Quand le leader mondial du tabac plaide pour un monde sans fumeurs...

Quand le leader mondial du tabac plaide pour un monde sans fumeurs...
Quand le leader mondial du tabac plaide pour un monde sans fumeurs... - © FABRICE COFFRINI - AFP

Vous croyez à une blague? Non, vous avez bien lu. Et cela vient du patron de Philipp Morris, numéro un mondial du tabac. André Calantzopoulos estime que l'on pourrait, d'ici dix ou quinze ans, dans certains pays, diminuer drastiquement le nombre de fumeurs et arrêter le marché de la cigarette. C'est ce qu'il confie dans les colonnes du quotidien français Le Figaro. Mais, même si cela y ressemble, le leader mondial est loin de se tirer une balle dans le pied. Tout est une question de stratégie et de repositionnement. 

Selon lui, pour arrêter la cigarette, il faut un alignement entre les industriels, les gouvernements et les acteurs de la santé publique. Qu'est-ce qu'il propose alors? Des produits alternatifs à la cigarette, secteur dans lequel cherche à se positionner le groupe.  Mais Philip Morris International est le seul acteur à vouloir la fin des cigarettes. "Pour atteindre notre ambition, il faut focaliser toute l'organisation sur ces nouveaux produits. Nous consacrons 70% de nos ressources marketing et commerciales aux produits alternatifs aux cigarettes" explique André Calantzopoulos au Figaro. Et ces produits représentent déjà 19% de leur chiffre d'affaires.

Un repositionnement stratégique et dans l'air du temps. Le groupe réclame d'ailleurs le droit de faire de la publicité sur ces produits alternatifs. "Il faut que les buralistes puissent expliquer les vertus des nouveaux produits aux consommateurs. Pour le moment, il faut payer pour les essayer; comment voulez-vous réussir à convaincre les fumeurs dans ces conditions?" déclare le CEO. 

Il faut dire que pour les industriels, il devient indispensable de trouver des alternatives pour survivre. Les mesures antitabac sont de plus en plus fortes à travers le monde. Chez nous, l'instauration du paquet neutre depuis le 1er janvier ne joue pas en leur faveur. D'ailleurs, les ventes mondiales chutent de 2,5% par an. 

Un bel écran de fumée pour la Fondation contre le Cancer

Pour la Fondation contre le Cancer, il y a eu une prise de conscience des industriels. "Ils se rendent compte que l’on ne plus nier les effets nocifs de la cigarette. Après avoir prétendu pendant des années que ce n’était pas si nocif, le message est passé. Tout le monde sait que c’est nocif. Ils ont donc changé de stratégie et prétendent qu’il y a des produits moins nocifs mais cela reste des produits qui rendent accro à la nicotine" explique Suzanne Gabriels, manager prévention tabac à la Fondation contre le Cancer.

D’ailleurs, ce monde sans fumeurs plaidé par le CEO de Philip Morris International, la Fondation n’y croit pas. "La stratégie de l’industrie du tabac est assez insidieuse. L’interdiction de la publicité pour les produits classiques du tabac les pousse à  utiliser de tels slogans pour ensuite pouvoir faire de la publicité sur les produits alternatifs. C’est un coup marketing derrière un écran de fumée, surtout quand on sait que dans les pays où la législation contre la publicité du tabac n’est pas d’application, ils continuent de faire des campagnes de pub agressives entraînant chaque année de nouveaux addicts…" précise la porte-parole, Sophie Adam qui ajoute que "l’industrie du tabac commercialise ainsi un "substitut" à la cigarette traditionnelle, sans avoir pour objectif ultime l’arrêt total du tabac". Elle pointe également que "leur objectif est toujours de conserver une clientèle qui ne peut pas se passer de leur produit ! Il y a clairement une grande hypocrisie si l'on considère la situation au-delà des frontières européennes, où les produits sont ailleurs plus forts".