Quels droits pour les femmes en Arabie Saoudite?

Un événement n'est pas passé inaperçu du côté des défenseurs des droits humains : l’Arabie saoudite rejoindra dès 2018 la "Commission de la condition de la femme des Nations unies". Une décision qui choque et étonne bon nombre de défenseurs des droits des femmes. Ce pays est en effet réputé pour les limites drastiques qu’il impose aux droits des femmes, y compris dans les actes les plus simples de la vie quotidienne...

Si vous vous rendez en Arabie saoudite, la première chose qui vous frappera sera évidemment la tenue imposée aux femmes par loi islamique. Elles doivent toutes porter le Habaya, un grand carré de tissu noir qui ne laisse apparaître que peu de partie du corps. C’est une tenue indispensable si l’on veut être considéré comme décemment habillée. 

Si une femme ne respecte pas ces préceptes esthétiques, la police religieuse pourra la ramener à l’ordre. Une mèche de cheveux qui dépasse peut suffire pour se voir sanctionner. Cette imposition du " bon goût vestimentaire " existe aussi dans d’autres pays musulmans (Iran,…) mais pas souvent de manière aussi rigoriste.

Touche pas au volant

En Arabie Saoudite, les femmes ne peuvent faire que très peu de chose par elles-mêmes. Elles sont vues comme d’éternels mineurs. Durant toute leur vie, elles sont placées sous la tutelle d’un homme, un " Mahram " (tuteur). Ça peut être un père, un frère ou un mari. Elles doivent obtenir leur autorisation pour tout : sortir, travailler, se marier.

Les événements les plus anodins de la vie quotidienne n’échappent pas à cette tutelle. Elles ne peuvent pas ouvrir de compte en banque, ce qui limite voire supprime toute autonomie financière, même si elles travaillent. Elles ne peuvent pas non plus conduire une voiture seule. L’Arabie Saoudite est le seul pays au monde à imposer cette restriction.

Opposition sur les réseaux sociaux

Ceci dit, les femmes saoudiennes n’acceptent pas cela sans broncher. Elles sont de plus en plus nombreuses à être instruites et elles entendent de moins en moins se laisser faire. Elles ont fait du refus de l’interdiction de conduire un combat central. Elles ne descendent pas dans la rue pour exprimer leur désapprobation, mais en revanche elles sont très actives sur les réseaux sociaux. Certaines d’entre elles se sont filmées, seules, au volant, en violation de toutes le règles, et ces vidéos ont été échangées des milliers de fois.

L’opération n’est cependant pas sans risque. L’une d’entre elle a été identifié par la police sur sa vidéo. Elle a été arrêtée et a passé 63 jours en prison. On l’a aussi empêchée de se présenter aux élections communales. Elle a été jugée indigne de représenter d’autres femmes, car elle serait tout simplement... un mauvais exemple.

Un peu de politique mais pas trop

Les droits politiques sont l’autre grand combat des femmes en Arabie Saoudite. Jusqu’il y a peu, elles ne pouvaient ni voter, ni se présenter aux élections. La politique restait une chasse gardée des hommes.

Les choses ont un peu changé depuis 2015. Cette année-là, elles ont pu, pour la première fois, voter et se présenter aux élections communales. 14 femmes ont été élues. Une première victoire… bien faible lorsque l’on sait qu’il y avait deux milles postes à pourvoir.

Mais ce petit nombre s’explique aisément. Il y a tout d’abord la mentalité des hommes qui sont loin d’avoir tous envie de laisser plus de place à leurs filles, mères et compagnes. Et puis surtout, les candidates qui se présentaient aux élections ont dû suivre les lois du pays, qui interdit notamment trop de proximité entre hommes et femmes. Concrètement, elles ont pu tenir des meetings électoraux, se lancer dans de somptueux discours pour convaincre leurs électeurs, mais toujours derrière un rideau ou un paravent qui les dissimulaient aux regards des hommes. Pas facile de se faire élire dans de pareilles conditions.

Au début de leur combat

Reste que pour les saoudiennes, c’est déjà un progrès. Un petit pas dans le bon sens. Elles estiment qu’elles n’en sont qu’au début de leur combat.

Mais nombres d’entre elles soulignent aussi que le peu de soutien qu’elles reçoivent de l’extérieur. Les responsables des pays occidentaux sont très prompts à s’émouvoir de leur situation dans ce pays souvent qualifié de rétrograde. Mais lorsque ces mêmes responsables rencontrent des officiels saoudiens, ils préfèrent souvent parler du prix du pétrole et non pas de ce qui pourrait améliorer la vie quotidienne des femmes, dans un pays où les hommes leur accordent si peu de place…

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK