Quatre ans après les attentats de Bruxelles, la vie reprend enfin pour Karen Northshield

Karen Northshield est sortie de l'hôpital il y a quelques mois, après y avoir passé plus de trois ans. Le 22 mars 2016, elle était à l'aéroport de Bruxelles quand la première bombe avait explosé, brisant son corps et changeant sa vie à jamais.

Quand la caméra s'allume, changement de décor. Karen n'est plus dans un lit d'hôpital, elle est chez elle. A cause du coronavirus et du confinement, l'interview se fait par vidéo à distance. "J'évite de prendre le moindre risque", nous explique-t-elle en souriant. "J'ai déjà assez souffert ces dernières années".

La reconstruction, enfin !

Chaque 22 mars, c'est devenu une sorte de rituel. Au moment des commémorations des attentats, nous lui demandons un entretien, pour prendre de ses nouvelles. Karen Northshield est la victime qui est restée le plus longtemps hospitalisée. Elle a passé trois ans et demi à l'hôpital. Grièvement blessée à l'aéroport, les médecins lui donnaient peu de chance de survivre. Aujourd'hui, elle va mieux.

"Depuis 5 mois environ, je suis sortie du centre de revalidation. J'essaye de refaire ma vie. J'essaye d'être un peu plus autonome. J'arrive à marcher de courtes distances avec mes béquilles. C'est un point positif. Je fais un peu de sport, je vois mes amis, ma famille. C'est sûr, cela va mieux. Même si je suis très vite fatiguée", nous confie Karen Northshield.

Une petite victoire, après longues années de combat. Son corps se reconstruit petit à petit. Même si de nouvelles opérations ne sont pas à exclure. Sa hanche aura peut-être besoin d'une prothèse. Son système digestif aussi est bouleversé, avec la perte de son estomac. Mais elle avance. Reste encore les difficultés psychologiques à appréhender.

"J'ai toujours des moments de détresse et d'anxiété."

"J'essaye encore de donner du sens à tout ça, de trouver une nouvelle définition à la vie," explique Karen. "Il y a toujours des hauts et des bas. La semaine dernière, par exemple, on a déposé ma grand-mère à l'aéroport. Et il y a cette inquiétude qui est encore là. Pareil pour les transports en commun. J'ai toujours des moments de détresse et d'anxiété. Cela reste un trauma, et j'en garde des séquelles. Cela reste encore là, comme si c'était hier. Je dois prendre des antidépresseurs, des somnifères pour dormir. Cela ne se passe pas encore comme je voudrais. C'est un long chemin, un très long chemin", poursuit-elle.

Cette année, avec le confinement et les risques liés au coronavirus, les commémorations des attentats n'auront pas lieu comme prévu. Seul un moment de recueillement en comité restreint est maintenu.

Ne pas oublier, malgré les années

"Cela fait quatre ans que cela s'est passé. Je pense que tout doucement ça s'oublie. C'est vrai, que d'un côté, il faut un peu oublier pour avancer. Mais d'un autre, il ne faut pas oublier, parce que cela a quand même touché la vie de gens qui ont perdu des proches, qui ont été très, très blessés comme moi. C'est vraiment une épreuve tous les jours, de continuer, de se lever le matin, ... Cela mérite d'être retenu par le public. Je trouve cela dommage que les commémorations n'aient pas vraiment lieu ce dimanche, même si je comprends qu'avec ce virus, ce n'est pas possible de mettre en contact toutes ces personnes. Alors, on pourrait peut-être être organisé à un autre moment, symboliquement, peut-être dans un mois ou deux mois par exemple! Parce qu'il y a des victimes qui ont besoin de ça, d'avoir un moment qui leur est dédié, d'être sur les lieux. Elles en ont besoin pour avancer."

Avancer, c'est bien l'objectif de Karen Northshield après avoir été coincée dans un lit pendant plusieurs années. Aujourd'hui, elle regarde vers l'avenir, et elle parvient à se projeter.

"A l'avenir, j'aimerais être là pour mes proches, comme ils ont été là pour moi. J'aimerais aussi pouvoir être utile à la communauté. Hier, je suis sortie prendre l'air quelques minutes avec ma maman. J'ai ramassé des canettes qui trainaient par terre, pour les jeter à la poubelle. Ce n'est pas grand chose, mais j'ai ce besoin de me sentir utile. J'aimerais aussi écrire un livre bientôt, pour raconter ce qui m'est arrivé. Et partager mon expérience avec d'autres personnes en souffrance."

"Il ne faut pas perdre espoir."

Cette ancienne professeur de sport et de yoga veut que son histoire, son expérience, sa souffrance, puisse servir les autres.

"Ce que je veux dire aujourd'hui, c'est qu'il ne faut pas perdre espoir. Tous les soirs, j'allume une bougie, je médite. Je touche du bois pour que plus rien ne m'arrive. J'ai déjà assez souffert, et ma famille aussi".

Archive: sujet sur Karen Northshield dans le JT du 22/03/19

Archive: sujet sur Karen Northshield dans le JT du 22/03/18

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