Quand les ONG viennent jusqu'à votre porte pour collecter des fonds

Vous êtes chez vous à vaquer à vos occupations, un jour de semaine… soudain, on sonne à la porte. Un livreur ? Un voisin ? Non, un représentant d’une ONG qui vient jusqu’à votre domicile pour collecter des fonds.

Jusqu’ici, le démarchage se faisait surtout dans les rues ou à l’entrée de certains magasins. Mais le confinement puis le déconfinement ont changé la donne. Après des mois d’interruption d’activité, la plupart des associations ont repris le travail dans le courant des mois de juin et juillet… avec parfois quelques adaptations. Le porte-à-porte en fait partie. Objectif de cette pratique pas nouvelle, mais qui s'intensifie : aller chercher les candidats donateurs là où ils sont et combler les trous dans les finances.

"On a restructuré tout le travail qu’on faisait", confirme Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International. Pendant le confinement, Amnesty a reconverti ses recruteurs de rue en téléphonistes. Depuis, le "face to face" ou le "direct dialog" (comme on dit dans le milieu) ont repris. Mais "avec des rendements moindres que ce qu’ils n’étaient auparavant". Une campagne de recrutement en porte à porte est donc prévue par Amnesty, mais pas avant l’année prochaine.

Deux mois et demi sans 'face to face', on l’a senti.

Chez Médecins Sans Frontières (MSF) aussi, les activités ont repris, "mais pas partout", nous dit-on. L’ONG teste en ce moment le porte-à-porte avec l’aide d’une société externe. Une quinzaine de personnes sillonnent le pays pour engranger des dons. Le temps presse, les deux mois de confinement ont privé MSF de plusieurs milliers d’euros. "On espère que ça va être rattrapé, même si ça va être compliqué."

Joyce Browaeys, head of offline acquisition chez Greenpeace, fait le même constat : "Deux mois et demi sans 'face to face', on l’a senti." D’où cette tentation de faire aussi du porte à porte, même si Greenpeace a suspendu ce type de collecte pour le moment. "Le fait qu’on sonne chez des gens, c’est quand même plus invasif. Certains ne veulent pas être dérangés. Même si on respecte les règles de distance, de port du masque…"

Des donateurs plus généreux

Plusieurs ONG le confirment pourtant : même si c’est un travail qui prend plus de temps, le porte-à-porte est une méthode rentable. Les donateurs seraient plus généreux que lorsqu’ils sont recrutés dans la rue. Sans oublier que, depuis quelques années déjà, certaines communes ne voient pas ces collectes d'un bon oeil.

"On touche un public plus âgé, plus à même de rester longtemps donateur", explique Yannick Jaouen, CEO d’ONG Conseil qui s’est lancé dans le porte à porte en 2017. Une quinzaine d’Associations en Belgique font appel aux services de cette entreprise pour organiser leurs collectes de fonds. "En rue, on va avoir un public plus large, donc des donateurs plus fragiles dans le temps", ajoute-t-il.

Un avis partagé par Aurélien Lurquin, Fundraising Manager chez WWF Belgium. Il pointe une "meilleure qualité de donateur" lors des collectes en porte à porte. "La réception est meilleure au porte à porte que dans la rue où gens annulent parfois leur don le jour même ou le lendemain."

Se répartir le territoire

Résultat : l’ONG spécialisée dans la protection de l’environnement et le développement durable a intensifié sa collecte en porte à porte ces dernières semaines. Entre cinquante et soixante ambassadeurs du WWF ont été envoyés sur le territoire belge.

Problème : tous les coins du pays ne se prêtent pas à l’exercice. Les ONG ciblent les zones densément peuplées, avec des habitations proches les unes des autres et faciles d’accès. "Tout le monde essaye d’obtenir les meilleurs lieux, forcément les grandes villes", reconnaît Aurélien Lurquin.

C’est là que l’association pour une éthique dans la récolte de fonds (AERF) entre en jeu. Le but de cette ASBL : cadrer le travail des ONG partenaires et éviter qu’elles ne se marchent sur les pieds, au risque d’agacer les personnes sollicitées. "C’est vrai qu’il y a maintenant plus de porte à porte, confirme Geert Robberechts, secrétaire général de l’AERF. Avec la situation actuelle liée au Covid-19, on est sûr que les gens sont chez eux."

"Une planification assez stricte"

Dans ce contexte, l’AERF joue un rôle de contrôleur. "Il y a une planification assez stricte, précise Geert Robberechts. Les plus grandes communes sont divisées en quartiers. Il existe une planification trimestrielle entre toutes les ONG avec des systèmes de périodes" pour éviter de "surcharger" les candidats donateurs.

Les associations membres de l’AERF ont par ailleurs signé un code éthique (dont la dernière version datée de novembre 2018 est à retrouver en cliquant ici) qui encadre les activités du secteur.

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