Quelle évolution de la représentation de la femme dans les séries télévisées?

Xena princesse guerrière, intrerprétée par Lucy Lawless, icône du girl power des années 90.
Xena princesse guerrière, intrerprétée par Lucy Lawless, icône du girl power des années 90. - © RICHARD ROBINSON - AFP

En ce jour des droits de la femme, Matin Première a reçu Sara Sepulchre, professeure à l'Ecole de Communication de l'UCLouvain et spécialisée dans la place des femmes dans les médias, et plus particulièrement dans celui des séries télévisées.

Y a-t-il une représentation de la diversité homme/femme au sein de ces fameuses séries ?

Oui, tout simplement parce que les séries sont un monde très hétérogène. Il y a des séries qui sont diffusées sur les chaînes généralistes, d'autres sur les chaînes câblées ou de satellite, comme HBO par exemple, et il y a même les nouveaux diffuseurs comme Amazon ou Hulu. Face à un monde aussi divers du niveau de la production, on peut évidemment s'attendre à des choses diverses.

Quand on regarde les séries aujourd'hui, on peut par exemple voir des soap-opéras pendant la journée, comme Les Feux de l'amour, des soap-opéras le soir, comme Grey's Anatomy, mais aussi des séries policières, des séries parfois très pointues dans des thèmes de l'heroic fantasy, comme Game of Thrones, et sur les nouveaux providers, comme notamment Amazon, on a même par exemple une série comme Transparent, qui s'intéresse à la vie d'une femme trans et à la transition d'un homme vers une femme. Donc oui, on peut dire qu'il y a des femmes et des hommes dans les séries, en sachant que les séries ne sont jamais parfaites évidemment. Il faudrait regarder tout ce que je viens de citer pour avoir le panel complet.

Qu'en est-il des stéréotypes véhiculés dans ces séries ?

Déjà, il faut quand même rendre aux séries ce qui leur appartient et dire qu'écrire une série sans utiliser de stéréotypes n'est pas possible. Les stéréotypes sont un fait humain. Vous et moi utilisons des stéréotypes quand nous rencontrons quelqu'un pour la première fois, par exemple, ou quand on doit se préparer à un entretien d'embauche. C'est notre manière d'être en relation au monde et c'est logique que les séries les utilisent aussi.

Maintenant, et vous l'avez d'ailleurs dit dans l'introduction, elles ont fortement changé ces derniers temps, et notamment parce que les séries aujourd'hui ont la capacité de nous emmener dans un temps très long avec beaucoup de personnages. Quand on regarde une série comme Game of Thrones ou comme Grey's Anatomy, on a des dizaines de personnages principaux, donc forcément elles multiplient l'utilisation des stéréotypes. On en n'a plus un seul, mais on en a plusieurs.

C'est une manière très intéressante de gérer le stéréotype parce que quand il y en a qu'un, on n'est forcément confronté qu'à une seule manière d'être une femme. Je pense par exemple aux séries policières des années 90 où il y avait cinq hommes policiers et une femme. Il n'y avait donc qu'une seule manière de représenter le fait d'être une femme dans un monde policier. Aujourd'hui, c'est très différent quand on voit par exemple un casting de médecins dans lequel il y a la moitié d'hommes et la moitié de femmes.

Les séries suivent-elles un peu l'évolution de la société en termes de représentation de la femme ou est-ce que certaines séries sont précurseurs ?

Oui, mais ça dépend quelles séries. Éric Macé — sociologue français, ndlr — dit que les séries sont nécessairement conformistes et qu'elles ne peuvent être ni trop à l'avance ni trop en retard, tout simplement parce qu'elles doivent faire de l'audience. Si elles sont trop en retard, elles vont choquer, si elles sont trop en avance, elles vont choquer. Donc forcément, elles suivent l'air du temps, et toutes les séries ne le suivent pas de la même manière.

