Quel est le potentiel du biogaz, énergie renouvelable et locale, en Belgique ?

Quel est le potentiel du biogaz, énergie renouvelable et locale, en Belgique ?
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Quel est le potentiel du biogaz, énergie renouvelable et locale, en Belgique ? - © Tous droits réservés

C’est une des filières que le gouvernement wallon souhaite soutenir, dans son objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) : celle du biogaz, aussi appelé gaz vert ou renouvelable, ou encore biométhane, pour son petit nom scientifique. Un pas symbolique vient d’être franchi ce 7 octobre : pour la première fois, ce biogaz, sous forme de biométhane purifié, va être injecté dans le réseau de distribution wallon. Du biométhane venant de La société agro-industrielle fleurusienne Cinergie.

  • "Biogaz", car il trouve son origine dans des matières organiques : résidus de cultures végétales, cultures intermédiaires (CIVE), effluents d’élevage, déchets verts, etc.
  • "Gaz renouvelable", car le CO2 généré depuis sa combustion a été d’abord absorbé (par photosynthèse des plantes) dans ce que l’on appelle un cycle court.
  • "Gaz vert" car, s’il remplace des combustibles fossiles, il a un potentiel de réduction des GES.

Un bilan carbone neutre

Le gaz naturel et le biogaz sont en grande partie composés de méthane : 85 à 95% pour le gaz naturel, 50 à 95% pour le biométhane, selon qu’il soit ou non purifié. Lors de leur combustion, l’émission de CO2 est donc assez similaire. La différence majeure vient du fait que le biogaz est issu d’un cycle de carbone court : son origine, des plantes qui ont capté le CO2 à notre époque ; alors que le CO2 issu du gaz naturel a été capté par des plantes il y a des millions d’années.

Le calcul du bilan carbone est donc largement favorable au biométhane : il est théoriquement neutre, et permettrait donc de réduire les GES s’il remplace le gaz naturel, ou des carburants fossiles. La World Biogas Association, dans un rapport de septembre 2019, a estimé que le biogaz pourrait couvrir de 6 à 9% de la consommation mondiale d’énergie primaire. S’il est utilisé comme électricité, il pourrait couvrir de 16 à 22% de l’électricité consommée dans le monde. S’il est utilisé comme biométhane, il pourrait se substituer de 16% à 37% du gaz naturel actuellement consommé. Avec pour conséquence, une belle réduction des GES : 3290 à 4360Mt d’équivalent CO2, soit 10 à 13% des émissions actuelles de GES. Ces chiffres supposent que la génération et la distribution de cette énergie sont globalement optimales, ce qui est pour l’instant loin d’être le cas dans la plupart des cas.

Si en théorie, le biogaz a un beau potentiel, qu’en est-il de son application pratique ? A quel point ce biogaz peut-il aider la Wallonie dans sa transition énergétique ?

Un foyer wallon sur deux pourrait être alimenté en biogaz

A la demande de Gas.be, association de promotion du gaz, l’asbl de valorisation de la biomasse Valbiom a réalisé une étude sur le potentiel de la biométhanisation en Belgique. Et de nous livrer des conclusions plutôt encourageantes :

  • Le biogas a un potentiel réaliste (qui tient donc compte de limitations techniques, sociales, environnementales et agronomiques) de 15,6 TWh PCS (potentiel calorifique supérieur), soit environ 9% de la consommation actuelle de gaz naturel en Belgique. Flandre et Wallonie se partagent à 46,5% et 53% les "gisements", soit la capacité de fournir la matière première via l’agriculture, les déchets, etc.
  • C’est l’agriculture qui serait le fournisseur principal, constituant 80% du gisement, via résidus de culture (14%), cultures intermédiaires (37%), effluents d’élevage (29%).
  • Si tout ce biométhane était utilisé pour la mobilité, 2 millions de voitures particulières pourraient être alimentées.
  • L’exploitation de ce potentiel pourrait éviter 6 millions de tonnes d’équivalent CO2.

Constant intéressant pour la Wallonie, un foyer sur deux pourrait être alimenté en biométhane. Une hypothèse réalisable si le biogaz, au lieu d’être seulement utilisé là où il est produit, est réinjecté dans les réseaux de distribution. Valbiom a ainsi identifié une cinquantaine de communes où les capacités de gisement permettent de réinjecter du biogaz vers d’autres communes. Parmi ces communes à grandes capacités, Namur et ses communes aux alentours, une partie de la botte du Hainaut (Couvin, Philippeville, Florennes), Libramont, Neufchâteau, des communes de la région d’Ath et quelques communes proches du littoral (Middelkerke, Diksmuide, notamment). Ces calculs sont basés sur une estimation des gisements, et non des unités de production de biogaz actuellement existantes.

Un circuit de distribution court

Cette évaluation permet de mettre en avant un des autres avantages de cette énergie : elle est intrinsèquement locale. De plus en plus, via des systèmes de circuits courts et coopératives paysannes et agricoles, nous pouvons manger des aliments venant des champs, des élevages, des vergers proches de chez. Avec le biogaz, c’est le même principe : ce sont les cultures et élevages de la région qui peuvent produire l’énergie qui servira à notre chauffage. De quoi renforcer le monde agricole, qui prendrait alors une place encore plus importante dans un système d’économie circulaire décentralisée.

Parent oublié des énergies renouvelables, dans l’ombre des éoliennes et panneaux solaires, la biomasse a pourtant un énorme potentiel dans la transition énergétique souhaitée par notre pays, et particulièrement en Wallonie. Plus qu’une pourvoyeuse d’énergie, la biomasse peut également être un moyen de renforcer les interactions locales, et être un moteur de la transition agro-écologique.

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