t-elle encore ? Entre les contrats passés avec les firmes et ce que nous avons concrètement reçu, où en sommes-nous ?

Le programme de vaccination mis en place dans le pays est co-financé à hauteur de 80% par le gouvernement fédéral et 20% par les entités fédérées, comme l’explique l’AFMPS. L’objectif des autorités, à l’instar de celui fixé par l’Union européenne, c’est d’atteindre 70% de personnes vaccinées parmi la population adulte d’ici la fin de l’été.

Chez nous, c’est l’AFMPS (l’Agence fédérale du médicament et des produits de santé) qui a été mandatée pour effectuer les commandes.

Son rôle ensuite c’est de réceptionner et de dispatcher les doses à travers le pays en les transmettant aux entités fédérées. Compte tenu des conditions de conservation et de transport bien particulières requises pour les vaccins, c’est l’entreprise spécialisée Medista qui se charge du transport vers les hubs de vaccination, selon un planning opérationnel mis en place par les Régions. L’organisation de la vaccination sur le terrain est gérée par les entités fédérées.

Le problème c’est qu’il est difficile d’élaborer et de respecter des plannings élaborés en amont face à l’incertitude quant aux livraisons de vaccins. C’est le jeu d’équilibriste de toutes les instances impliquées dans la campagne de vaccination. Le regard est fixé sur le nombre de doses reçues et le nombre de doses administrées dans un délai donné. "Nous sommes dans l’incapacité, sauf pour le vaccin Pfizer, de s’avancer pour un planning au-delà de deux semaines quant aux livraisons", souligne le porte-parole de la Task force vaccination, Christopher Barzal.

Ça, c’est pour les chiffres globaux. Mais rappelons que pour l’heure, le pays ne reçoit que les vaccins de Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca. Ceux de Johnson et Johnson devraient suivre dès le 17 avril.

Contractuellement, nous aurions dû recevoir 4 millions de doses pour le premier trimestre. Au total, nous en avons reçu 1.878.165, un peu moins de la moitié. 12 millions de doses sont attendues pour le courant du deuxième trimestre, confirme la Task Force vaccination.

A ce stade, 83% du stock a été administré. Celui dont il reste le plus de réserve est le vaccin Moderna, 56,5% du stock a été administré.

La progression de la vaccination en Belgique

Après l’état de nos stocks, de ce que nous avons commandé, reçu puis enfin administré, se pose la question de comment nous avons utilisé nos outils en Belgique. Et il convient de suivre la progression de la vaccination dans le pays.

Les graphiques si dessous sont évolutifs et automatiques. Vous pouvez suivre quotidiennement la progression de la vaccination en Belgique. Le premier indique le pourcentage de la population qui a été vaccinée (en ayant reçu une dose, puis une seconde). Il indique qu’à ce jour 13,09% de la population de plus de 18 ans a reçu une première dose de vaccin, 5,4% de la population de plus de 18 ans est vaccinée.

Avec le second graphique automatisé et évolutif, vous pouvez suivre la progression de la vaccination jour par jour, en gardant un œil sur le nombre d’injection quotidienne. Il s’agit de suivre la progression de la vaccination en chiffres bruts du nombre de doses administrées quotidiennement.

A ce stade, en moyenne, entre le 17 et le 24 mars, ce sont 35.598 doses qui ont été administrées quotidiennement. Depuis le début de la campagne près de 1,5 million de doses ont été administrées en Belgique, à travers les près de 145 centres du pays, selon le centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

La campagne de vaccination semble avoir pris un coup d’accélérateur depuis la mi-mars. On le constate sur les courbes. Comme l’indiquait Yves Van Laethem, le porte-parole du centre de crise, "nous avons atteint une vitesse de croisière avec environ 300.000 doses administrées par semaine, s’agissant principalement de primo-vaccination".

Comme l’explique Christopher Barzal, porte-parole de la TaskFoce vaccination, deux raisons principales peuvent expliquer cette montée en puissance : il y a d’une part cette décision d’augmenter le temps entre les deux doses de vaccins "de 21 à 35 jours pour Pfizer et jusqu’à trois mois pour AstraZeneca, mais aussi d’autoriser le vaccin AstraZeneca pour les personnes de plus de 55 ans." Ainsi, ce coup d’accélérateur n’a pas été enclenché par un accroissement des livraisons mais par une souplesse des mesures et de l’utilisation des stocks.

Et d’ajouter, "le cap symbolique du million de doses administrées a été franchi avec 4 jours de retard par rapport à notre calendrier".

Pour la suite, cette montée en puissance devrait se poursuivre. Mais là encore le conditionnel est de rigueur. La Belgique attend 12 millions de doses entre le mois d’avril et le mois de juin. Mais les incertitudes quant aux livraisons et aux quantités demeurent. Par ailleurs, le vaccin Janssen devrait arriver sur le marché, à partir du 17 avril, "cela devrait permettre un renforcement, mais on ne connaît pas encore les quantités que nous allons recevoir", souligne le porte-parole de la TaskForce.

Le calendrier : les plus vulnérables en priorité

Comme plusieurs de ses voisins européens, la Belgique a opté pour une stratégie de vaccination qui met la priorité sur les personnes les plus vulnérables, d’abord les personnes en maison de repos puis le personnel de soins de santé et de première ligne. Ensuite les personnes de plus de 65 ans et celles atteintes de comorbidités.

Selon les estimations du Conseil supérieur de la santé, cela représente près de 4 millions de personnes en Belgique.

Sur les graphiques ci-dessous vous pouvez analyser la progression de la vaccination en pourcentage par tranche d’âge.

A ce stade, 65,4% des plus de 85 ans ont reçu une première dose de vaccin et 25,3% est entièrement vaccinée. Une stratégie payante. Si les courbes de l’épidémie montrent actuellement l’arrivée d’une troisième vague, les personnes les plus âgées restent les plus protégées. Par ailleurs, la vaccination dans les maisons de repos avait fait chuter le nombre de décès. La raison pour laquelle il a été décidé de commencer la vaccination par les personnes plus âgées, et donc plus vulnérables, est parce que c’est dans cette tranche d’âge la mortalité était la plus importante. Les personnes de plus de 85 ans représentent la part la plus importante des décès liés au coronavirus.


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Et face à cette troisième vague, Yves Van Laethem expliquait ce vendredi que "les décès sont actuellement en légère hausse mais il faut voir que c’est un nombre absolu qui reste faible". Et d’ajouter que cette augmentation est indépendante "du nombre de décès dans les maisons de repos, à ce niveau-là il n’y a pas d’augmentation".

A partir du moins de juin, la phase de vaccination la plus importante devrait être lancée : celle de la population générale âgée de plus de 18 ans.

Au mois d’avril, une nouvelle phase sera lancée, celle des fonctions critiques comme les forces de l’ordre sur le terrain. Si un temps, il avait été imaginé de déterminer des fonctions essentielles comme les enseignants ou encore les caissiers, cette option a été abandonnée, notamment parce que la quantité de stock ne le permet pas et qu’il aurait été complexe de déterminer ce qu’est une fonction prioritaire.

Les vaccins : tous les mêmes ?

Reste désormais à s’attarder sur la clé de cette crise, le vaccin lui-même. 

A ce jour, quatre vaccins ont reçu l’autorisation de mise sur le marché de l’Agence européenne du médicament (EMA) : Pfizer BioNtech, Moderna, AstraZeneca, Janssen.

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Comparaison des différents vaccins. © Emine Bergsoj

Tous les produits désormais autorisés sur le marché n’ont pas les mêmes propriétés. Certains – Pfizer-BioNTech et Moderna- reposent sur l’ArnMessager. D’autres reposent sur des virus adénovirus, des techniques mieux connues, déjà utilisées pour d’autres vaccins.

Tous ont des techniques de conservation différentes, ce qui nécessite plus ou moins d’importantes dispositions logistiques comme des réfrigérateurs médicalisés.

Quant aux effets secondaires tant décriés, tous présentent les mêmes risques et ces derniers sont majoritairement légers. La grande majorité des effets secondaires sont la fièvre, les douleurs musculaires, les sensations de malaise ou encore les réactions aux points d’injections, précise l’AFMPS. Les autorités sanitaires belges et européennes suivent de très près ces données.

A partir du troisième trimestre, la vaccination de la population générale de plus de 18 ans devrait commencer. 6.976.123 personnes ont entre 18 et 64 ans en Belgique. Reste à savoir si, lorsque les centres devront tourner à plein régime, la logistique technique, médicale, et informatique pourra suivre. Et pour pouvoir tourner à plein régime, encore faut-il les vaccins. Reste donc à savoir, également, si les livraisons suivront.

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