Quand on a une série sur une chaîne généraliste, on est confronté à des régulations qui ne sont pas les mêmes que quand on est Amazon ou Hulu, mais on voit malgré tout effectivement des séries qui aujourd'hui véhiculent des propos féministes, ce qui était à peu près impossible il y a encore une dizaine d'années.

Je me souviens d'une série qui s'appelle The Fall, qui est une série anglaise, dans laquelle Gillian Anderson joue une femme flic qui poursuit un serial killer, un tueur en série qui en fait lie son activité de tueur de manière extrêmement féministe, en disant "mais en fait, vous tuez des femmes parce qu'elles sont des femmes ", ce qui est jusqu'à présent quelque chose que je n'avais jamais entendu dans les séries télévisées.

Une autre série par exemple de l'an dernier, Little Big Lies, s'intéresse à la violence conjugale de manière extrêmement nuancée parce qu'on peut suivre ces couples pendant un certain temps. On a aussi une série qui s'appelle La Servante écarlate, qui a fait beaucoup de bruit l'an dernier, qui se passe dans un monde futur pas très loin, pas très éloigné, où les êtres humains, à cause de la pollution, sont devenus presque infertiles et où les seules femmes fertiles qui restent sont assujetties à l'obligation de participer à la reproduction de l'espèce et sont donc des esclaves sexuelles.

Donc oui, il y a des séries qui ont des propos qui sont très pointus. Mais c'est parfois même dans des séries généralistes. Je pense par exemple à un personnage comme Alicia Florrick dans The Good Wife, qui est une avocate et qui, dans sa pratique, utilise autant d'outils d'avocats habituels comme on peut en voir dans les séries, mais elle utilise aussi ses propres émotions parfois pour déstabiliser ses adversaires. Donc, faire revenir les émotions dans les séries, qui est quelque chose de très féminin, il n'y a que les filles qui pleurent, tout le monde le sait — c'est ironique ce que je viens de dire — ça montre qu'on peut aussi utiliser ces stéréotypes pour les retourner et pour en faire quelque chose auquel on ne s'attendait pas, puisqu'en fait elle prend le pouvoir grâce à ces émotions.

Est-ce qu'il y a une différence entre des séries américaines et européennes ? Est-ce qu'on constate vraiment une division entre les deux productions ou est-ce que finalement tout se mélange l'un dans l'autre ?

Les séries européennes ont tendance à suivre les séries américaines. Pour la plupart d'entre elles en tout cas, car ce n'est peut-être pas vrai des séries britanniques. Il faut dire que les Américains ont une longueur d'avance tout simplement parce que les lois sur les représentations des minorités aux États-Unis sont beaucoup plus avancées que les nôtres. Et quand on parle des minorités aux États-Unis, ce sont évidemment les communautés de couleur, les Noirs et les Latinos, mais aussi les communautés gay par exemple, qui ont bataillé depuis beaucoup plus longtemps pour avoir des représentations dans les séries.

Aux États-Unis, les séries sont prises au sérieux, tandis que chez nous non. Ça commence seulement maintenant, où on commence à se dire " est-ce qu'on ne ferait pas attention à ce qu'on représente et à ce qu'on met en prime time sur la RTBF ou sur d'autres chaînes ? " La réflexion a forcément été beaucoup plus rapide, mais on voit que ça suit aussi en France et en Belgique.

Je pense par exemple à l'an dernier ou l'année d'avant, où le personnage de Chloé Muller dans Ennemi Public est très intéressant parce que pour une fois on a une femme flic qui n'est pas lue à travers le couple. En général, on s'attend à ce qu'une femme tombe amoureuse de son partenaire, etc. Et ici, ce n'est pas le cas du tout, donc on voit qu'il y a aussi des choses intéressantes et je sais que ça a été une réflexion suivie. Qu'est-ce qu'on fait avec ces personnages ? Comment est-ce qu'on les présente ? Comment est-ce qu'on les positionne ?

À l'occasion de ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, la RTBF se mobiliseet propose une journée spéciale sur La Première, dans ses rendez-vous d’information et une soirée thématique sur La Trois. 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK