Quand la technologie aide à réparer les vivants: "J'initie le mouvement et ensuite la machine m'aide"

Au sixième et dernier étage de l'hôpital Saint-Elizabeth à Herentals se niche un centre de revalidation dernier cri, le Revalution Center. Doté des dernières technologies, il ambitionne d'être "un lien direct entre la thérapie, la technologie et la recherche". Au point de convaincre des patients de traverser le pays pour passer entre les mains de ses kinés.

Avec son mari, Mieke Borkelmans parcourt chaque semaine les 90 kilomètres qui séparent le centre de leur domicile de Maaseik, dans le Limbourg. Une escapade qui en vaut la peine, à en croire cette souriante sexagénaire. "Je me sens mieux quand je sors d'ici, je sais que chaque séance me permet de faire de gros progrès".

Depuis 6 ans, et une rupture d’anévrisme qu'elle juge "mal soignée", Mieke est hémiplégique, une paralysie totale du côté gauche de son corps. Impossible pour elle de quitter son fauteuil roulant, du moins en temps normal. Car ici, le temps d'une séance, Mieke retrouve l'usage de ses jambes.

C’est un très grand plaisir de marcher à nouveau, de se sentir humaine

Le rituel est bien rodé. Une fois les pieds, les jambes et le buste bien harnachés, le compte à rebours est lancé par Sofie Grillet, sa kinésithérapeute attitrée "Un, deux, trois, on y va !". Devant nos yeux, le corps de Mieke se soulève, et en l'espace d'une poignée de secondes retrouve toute sa verticalité.

Une prouesse rendue possible par l'exosquelette qui enveloppe le corps de la limbourgeoise. Une ossature mécanique, bourrée d’électroniques, qui via des moteurs situés au niveau des genoux et des hanches, permet à Mieke de retrouver sa mobilité. Le temps d'une balade d'une trentaine de minutes, faite de lignes droites, de virages et mêmes de demi-tours, elle s'offre une revigorante bouffée d'oxygène : "C’est un très grand plaisir de marcher à nouveau, de se sentir humaine".

Même constat chez Michael, la vingtaine, paraplégique: "habituellement je suis toujours assis donc c’est vraiment une chouette sensation". Mais en plus de sa vertu psychologique, l'exosquelette constitue ici un outil thérapeutique de premier plan. "Quand on met ces patients debout, ils ne sont pas droits, la machine les aide à retrouver l’équilibre" et la jeune kiné d'ajouter "l'exosquelette permet aussi de faire travailler des muscles habituellement en sommeil".

Un exosquelette bientôt en Wallonie 

Car cet exosquelette développé par une firme américaine, n'est pas un moyen de locomotion, mais bien un instrument de revalidation. Par des capteurs situés sous les pieds du patient, il accompagne les mouvements, mais ne les dicte pas. "C'est moi qui fais le premier pas, avec ma jambe j'initie le mouvement et ensuite la machine m'aide", insiste Mieke. Cette traductrice de formation en est convaincue, ces séances "motorisées" vont lui permettre, à terme, de retrouver l'usage entier de ses jambes.

Si l’exosquelette a fait dans ce centre de revalidation flamand la preuve de son efficacité thérapeutique. Son prix, cent septante mille euros le rend pour l’heure encore introuvable dans le sud du pays. Mais à en croire son importateur exclusif en Belgique, Sébastien Vanderlinden, "des négociations sont déjà bien avancées avec plusieurs hôpitaux wallons".

Transhumanisme et homme augmenté 

Avec le développement de la robotique et des objets connectés, nombre d'innovations ont émergé ces dernières années. Elles visent à "guérir" le corps humain en offrant à des personnes handicapées des facultés perdues. Des lunettes intelligentes redonnent la vue aux non-voyants, quand des prothèses de main bioniques permettent à des personnes amputées de manipuler à loisirs les objets du quotidien.

Ces innovations ont incontestablement amélioré la vie quotidienne des personnes en situation de handicap. Mais elles ont aussi ouvert de nouveaux débats de société et des formes de contestation sur l’homme augmenté et le transhumanisme. De quoi inspirer la création artistique. L'exposition "The Art of Difference" à Bozar, en propose un tour d'horizon jusqu'au 26 août.

Un implant contre l'obésité

Dans son laboratoire de l'ULB, Antoine Nonclercq, lui, travaille sur une innovation destinée à contrer l'un des fléaux de notre époque, l'obésité. 8 ans de recherche pour aboutir à un implant en silicone, pas plus gros qu'une pièce de deux centimes d'euros, aux pouvoirs insoupçonnés. "Dans l'implant on a un circuit électrique relié à deux électrodes, ces électrodes une fois placées sur la paroi de l'estomac vont envoyer des impulsions de courant et cette information va être remontée au cerveau et engendrée chez le patient un sentiment de satiété".

Freiner la sensation de faim en stimulant le nerf pneumogastrique, qui contrôle l’appétit, c'est l'objectif du professeur Nonclercq et de son équipe de chercheurs internationaux. En partenariat avec le service de Gastro-entérologie de l'hôpital Erasme, ils ambitionnent d'offrir aux quelques 500 millions d'adultes obèses sur la planète, un traitement plus léger. "Aujourd'hui on propose aux personnes obèses une réduction du volume de leur estomac, c'est une chirurgie relativement lourde, notre implant lui passera par l’œsophage, donc sans chirurgie, et sans risque lié à la chirurgie".

Reste que cet implant en est encore au stade de test. Le premier essai clinique sur l'homme n'est pas prévu avant deux à trois ans. Le temps de surmonter tous les obstacles administratifs et financiers propres à ce genre d'innovations.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK