Quand les rats menacent les récifs coralliens

Fonds marins de l'Archipel des Chagos, dans l'océan Indien
Fonds marins de l'Archipel des Chagos, dans l'océan Indien - © CC2.0 - Foreign and Commonwealth Office

Le lien n’est pas tout de suite évident, et pourtant la présence de rats sur des îles peut menacer les récifs de corail aux environs.

Dans une étude parue dans Nature en juillet dernier, des chercheurs anglais, canadiens et danois ont mené une expérience sur l’archipel de Chagos, au milieu de l'océan Indien, où certaines îles sont infestées de rat, alors que d’autres en sont dépourvues. Et ils ont réussi à démontrer que la présence de rats déstabilisait l’écosystème lié à ces récifs coralliens.

Alors non, ces rats ne sont pas devenus aquatiques pour devenir prédateur de poissons coralliens ou encore mangeur de phytoplanctons. Le lien entre rats et corail est en fait indirect, et il passe par les oiseaux marins… et plus spécifiquement, leur guano.

 "Les îles avec et sans rat sont un peu comme le jour et la nuit, explique un des co-auteurs de l’étude, le professeur Graham de la Lancaster University à la BBC. "Celles sans rat sont pleines d’oiseaux bruyants, autant sur terre que dans le ciel, et elles sentent très fort, car le guano qu’ils déposent sur l’île est très malodorant. Par contre, quand on met le pied sur les îles avec des rats, on n’y trouve presque aucun oiseau de mer.", à cause de la prédation des rongeurs.

Une histoire de guano

Grâce à leurs déjections, les oiseaux marins apportent de grandes quantités de nutriments sur les îles, permettant ainsi le développement de leurs faune et flore, que ce soit sur terre ou dans la mer. Afin d’estimer l’apport du guano dans ces écosystèmes, les scientifiques ont calculé la quantité d’azote dans les sols, les arbrisseaux, les microalgues, éponges et poissons de récifs. L’azote est un nutriment que peu d’organismes vivants peuvent synthétiser par eux-mêmes, mais indispensable à leur développement. Il est donc très apportant d’en avoir un apport extérieur — c’est le rôle de l’engrais en agriculture.

Et la quantité d’azote est significativement plus élevée dans les îles sans rongeurs… friand d’oiseaux. Afin de voir si ce manque d’azote a un impact sur l’écosystème coralien, les chercheurs ont également comparé la biomasse des poissons, qui est près de 48% supérieures dans les îles sans rats.

Les rats agissent donc comme des perturbateurs du flux de nutriments dans la chaîne alimentaires, menaçant par-là la croissance des récifs coralliens, et de la multitude d’espèces qui y sont liées. Au vu des menaces qui pèsent déjà sur ces récifs coralliens, à cause du réchauffement climatique, de l’acidification des océans, et de la pression humaine, les auteurs de l’étude recommandent fortement d’éradiquer les populations de rats sur ces îles, afin de rétablir le fragile équilibre trophique de ces écosystèmes à la diversité incroyable.

Découvrez la biodiversité des récifs coralliens des Chagos

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