Quel droit à l'image pour les policiers qui interviennent durant une manifestation ?

Ce jeudi s’ouvre à Bruxelles un procès à l’encontre du collectif de photographes Krasnyi, de la Ligue des droits humains, de Zin TV, ainsi que du photographe Frédéric Moreau de Bellaing. Tous sont organisateurs de l’exposition photo "Don’t Shoot" en novembre 2018. Le but : mettre en débat les atteintes à la liberté de manifester.

Dans ces photos, on peut y reconnaître des policiers dans l’exercice de leurs fonctions, raison pour laquelle on retrouve la zone de police Bruxelles-Capitale-Ixelles derrière cette plainte.

"Cette exposition montre des policiers qui sont dans l’exercice de leurs fonctions sur la voie publique, intervenant dans différentes manifestations", explique Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la Ligue des droits humains. "Ça peut être des manifestations de sans-papiers, de collectifs de sans-papiers, et on voit à un autre moment un policier protéger un membre du Vlaams Belang en Flandre. Je dirais donc que ce sont des photos de type journalistique qui montrent des situations réelles — ce ne sont pas des images prétextes pour parler d’un sujet — des manifestations essentiellement pour soulever la question de la gestion par les policiers des manifestations en Belgique essentiellement".

L’objectif derrière cette démarche selon Pierre-Arnaud Perrouty est avant tout de poser la question de la liberté de manifester, de la gestion par la police de ces manifestations mais aussi de la violence non légitime. "Ces images permettent d’évoquer un contexte et de poser des questions de liberté de manifester, mais aussi évidemment de liberté de photographier ou de filmer cette police en action sur la voie publique".

Dans l’exercice de leur fonction

L’Association des journalistes professionnels et la Fédération européenne des journalistes considèrent que ce procès constitue une menace pour la liberté d’informer. Ce qui pose problème selon Pierre-Arnaud Perrouty. "À partir du moment où il n’est plus possible pour des journalistes, voire des citoyens, de prendre des images de ce qui se passe dans la rue, ça pose effectivement un problème pour travailler", constate-t-il. "Mais ça ne touche pas seulement les journalistes, ça touche aussi les organisations non gouvernementales, les citoyens qui, tous, comme le dit la Cour européenne des droits de l’homme, peuvent exercer un rôle de chien de garde de la démocratie. Et sans ces images, il est très difficile d’avoir une idée précise de ce qui se passe. On a d’ailleurs pu voir en France l’importance des images dans les manifestations, dans la répression des mouvements des gilets jaunes".

Cette exposition soulève donc des enjeux de démocratie mais aussi de vie privée. Pour le directeur de la Ligue des droits humains, il n’est pas légitime que des hommes ou des femmes représentant les forces de l’ordre ne soient pas filmés. "D’abord, ils invoquent la vie privée. Or, là, ils sont dans l’exercice de leurs fonctions et dans l’espace public, donc il n’est pas question de vie privée", précise-t-il. "En ce qui concerne leur droit éventuel à l’image, il doit céder sur le droit à l’information. Ce sont des questions d’intérêt général de voir comment la police gère les manifestations, la libre expression de la manifestation. Et donc, l’intérêt général en l’occurrence prime sur le droit à l’image, mais avec une certaine prudence. Il est évident que dans certains cas, on doit faire attention à la manière dont on montre les policiers. On peut imaginer que dans certaines opérations sensibles antiterroristes par exemple, la présence des médias ne soit pas la bienvenue de manière ponctuelle, ou en tout cas de manière différée. Mais de manière générale, dans l’espace public et en fonction, il y a un droit à filmer la police et à photographier la police".

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