Masque obligatoire à Bruxelles : que veut exactement dire le seuil d'alerte de 50 cas de coronavirus par 100.000 habitants ?

Les autorités sanitaires sont très attentives à ce qu’elles appellent le seuil d’alerte qui, chez nous, est fixé à 50 cas de contaminations en moyenne par 100.000 habitants. La Région bruxelloise l’ayant dépassé, le port du masque est devenu obligatoire sur tout son territoire ce mercredi.

Que signifie ce seuil ? Pourquoi est-il important de ne pas le dépasser ? Est-il un signe que l’épidémie flambe à nouveau ou pas ? Est-ce le même pour tous les pays ?

En fait, c’est un des indicateurs de surveillance de l’évolution de l’épidémie, comme le taux de reproduction (le R0) qui correspond au nombre moyen de personnes qu’un malade contamine. Si on veut stopper l’épidémie, il doit être inférieur à 1.

Ce matin, Frédérique Jacobs, la porte-parole fédérale de la lutte contre le coronavirus, l’explique en quelques mots : "C’est un seuil qui a été choisi de manière arbitraire, qui ne repose pas sur des données scientifiques mais qui est un indicateur que la situation devient sérieuse et s’aggrave." Alors faut-il s’inquiéter ?

Un seuil d’alerte décidé lors du déconfinement par les experts

A la question du chiffre de 50 par 100.000 habitants, l’épidémiologiste de l’ULB, Yves Coppieters est plus précis : "C’est un chiffre que les experts du GEES, lors du déconfinement, ont décidé qu’il ne fallait pas dépasser et au-delà duquel, il fallait prendre des mesures. Mais il y a un mois et demi, le système de testing était très différent. Le dépistage était moins large, on captait moins de cas, qui sont le reflet de la circulation de base du virus au sein de la population. Pour moi, ce seuil d’alerte devrait évoluer car on va devoir encore vivre un certain temps avec ce virus."


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L’incidence n’est qu’un des indicateurs de l’évolution de l’épidémie

Et ce n’est pas tout pour le scientifique : "Le profil de l’épidémie a changé. Ce sont des jeunes de moins de 50 ans qui sont contaminés, ils développent peu de formes graves de la maladie. Il y a donc une circulation effective du virus. Dans l’agglomération bruxelloise, il y a plus de 50 personnes pour 100.000 habitants qui se contaminent en moyenne par jour. C’est ce qu’on appelle l’incidence, le nombre de nouveaux cas sur une période donnée, ici, 24 heures."

Reste que cet indicateur d’incidence n’est qu’un des trois utilisés pour suivre l’évolution d’une épidémie. Le deuxième, c’est le R0 (le taux de reproduction qui tourne chez nous pour le moment aux alentours des 1,15), le troisième, c’est le nombre d’admissions hospitalières, il mesure l’engorgement de nos hôpitaux. Et là, nous sommes, selon l’épidémiologiste, très loin de la saturation. Autrement dit, on peut être à 50 cas par 100.000 habitants sans être au bord de la catastrophe.

Ne retenir que ce seuil d’alerte qui est le reflet d’une autre dynamique épidémique qu’auparavant me semble compliqué ! Il ne reflète pas le profil des nouveaux cas

"Ce sont des foyers que l’on peut maîtriser rapidement", explique Yves Coppieters : "Ce sont des transmissions entre jeunes avec des indicateurs hospitaliers qui restent au vert. Si on est à 70 cas mais des jeunes peu malades, il faudra l’accepter. Le virus n’est pas prêt à disparaître. Ce seuil d’alerte devrait évoluer, il devrait être plus flexible pour trouver un juste équilibre entre les transmissions et nos modes de vie qui doivent rester au plus proche de la normale."

Et de poursuivre, "cet indicateur n’a de sens, pour le moment, qu’au niveau très local, pas au niveau d’une région ou d’une agglomération mais bien d’une commune ou même d’un quartier. Et, qu’il faudrait gérer comme un petit foyer (dépistage, mise en quarantaine) comme on le ferait avec un foyer dans une même famille."

Le seuil d’alerte peut varier suivant les pays, en France, comme chez nous, il est de 50 cas par 100.000 habitants en moyenne ; à Barcelone par exemple, il était à 60 cas. Il n’y a pas d’harmonisation européenne, comme pour la fermeture des frontières, ce qui est regrettable conclut l’épidémiologiste.

 

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