Quelles mesures prendre contre le covid-19  ? "L'efficacité d'un confinement strict doit être relativisée" selon cette vaste étude

Comme lors de la première vague de la pandémie de covid-19, de nombreux pays ont choisi ou pensent à confiner leur population, à des niveaux plus ou moins stricts. Dernier en date : notre voisin, le Grand-Duché de Luxembourg, confronté à un nombre record d’infections en une journée ce lundi, plus de 10.000 nouveaux cas, et de décès : 10 victimes en un seul jour. Le Luxembourg se donne pour le moment une semaine avant de prendre des mesures de confinement.

En France, lors de son allocution, le 28 octobre, le président Emmanuel Macron avait souhaité "retrouver le confinement qui a stoppé le virus" au printemps. Les règles en sont d’ailleurs globalement les mêmes : attestation de sortie, promenade dans un rayon de 1km et d’une heure maximum, etc. Avec la petite différence que les écoles ne sont pas fermées, et que les professeurs sont donc tenus de se rendre au travail, du moins pour le primaire et le secondaire.


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Revenir aux mesures qui ont marché, c’est donc l’idée des gouvernements qui ont réétabli un confinement. Mais est-ce vraiment efficace ? Une étude de la revue américaine "Nature Human Behaviour" a recensé 6000 mesures non-pharmacologiques (socio-économiques donc) prises par 79 États dans le monde, puis les a comparées pour montrer lesquelles avaient le plus d’incidence sur le taux de reproduction (Rt).

Selon ce qui ressort de cette analyse, les mesures les plus efficaces seraient l’annulation des petits rassemblements sociaux, la fermeture des établissements scolaires, des frontières, les restrictions de déplacement et bien sûr, la fourniture d’équipements, comme des masques. À l’inverse, la désinfection des surfaces, au domicile ou sur les lieux de travail, ne montre qu’un impact très limité sur la propagation de l’épidémie.

Il n’y a aucune garantie que les mesures qui ont marché une fois fonctionnent une seconde fois

Difficile toutefois d’isoler telle ou telle mesure, puisque dans la plupart des cas, elles ont été prises de manière conjointe. Chaque mesure ne sera d’ailleurs pas aussi efficace dans tous les pays, comme l’explique Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’institut de santé globale de l’Université de Genève, au média suisse Heidi.news : "Ce travail montre que les mesures de confinement et les restrictions aux frontières sont associées à un niveau élevé d’entropie, ce qui signifie que leur efficacité est très variable entre les différents pays étudiés."

Autrement dit, on a parfois un petit peu eu tendance à copier sur le voisin des mesures qui n’étaient pas forcément aussi efficaces, du moins lors de la première vague. "On a peut-être eu trop tendance à vouloir plaquer des modèles extérieurs, sortis de leur contexte, pour tenter d’améliorer notre riposte, alors qu’ils n’étaient pas ou plus transposables", note Antoine Flahault.


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Rien n’indique non plus que réutiliser la recette de la première vague sera aussi efficace cet automne qu’au printemps dernier. "Il n’y a aucune garantie que les mesures qui ont marché une fois fonctionnent une seconde fois", affirme le chercheur Peter Klimek, professeur à Vienne et coauteur de l’étude, à Heidi.news.

Outre le contexte local, la question de l’adhésion de la population est importante : beaucoup craignent qu’avec une baisse de la confiance dans les gouvernements et une plus grande défiance vis-à-vis des règles, de nombreuses personnes bravent le confinement.


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Un confinement dont l’efficacité doit être relativisée, révèle l’étude. En réalité, il est difficile de savoir quel est l’impact de telle ou telle mesure, puisqu’elles sont souvent prises conjointement. "Notre travail montre que ces confinements stricts n’ont qu’un effet modéré", affirment les scientifiques de l’étude, rappelant que dans "confinement strict" se cachent en réalité toute une série de mesures (fermeture des frontières, des écoles, des commerces non essentiels, interdiction des rassemblements), qui peuvent être prises séparément.

En France, les chiffres de la mi-novembre ont d’ailleurs fait mentir les prévisions faites par le gouvernement lors de l’annonce du reconfinement : "près de 9000 patients seront en réanimation", avait affirmé Emmanuel Macron. Au 15 novembre, les services de réanimation comptaient 4880 patients, un chiffre qui stagne chez nos voisins depuis plusieurs jours.

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