Quand le confinement humain booste la libido animale : petit carnet rose mondial des "bébés coronavirus"

Jamais, dans l’histoire récente notre espèce, un tel événement n’avait eu lieu : un confinement quasi mondial, réduisant de manière drastique et soudaine la mobilité de l’Humain. Des circonstances exceptionnelles, qui ont engendré, et engendreront pendant quelque temps, des conséquences exceptionnelles.

Un des impacts les plus visibles fut celui sur la nature : aux premiers temps des confinements, il n’était pas rare de voir des vidéos circuler, mettant en scène certaines espèces sauvages se baladant dans les villes : des pumas à Santiago au Chili, des dauphins dans le port de Trieste en Italie, des cerfs à Londres,…

Aux deuxièmes temps des confinements, les biologistes et naturalistes se sont rendu compte que certains animaux avaient bien profité de cette nouvelle paix, alors que l’humain bruyant et envahissant leur laissait enfin la place, pour quelques semaines. Des baby-booms ont ainsi été constatés en plusieurs endroits du globe, tout spécialement dans les zoos confinés.

Après 10 ans d’essais, deux pandas s’accouplent enfin

L’accouplement naturel de pandas en captivité, c’est rare, très rare. D’abord parce que la femelle n’est féconde qu’une fois par an, durant une période assez courte. Et parce que le panda ne fricote qu’avec un.e partenaire qui lui plaît. Les zoos et parcs animaliers doivent donc recourir très souvent à l’insémination artificielle pour espérer perpétuer cette espèce en danger d’extinction.

Alors, en avril 2020, quelle fut la joie des employés du zoo Ocean Park à Hong Kong, quand ils virent Le Le et Ying Ying commencer à flirter, et finalement s’accoupler naturellement. Après 10 ans d’essais infructueux, a précisé le zoo. Verra-t-on des bébés pandas naître de cette union exceptionnelle ? Réponse début 2021 : on ne peut détecter une grossesse chez la femelle pendant qu’une quinzaine de jours avant la fin de la grossesse qui dure entre neuf et dix mois.

Succession de baby-booms

Ailleurs sur la planète, les conservateurs des zoos ont constaté de nombreux baby-booms. En mai, le zoo sibérien Krasnoyarsk’s Royev Ruchey a vu naître une dizaine de bébés de différentes espèces : oies égyptiennes, rennes, lama, singe capucin.

En Australie, ce sont des bébés outres, léopard de neiges qui sont nés à Melbourne, et un bébé ornithorynque au Victoria’s Healesville Sanctuary.

Un zoo de Colombie a vu pour la première fois naître des bébés suricate, ainsi que des autruches, des buffles et un cerf à queue blanche. Un autre, au Mexique, a nommé ses deux bébés puma, nés en mai, "Pandémie" et "Quarantaine". Un bel espoir pour la sauvegarde de l’espèce.

Pour tous ces zoos, les employés confirment que beaucoup d’animaux sont bien plus tranquilles sans présence humaine, même si certains sont plutôt décontenancés, ou parfois perdus. Les chameaux du zoo sibérien se sont mis à suivre les employés du zoo, en manque de contacts humains.

Mais il n’y a pas que pour les espèces en captivité que la réduction de l’activité humaine a été bénéfique : en Camargue, les naissances de flamants roses ont été multipliées par 10, pour atteindre 16.000 bébés. Un chiffre qui n’a été atteint que trois fois en trente ans.

S’il n’y a pas encore d’études qui font état d’un lien de cause à effet entre le confinement et ces naissances exceptionnelles, ces baby-booms permettent en tout cas de pousser la réflexion sur le rôle des zoos dans la protection des espèces en parallèle de leur rôle éducationnelle. Jusqu’où l’humain peut-il empiéter sur le bien-être animal pour son amusement ?

Une aubaine pour étudier les interactions humains-animaux

Cette situation extraordinaire n’a pourtant pas que des effets positifs : les espèces urbaines, dépendantes des déchets de l’humain pour leur survie, ont éprouvé parfois beaucoup de difficulté à se nourrir. Egalement, lors des confinements où les activités sportives en extérieur sont autorisées, il a été constaté une augmentation de la fréquentation des espaces naturels, dérangeant ainsi la faune et la flore sauvage. Et enfin, la crise économique liée à cette crise sanitaire fera certainement énormément de dégâts à long terme, avec une accentuation de la pression sur les ressources naturelles.

La communauté scientifique compte, en tout cas, "profiter" de cette "aubaine" et récolter des données de cette situation de confinement exceptionnelle, afin de mieux comprendre l’impact des activités humaines sur le comportement animal, et ainsi étendre les connaissances en conservation des espèces, notamment via le programme "bio-logging".

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