Quand les requins soutiennent l'économie

Des pêcheurs récupèrent des ailerons de requin en Indonésie
Des pêcheurs récupèrent des ailerons de requin en Indonésie - © EPA

Selon une étude australienne, le requin peut être un vrai moteur de l’économie dans certains pays. A tel point qu’il deviendrait plus rentable vivant que cuisiné. Dans l’Histoire en tout cas, le destin du requin est souvent lié à la vie politique et économique de nos pays.

A première vue, le lien entre un requin et la situation politico-économique d’un pays ne va pas de soi. Pourtant, comme nous l’apprend slate.fr, les deux sont liés. Les changements de régime politique ont un réel impact sur les requins : quand la vie économique change, celle du requin fait de même.

L’exemple le plus marquant est celui de la Chine, où l’aileron de requin est devenu au fil des siècles une marque de richesse. Entre 960 et 1279, l’élite de l’époque commence à cuisiner des nouilles au cartilage d’aileron de requin. Au XVe siècle, sous le règne des Ming, la soupe aux ailerons devient incontournable dans les banquets officiels.

Tout change quand Mao Zedong arrive à la tête du pays en 1949. Forcément, un plat apprécié des élites n’a pas sa place dans la politique du Parti communiste. "Même s’il n’a jamais été interdit, il était mal vu", explique Susie Watts de l’association Humane Society International.

A la fin des années 80, l’homme au pouvoir Deng Xiaoping lance une vague de réformes économiques. L’idée est à la base du système chinois d’aujourd’hui : "un pays, deux systèmes", c’est-à-dire faire cohabiter communisme et capitalisme sous une seule autorité politique. Dès lors, la classe aisée et la classe moyenne commencent à consommer régulièrement de la soupe à l’aileron. Le plat a été "réhabilité politiquement", selon Susie Watts. "En consommer donnait l’impression de faire partie de la nouvelle aristocratie chinoise", poursuit-elle. Plus l’économie chinoise prenait de l’importance, plus les requins étaient visés. Aujourd’hui, la soupe aux ailerons de requin est répandue dans toute l’Asie.

Le requin serait plus rentable vivant que mort

Malgré tout, il est réducteur de penser que seuls les régimes socialistes bénéficient aux requins. Une récente étude de l’Australian Institute of Marine Science (AIMS) menée aux Palaos (archipel du Pacifique au nord de l’Indonésie), montre qu’un seul requin peut générer au cours de sa vie près de deux millions de dollars en retombées touristiques pour le pays, soit environ 1,4 millions d’euros. "Les requins peuvent être un moteur économique important, assure Mark Meekan, le chercheur qui a mené l’étude à l’AIMS. Ils peuvent être bien plus utiles au tourisme qu’en tant que cible de pêche". Aux Palaos, la plongée au milieu des requins rapporte presque 13 millions d’euros par an à l’économie locale. C’est pourquoi depuis 2009, l’archipel abrite le premier sanctuaire mondial des requins.

"Cette étude peut inciter plusieurs pays à voir les requins comme bénéfiques à l’océan et au bien-être financier", espère Matt Rand du Pew Environment Group, le commanditaire de l’étude. L’idée fait en effet son chemin : les Maldives et le Honduras ont fait de leurs eaux territoriales une zone protégée pour les requins et d’autres comme les Fidji ou les Bahamas appellent à leur protection.

"Généralement, le requin rapportait quand il était dans un bol de soupe ou en effrayant les gens dans les salles de cinéma, conclut Matt Rand. J’espère que la situation est en train de changer".

J.ANTOINE avec slate.fr

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK