Quels droits sur votre assiette? Faut-il protéger ses recettes?

Difficile d'échapper au phénomène... depuis quelques années, la gastronomie est sortie des cuisines et des restaurants pour envahir le petit écran et les réseaux sociaux. Chaque jour, des milliers d'informations culinaires s'échangent sur la toile, entre gastronomes qui cherchent l'inspiration ou tentent de reproduire des plats alléchants.

Pierre Résimont, le chef étoilé de L'Eau Vive à Arbre, n'a jamais réellement songé à protéger ses recettes. Souvent copié, il voit plutôt ça comme un honneur. Son sorbet violette par exemple, est un secret de la maison. Par contre, il partage volontiers d'autres recettes, dans un livre.

"C'est difficile de protéger une recette quand tout le monde prend des photos de tout...tout le monde va sur internet chercher des recettes, mais c'est un honneur d'être copié... ils vont interpréter la recette différemment mais on sentira l'influence. Mais tous les chefs sont aussi influencés, par des voyages, des visites et les restaurants qu'ils fréquentent".

Pierre Résimont voit dans son livre la meilleure des manières de signer et d' immortaliser ses recettes.

Des droits d'auteur... en cuisine ?

Mais un chef qui le souhaiterait pourrait-il vraiment protéger ses créations ? Quelle protection est envisageable pour la création culinaire? Selon Alain Berenboom, auteur et avocat, le droit d'auteur ne protège pas les recettes en tant que telle. Seul le livre peut être protégé. Sa forme donc, mais pas son contenu, la recette n'étant pas considérée comme une oeuvre artistique. Mais quand le plat devient une oeuvre d'art ?

"Si un pâtissier donnait une forme tout à fait spéciale à l'un de ses produits, on pourrait imaginer que cela soit considéré comme une oeuvre artistique, comme l'est une sculpture par exemple, et pourquoi pas envisager un dépôt au titre de dessins et modèles, à condition d'être réellement innovant et particulièrement créatif."

Dans d'autres cas encore, des possibilités de protéger les créations culinaires existent, du côté du droit commercial, par exemple, au nom des pratiques du commerce.

La protection reste limitée, mais ne faut-il pas y voir aussi un extraordinaire partage du patrimoine culinaire ?

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