Quand les policiers français interpellent des policiers belges

La scène pourrait rappeler le film "Rien à déclarer" avec Dany Boon et Benoît Poelvoorde. Pourtant elle ne fait pas vraiment sourire les policiers, ni du coté français, ni du côté belge. Entre collègues, on ne se fait pas de cadeaux.

Deux policiers belges d’Ypres, en Flandre, ont été arrêtés mardi soir par la police française à Nieppe, juste derrière la frontière. Ils ramenaient une quinzaine de migrants retrouvés dans un camion en provenance de Calais.

Au final, selon le commissariat d’Ypres et le Syndicat libre de la fonction publique de la police, les policiers belges ont été interrogés pendant trois à quatre heures au commissariat d’Armentières avant d’être relâchés au petit matin. Des policiers qui interrogent d'autres policiers ? La Préfecture de la région Hauts-de-France nous a confirmé les faits.

Au départ de l'affaire, mardi matin, un routier qui vient de pénétrer sur le territoire belge et entend des bruits dans son camion. Il appelle la police française qui découvre les migrants. La police belge, compétente sur son sol, les embarque et les emmène à Ypres pour les interroger.

Ces migrants, dont des mineurs, voulaient apparemment rejoindre l’Angleterre et se sont trompés de camion. En temps normal, les policiers d’Ypres auraient dû laisser les migrants repartir d’eux-mêmes mais, la nuit tombant, ils ont décidé de les rapprocher de la France. Ce sera 50 mètres après la frontière, d’après le commissaire d’Ypres Georges Aeck. Cinquante mètres de trop puisque les policiers belges ne sont pas autorisés à déposer ces migrants sur le territoire français. De quoi provoquer leur arrestation par la police française qui veut des éclaircissements.

"On n’a pas fait ça pour gagner de l’argent"

Selon Georges Aeck, ses collègues n’ont pas reçu beaucoup d’explications sur la durée de leur interrogatoire. "Normalement dans la procédure, lorsque l’on est inculpé on doit quand même savoir pourquoi, indique Georges Aeck. On n’a pas fait ça pour gagner de l’argent ; ce n’est pas du trafic de personnes. On a seulement donné un coup de main. On ne voulait pas les relâcher dans une ville où ils ne connaissent rien juste avant la nuit". C’est donc l’incompréhension qui règne, surtout que Belges et Français collaborent étroitement la majorité du temps.

Approchés, les policiers d’Armentières ont refusé toute interview. La Préfecture de la région Hauts-de-France a par contre réagi par écrit. "Les autorités françaises ont exprimé leur plus vive réprobation à la suite de cette initiative qui n’est pas conforme aux pratiques habituelles de travail entre la France et la Belgique", écrit-elle. "Des échanges sont en cours entre les autorités des deux pays qui afin de poursuivre les bonnes relations et la coopération existantes, notamment dans le domaine de l’immigration".

Malaise diplomatique

D’ailleurs la question doit être abordée ce mercredi après-midi, à l’occasion d’une réunion du comité de suivi de la mise en œuvre des accords de Tournai II. De son côté, le ministère belge de l’Intérieur ne souhaite pas commenter l'affaire. Entre les képis belges et français cela vire au malaise diplomatique.

Quant aux migrants, au nombre de treize dont trois mineurs selon les autorités françaises, "ils ont été conduits dans les locaux de la police aux frontières à Lille pour le traitement de la procédure", indique la Préfecture. Les mineurs ont été placés en foyer et les majeurs sont en retenue administrative pour examen de leur situation.

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