Que sait-on de cette vaste affaire de fraude dans le football belge et européen?

Le monde du football professionnel belge est secoué, depuis la nuit dernière, par une série de perquisitions et d'interpellations au plus haut niveau. L'instruction judiciaire couvre des activités menées dans le cadre d'une organisation criminelle, le blanchiment d'argent et la corruption privée. La liste des personnes interpellées dans cette affaire ne cesse de s'allonger que ce soit chez des managers, des agents de joueurs ou des arbitres: Mogi Bayat, Ivan Leko, Herman Van Holsbeeck, Sébastien Delferière, Bart Vertenten, Dejan Vejlkovic.

Ivan Leko reste en cellule de la nuit de mercredi à jeudi, il comparaîtra devant un juge d'instruction jeudi. Quelque 44 perquisitions ont été menées dans une dizaine de clubs, dont Anderlecht, Club Bruges ou au Standard, mais aussi Gand, Genk, Courtrai, Malines, Ostende ou Lokeren. Ces perquisitions sont réalisées à la demande d'un juge d'instruction du Limbourg. Ce ne serait pas les clubs qui seraient directement concernés mais bien les contrats des joueurs. C'est ce que confirme, ce matin, le RSC Anderlecht dans un communiqué.

Les enquêteurs seraient notamment repartis du Standard en emportant des copies de contrats en lien avec Mogi Bayat. On parle de Michel Preud'homme, Dieumerci Ndongala, Adrien Trebel et Obbi Oularé. Mais aussi ceux en lien avec Dejan Vejlkovic, à savoir Aleksandar Jankovic, Filip Mladenovic et Milos Kosanovic. Le contrat de Dino Arslanagic a également été embarqué par la justice. Ces perquisitions ont été menées chez des responsables de clubs, chez des agents de joueurs, chez un ancien avocat, dans un bureau comptable, chez un entraîneur.

Deux journalistes, l'un de "Het Laatste Nieuws" et l'autre de "Het Nieuwsblad" ont également été emmenés par la police. Ces deux journalistes suivaient le KV Malines.

Par ailleurs, le club de Westerlo, qui évolue actuellement en division 1B, a indiqué cet après-midi qu'il a porté plainte l'an dernier contre Mogi Bayat. Plainte pour fraude à la compétition.

Le parquet fédéral indique également qu'à la demande du juge d'instruction, 13 perquisitions sont également effectuées à l'étranger, notamment en France, au Luxembourg, à Chypre, au Monténégro, en Serbie et en Macédoine.

Au total, ce sont pas moins de 184 policiers (Anvers, Louvain, Brabant Wallon, Bruxelles, Halle-Vilvorde, Flandre Orientale, Flandre Occidentale, Mons et Liège) qui ont été engagés ce matin. 36 policiers à l'étranger.

L'enquête fédérale a débuté à la fin de 2017, à la suite d'un rapport concernant des transactions financières suspectes rédigé par l'Unité des fraudes sportives de la police fédérale. Les soupçons portent sur des commissions dissimulées.

L'argent roi

Pour Michaël Dantinne, professeur de criminologie à l'Université de Liège, il n'est pas étonnant que ce genre d'affaire éclate dans le football. Interrogé par Quentin Warlop, le professeur détaille les facteurs criminogènes qui expliquent cela: "le principal facteur c'est la masse d'argent brassée dans le football. Il y a aussi la valeur financière très subjective des joueurs, qui permet de surfacturer ou de sous facturer et ainsi détourner les surplus d'argent au profit des différents intermédiaires. Le nombre très important d'intermédiaires va aussi compliquer les transactions et les obscurcir. C'est un milieu assez opaque qui a des flux transnationaux et ça c'est important pour ceux qui cherchent à blanchir des capitaux. C'est aussi un milieu où le rapport à l'argent est assez pathologique. Tout cela crée un concentré d'ingrédients qui peut favoriser la commission d'infractions financières".

Entendus pas la police

Pour le moment, les personnes interpellées ce matin sont entendues par la police. Ces auditions pourraient durer toute la soirée. Certaines personnes seront ensuite déférés devant un juge d'instruction qui décidera qui est libéré, qui est inculpé et qui est placé en détention.

Le juge a 48 heures, à partir du moment de l'interpellation, pour se prononcer.

Le parquet fédéral devrait tenir une conférence de presse demain à 15h00.

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK