Quand le fait d'être musulman devient déjà un délit

Pour Yassine Boubout, pas d’explication alternative possible, son arrestation découle bien de ses origines.
Pour Yassine Boubout, pas d’explication alternative possible, son arrestation découle bien de ses origines. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

L'histoire de Yassine Boubout a été relatée par plusieurs médias flamands cette semaine. Embarqué par la police sans raison apparente lors de simples courses au supermarché, le jeune d'origine marocaine a raconté son histoire sur les réseaux sociaux et lancé le hashtag #MusliminBelgium pour dénoncer les arrestations arbitraires. 

De simples courses

Lundi, Yassine Boubout, un jeune étudiant anversois de 18 ans et marocain d’origine, se rend au supermarché vers midi. Loin d’imaginer que cette simple course va l’amener droit en cellule, il déambule dans les allées: "Ne soupçonnant rien, je suis entré dans le Carrefour pour y chercher mon repas. A ma grande surprise, j’ai vu des agents entrer dans le magasin, mais je ne savais pas que c’était pour moi", raconte-t-il. Alors que je me dirigeais vers la caisse, un agent a pointé une arme de guerre vers mon visage et m’a ordonné de m’agenouiller".

Sa seule présence dans le magasin a en fait suscité des craintes dans le chef d’une des clientes qui contacte la police et signale "un individu suspect portant un sac à dos" comme le relate DaarDaar. Par ces temps de tensions post-traumatiques suite aux attentats de Paris et à la psychose généralisée qui s’est emparée de la Belgique dans un contexte de niveau de menace 4 (puis 3), la réponse des forces de l’ordre ne tarde pas. Yassine Boubout se retrouve donc à genou et nez-à-nez avec une arme de guerre, mis en joue par un policier: "Je suis un étudiant qui arrive de l’école!, a-t-il, en vain, tenté d’expliquer. Totalement apeuré, j’ai demandé à ce que l’arme ne soit plus pointée vers moi. L’agent avait le doigt sur la gâchette et au moindre faux mouvement je pouvais recevoir une balle dans la tête", détaille-t-il sur Facebook. Entièrement fouillé par un policier, le jeune homme est entouré de plusieurs agents armés et d’autres en civil.

Placé dans une cellule du commissariat de Mortsel, l’étudiant reste seul et sans explications de 12h53 à 15h30 jusqu’à ce qu’il parvienne finalement à attirer l’attention d’un agent qui s’informera de la situation et laissera Yassine Boubout sortir alors qu’il n’a, au final, même pas été entendu.

Délit de sale gueule

Pour Yassine Boubout, pas d’explication alternative possible, son arrestation découle bien de ses origines: "La seule raison que je pouvais trouver était liée à mon apparence, au fait que je sois musulman. Après ma sortie, ma frustration n’a cessé de grandir en regardant les nouvelles. Le porte-parole de la police indiquait que je m’étais rendu à plusieurs reprises aux toilettes et que j’avais un comportement suspect. Les images des caméras de surveillance pourront prouver que ce ne sont que des mensonges ".

En colère, l’étudiant ne comprend pas mais évoque par contre les conséquences possibles de ces arrestations arbitraires uniquement basées sur l’apparence ou la couleur de peau: "Les jeunes en ont marre! Moi j’en ai marre! Comment peut-on fonctionner normalement si à chaque fois on nous colle une étiquette de ‘terroriste probable’ sur le front? C’est comme ça que l’on sème le radicalisme, et l’EI en tire avantage".

Yassine Boubout va porter plainte mais n’espère rien. Concernant les raisons justifiants l’utilisation de telles extrêmes de la part des forces de l’ordre, l’inspecteur en chef Sven Verbaenen a expliqué au quotidien De Standaard: "En ces temps, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas réagir à un tel appel". Léger.

L’effet réseaux sociaux

A défaut d’explications satisfaisantes, Yassinne Boubout se tourne alors vers Facebook et interpelle ses contacts dans une longue publication. Son message est liké plus de 12 000 fois et partagés par près de 4600 internautes. Il crée même le hashtag #MusliminBelgium car il n’est évidemment qu’un exemple parmi tant d’autres.

Et signe des temps, alors qu’il reçoit de nombreux messages de soutien, des réactions ouvertement islamophobes viennent également ternir cette tentative de sensibilisation. Twitter, Facebook et islamophobie : un signe des temps finalement.

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