Logement, travail, insultes : quelle est la réalité du racisme en Belgique ?

Quelle est la réalité du racisme en Belgique ?
Quelle est la réalité du racisme en Belgique ? - © DIRK WAEM - BELGA

La manifestation contre le racisme et les violences policières à Bruxelles, qui s’est tenue dimanche, donne l’occasion de se pencher sur la réalité du racisme en Belgique. Quelles en sont les formes ? Qui en sont les victimes ? Comment est-il vécu ? Que constatent les associations qui sont en lien avec cette problématique ?

"Lutter contre le racisme : plus que jamais d’actualité en Belgique", communiquait Unia en mars dernier à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Unia, une institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination et défend l’égalité des chances en Belgique, expliquait à cette occasion avoir ouvert, en 2019, un nombre croissant de dossiers liés au racisme, confirmant ainsi une tendance que l’on observe depuis plusieurs années.
"Ce qui est clair, c’est que, par rapport aux personnes qui viennent chez nous et dans les dossiers qu’on ouvre, ce sont les critères raciaux qui viennent en tête, avant le handicap, avant l’orientation sexuelle, avant l’âge", explique Patrick Charlier, codirecteur d’Unia.


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Dans les dossiers d’Unia, le racisme prend diverses formes. Il y a la discrimination raciale, on refuse par exemple un logement ou un emploi à quelqu’un en raison de son origine. Il y a les actes de haine et d’agression. Cela peut-être aussi le harcèlement sur le lieu de travail. Et enfin, les discours de haine et l’incitation à la haine, par exemple dans les réseaux sociaux.

Le top 3 des secteurs où le racisme et la discrimination raciale s’exercent

Selon Unia, c’est d’abord dans le domaine des biens et services que la discrimination s’exerce. On parle ici du refus d’accorder un logement ou un bien à une personne en raison de ses origines. Refuser un logement à une personne en raison de ses origines est interdit. Pourtant, cela se pratique. Et même des agences immobilières le font, à la demande de leurs clients, quand il s’agit, par exemple de mettre un logement en location. "On a fait une enquête avec des demandes discriminatoires pour voir comment les agences immobilières répondent. En définitive, il n’y a que 12% des agences qui refusent très clairement une injonction discriminatoire en répondant au client que c’est contraire à la loi, qu’elles ne peuvent pas le faire et qu’elles ne le feront pas", explique Patrick Charlier.

Le deuxième domaine où le racisme s’exerce le plus, c’est celui des réseaux sociaux et des médias, par exemple, dans les forums de discussions et les commentaires des lecteurs d’articles de presse. Il s’agit de racisme qui ne vise pas directement une personne mais où l’on véhicule des discours de haine sur telle ou telle ethnie, race, sur les migrants, etc. "Ce qui est remarquable, ces dernières années, c’est la libération de la parole raciste, sur internet où, sur les réseaux sociaux notamment, il y a des saillies xénophobes ou racistes que beaucoup de nos concitoyens doivent endurer. On vient de clôturer une décennie populiste entre 2010 et 2020 où des dirigeants politiques jouent sur les peurs des citoyens et transforment ces peurs en voix, comme Victor Orban en Hongrie. Cela marque le quidam. Si les hommes politiques qui sont des leaders d’opinion donnent le mauvais exemple, ceux qui les suivent sont décomplexés pour balancer leur fiel sur les personnes issues de la diversité", analyse Carlos Crespo, le président du MRAX, le Mouvement contre le racisme et la xénophobie.

Le troisième domaine où l’on retrouve du racisme et de la discrimination, c’est dans les secteurs de l’emploi. Il peut s’agir de harcèlement à l’égard de personnes : renvois et allusions à la couleur de peau, dévalorisation du travail d’une personne d’origine étrangère. Ou encore, mise à l’écart de certains travailleurs dans les relations avec la clientèle. Ce sera par exemple le cas d’une entreprise qui acceptera de ne pas envoyer chez un client un travailleur d’une origine ethnique différente.

Toujours les mêmes profils recrutés

Dans le secteur du travail, les discriminations sont parfois involontaires et le fruit d’un mode de fonctionnement qui est reproduit systématiquement. Unia donne ainsi l’exemple des jobs d’étudiants. "Bien souvent, ils sont réservés aux enfants du personnel de l’entreprise. A partir du moment où, dans l’entreprise, la structure de l’emploi est inégale, où il y a une surreprésentation de personnes d’origine européenne, belge, si on réserve les jobs d’étudiants aux enfants du personnel, on reproduit cette inégalité. Or, le job permet parfois de financer des études universitaires ou supérieures. Le job d’étudiant est aussi une expérience professionnelle dont on peut se prévaloir par la suite". Si une entreprise, de par son fonctionnement, exclut des candidats jobistes issus de la diversité, ce sont autant de chances que de tels candidats perdront de s’élever dans la société.

Unia met aussi en évidence la manière dont les entreprises recrutent. Une entreprise qui privilégie toujours les mêmes canaux de recrutement, par exemple, toujours recruter dans la même filière académique, cherchera toujours les mêmes profils exclura plus souvent de facto de ses postes des candidats issus de la diversité. Ce ne sera pas forcément du racisme "ouvert" et volontaire mais l’effet de la discrimination sera bien présent.

Dans la société belge, les formes de discrimination raciale endémiques, c’est-à-dire structurelles, que l’on reproduit sans forcément s’en rendre compte sont multiples. Elles se retrouvent aussi dans l’enseignement où, des études l’ont prouvé, le jugement d’un enseignant à l’égard d’un élève pourra être influencé par l’origine ethnique (ou sociale) de l’élève. Tel élève en difficulté, de bonne famille, d’origine "belgo-belge" sera maintenu dans une filière plus prestigieuse. Un autre élève, du même niveau scolaire mais d’origine étrangère sera plus facilement redirigé dans une autre filière de formation, constate Unia.

Plus récemment, la pandémie de coronavirus a également suscité des réactions racistes, par exemple à l’égard des personnes d’origine asiatique. Preuve que le racisme et la discrimination nécessitent un travail de longue haleine pour être contrés. Une Conférence interministérielle pour lutter contre le racisme réunissant tant le niveau fédéral que celui des entités fédérées devrait prochainement se mettre en place. De quoi, espèrent les associations qui luttent contre le racisme et la discrimination, déboucher sur un plan interfédéral de lutte contre le racisme qui pourrait contribuer à faire évoluer les mentalités.

 

Manifestation contre le racisme à Bruxelles (JT du 07/06/2020)

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