Que vont devenir les 62 détenus radicalisés, libérés d'ici 2020?

Enquête RTBF - France inter. D'ici la fin de l'année 2020, 62 détenus radicalisés - 29 condamnés pour terrorisme et 33 détenus de droit commun, radicalisés en prison - seront libérés, selon des chiffres de l'administration pénitentiaire. Parmi eux, Jean-Louis Denis, dit Le Soumis. Il sera libre, au plus tard le 9 décembre prochain, car il aura purgé l'entièreté de sa peine de prison.

Jean-Louis Denis, l'un des recruteurs bruxellois bien connus, a été condamné à 5 ans de prison pour avoir incité des jeunes à combattre en Syrie, et avoir tenu des discours haineux. Il s'était laissé filmer par plusieurs équipes de télévision, et notamment par les caméras de "Tout ça ne nous rendra pas le Congo". Il n'hésitait pas à tenir des propos radicaux, sur la démocratie qui ne serait pas, selon lui, compatible avec la religion musulmane. Il se défendait d'être un recruteur de djihadistes. "Je ne recrute personne moi, nous avait-il confié en avril 2013. C'est Allah tout puissant qui choisit son armée, moi je n'y suis pour rien."

Il n'a pas du tout changé

Après 5 ans passés derrière les barreaux, Jean-Louis Denis a-t-il vraiment changé ? Nous avons discuté avec un détenu, qui l'a côtoyé en prison, et qui souhaite garder l'anonymat. "Il n'a pas du tout changé, nous explique-t-il. Je le voyais au parloir. Il porte la barbe, il ne serre pas la main de ses visiteuses. Des femmes en burqa viennent lui rendre visite. Et il y a parfois des enfants qui écoutent leurs conversations. Ils parlent religion, prières. Et parfois, ils parlent en langage codé. Cela me fait peur. Jean-Louis Denis parle bien, il a une certaine aura auprès des détenus les plus fragiles, je l'ai vu."

Les avocats de Jean-Louis ne souhaitent pas s'exprimer pour l'instant. Selon plusieurs sources, leur client se considérerait aujourd'hui comme un prisonnier politique musulman. Il a refusé de demander sa libération conditionnelle, pour ne pas se voir imposer des conditions restrictives par les autorités judiciaires. En arrivant à fond de peine, il sortira sans devoir rendre de compte à personne. Et il n'est pas le seul à faire le même calcul.

Avec lui, 29 détenus condamnés pour terrorisme sortiront d'ici 2020. Cela représente un véritable défi pour les services de sécurité, car le risque de récidive est important. "On sait que pour tous les groupes de détenus, la récidive post-pénitentiaire est de 40 à 50%, analyse Michaël Dantinne, criminologue à l'Université de Liège. Il n'y a à priori aucune raison pour que cette catégorie de détenus y échappe. Cela signifie que 4 sur 10 ou 5 sur 10 d'entre eux pourraient commettre à nouveau un acte du type pour lequel ils ont été incarcérés".

Ce sont des bombes dormantes

Selon le détenu que nous avons interrogé, rien n'est fait en prison pour amener ces détenus sur la voie de la déradicalisation. Au contraire, les conditions de détention très strictes des condamnés pour terrorisme renforceraient leurs tendances extrémistes.

"Imaginez un animal, que l'on enferme dans une cage, et à qui on ne donne qu'une heure par jour de promenade. Il sortira comment, selon vous, si on le lâche à fond de peine ?, s'interroge notre détenu anonyme. Je l'ai vécu moi-même après mon premier passage en prison. Je suis sorti avec la haine contre le système. Pour moi, ces radicaux, ce sont des bombes dormantes. Quand ils vont sortir, ils vont recommencer."

Les autorités devront établir, pour chaque détenu libéré, un profil de risque. Et elles devront décider qui doit être surveillé, par les services de renseignement principalement. "L'avantage, c'est qu'on sait qui sort de prison, ces individus sont connus, précise Michaël Dantinne. Mais tous leurs faits et gestes ne pourront pas être suivis pour autant. Il n'y a ni les ressources humaines, ni les ressources légales pour le faire."

La France est confrontée à la même situation. Chez nos voisins, 65% des condamnés pour terrorisme seront libérés d'ici la fin de l'année 2020. Ce qui représente 115 personnes. Les services français se veulent rassurants : ils ont appris de leurs erreurs du passé et communiqueraient aujourd'hui mieux entre eux, selon le porte-parole de la chancellerie. De quoi anticiper un éventuel passage à l'acte.

 

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