Quels coûts (humains et financiers) se cachent derrière le prix de vos vêtements?

Des travailleurs photographiés le 13 mai 2011 dans une usine d'habillement de Tangshan en Chine.
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Des travailleurs photographiés le 13 mai 2011 dans une usine d'habillement de Tangshan en Chine. - © Sherwin - BELGAIMAGE

Tout le monde porte des vêtements. C'est un fait. Nous nous habillons. Des vêtements qu'il faut confectionner, acheminer, exposer, vendre. Pour que l'on puisse les acheter, les porter, les user, les jeter. Avant d'en acheter de nouveau.

L'industrie du textile, du vêtement et de la mode tourne donc à plein régime. En 2012, elle pesait 1,5 billion d'euros (ou 1500 milliards d'euros), à en croire les chiffres avancés par FashionUnited, plateforme indépendante d'information sur le secteur. Elle employait, la même année, 75 millions de personnes sur la planète.

À titre d'exemple, la Chine compte à elle seule 10 millions de travailleurs dans le secteur textile, tandis que le Bangladesh, nouvel eldorado de la confection, en compte 4 millions, d'après les chiffres avancés par un document du Parlement européen daté d'août 2014.

Au niveau strictement européen, l'industrie du textile et des vêtements représentait en 2014 un chiffre d'affaires de 165 milliards d'euros et compte pas moins de 173 000 entreprises qui emploient 1,6 million de travailleurs, avance Euratex, la confédération européenne de l'habillement et du textile.

7% de la consommation mondiale

Ce secteur est donc en relativement bonne santé financière. Il faut dire que la demande est bien là. Selon les derniers chiffres de la Banque mondiale (2010), la population globale dépense 614,17 milliards d'euros par an dans l'achat de vêtements et de chaussures. Cela ne représente pas moins de 7,2% de la consommation totale. Un chiffre non négligeable quand on le compare aux transports (9,2%), l'énergie (5,4%) ou encore à la santé (seulement 5,1%).

C'est donc bien un fait, nous achetons des vêtements. Et d'où viennent-ils ? D'Asie principalement. D'après les données rendues disponibles par l'Organisation mondiale du commerce pour l'année 2013, l'industrie asiatique représente 58,4% des exportations mondiales en la matière. En Europe, sept vêtements importés sur dix viennent d'Asie.

Le meilleur prix possible

Tous ces articles viennent ainsi grossir les rayons de nos magasins de prêt-à-porter. Là, chacun d'entre nous jettera un œil, choisira le vêtement qui lui plait et l'essayera. Avant, bien sûr, d'en regarder le prix.

Un prix définitif, fixé après la longue transformation depuis la matière première jusqu'à la confection. Après son long périple aussi, depuis l'usine où il a vu le jour jusqu'au cintre auquel il pendra jusqu'à ce qu'un client s'en saisisse.

Et ce client, il espère – et c'est tout à fait normal – l'avoir au meilleur prix possible. Un prix abordable pour ses revenus. Mais un prix aussi, dont on ne sait pas toujours ce qu'il renferme.

L'exemple le plus parlant est détaillé par la Fair Wear Foundation, une ONG européenne qui vise à améliorer les conditions des travailleurs du textile, dont les chiffres ont été mis en image par achACT, une plateforme regroupant, en Belgique francophone, notamment des ONG, des syndicats et des organisations de défense des droits humains.

Chacun sa (petite) part

Prenons un t-shirt confectionné en Thaïlande. Il a atterri dans les rayons d'une grande enseigne en Belgique. Prix affiché : 29 euros. Achetons-le.

Paiement par carte, code secret, c'est validé : 29 euros ont été débités de notre compte bancaire. Mais pour quoi au fond ? Le magasin est bien entendu le dernier maillon de la chaîne : il récupère là 17 des 29 euros, soit 59% du prix. Ces 17 euros de rentrées serviront à payer les employés, et à couvrir par exemple des frais tels que la facture d'électricité. Et ces 17 euros comprennent bien sûr aussi les bénéfices de la boutique.

Reste 12 euros. Et le chemin est encore long. Retirons 3,61 euros. C'est le bénéfice de la marque de vêtements : 12% du prix final. Retirons encore 1,20 euro (4%) que l'on glisse dans la poche des différents intermédiaires, et, enfin, 2,19 euros (8%) qui ont servi à payer le transport de la marchandise ou son entreposage.

Jusque-là, 24 euros ont été attribués alors que le vêtement était déjà produit. Que reste-t-il ? Cinq euros. Cinq euros donc pour la confection et la matière première. C'est cette dernière qui en coûtera la plus grosse part : 3,40 euros. L'usine où est produit le t-shirt prend 1,15 euro, principalement ses profits. Plusieurs frais interviennent : 0,27 euro.

Et là, que reste-t-il de ce t-shirt ? Seize centimes d'euro. Une maigre part pour l'ouvrier qui a confectionné le produit, qui a transformé la matière première en t-shirt. Des 29 euros débités dans une boutique, seuls 3,6% vont donc dans la poche du travailleur à la base de l'article acheté.

Salaire minimum légal n'est pas vital

Mais ce n'est qu'une estimation du coût de la main d'œuvre à la pièce. Des millions de travailleurs de l'industrie textile vivent en fait avec moins de 100 euros par mois. Souvent, il ne touche que le salaire plancher, le salaire minimum légal.

Au Bangladesh, ce salaire minimum est fixé à 50 euros par mois, en Indonésie à 82 euros. Au Cambodge, il vient d'augmenter, pas plus tard que jeudi dernier, et est désormais à près de 122 euros. Assez pour vivre ? Non.

Car ces montants sont loin de ce qu'on appelle le salaire minimum vital. La somme qui permettrait "de subvenir aux besoins de base du travailleur et des personnes vivant directement de ses revenus : logement, énergie, nourriture, habillement, santé, éducation, eau potable, soins aux enfants, transports, épargne", définit le Collectif français Éthique sur l’étiquette.

Avoir une rémunération décente est reconnu comme un droit au niveau international. Ratifié par 164 pays du monde, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels statue que toute personne doit pouvoir "jouir de conditions de travail justes favorables" avec un "salaire équitable" permettant "une existence décente pour elle et sa famille."

19% du salaire vital

Un principe de base, chiffré par l'Asia Floor Wage. Ce regroupement de syndicats et d'associations a mis au point la formule qui permet aujourd'hui de calculer ce salaire minimum vital pour une existence décente. "Cette méthode de calcul constitue un moyen fiable, réaliste et légitime pour déterminer un salaire vital, écrit Éthique sur l'étiquette qui décrit la méthodologie de l'Asia Floor Wage dans un document. Il s’agit dès lors d’un outil précieux pour indiquer aux entreprises et aux gouvernements ce vers quoi ils devraient tendre en termes de rémunération des travailleurs."

Résultat : pour chaque pays, un montant dont on se rend vite compte qu'il est bien au-dessus de ce que reçoit réellement un travailleur. Au Cambodge, les 121,9 euros que perçoit un travailleur mensuellement, ne représentent que 46% du salaire minimum vital dans le pays, fixé à 285 euros.

Au Bangladesh, la situation est plus interpellante encore : avec 50,3 euros par mois, le travail de l'industrie textile ne touche que 19% de ce qu'il lui faudrait pour avoir une existence décente, soit 259,8 euros par mois.

Responsabiliser l'acte d'achat

Et le salaire vital n'est qu'un pan de leur condition de vie et de travail. On se souvient de la catastrophe du Rana Plaza, ce bâtiment industriel de 9 étages où s'entassaient des milliers d'ouvriers qui confectionnaient des vêtements pour des marques de vêtements occidentales pour un salaire de misère. Cet immeuble s'est effondré en 2013, faisant 1100 morts.

Les marques avaient alors été interpellées et mises sous pression afin qu'elles participent à améliorer les choses dans le secteur. Certaines se sont engagées en faveur d'un salaire vital ou soutiennent les syndicats dans les pays producteurs pour négocier un meilleur salaire.

En Belgique, achACT met à disposition un guide d'information pour le consommateur afin qu'il puisse acheter ses vêtements de manière responsable, en connaissant l'engagement, ou l'absence d'engagement, de ses marques préférées. Une application pour smartphone, intitulée "Fashion Fair", poursuit le même but de manière interactive.

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