Quand la pauvreté complique le retour à la maison d'un enfant hospitalisé

Certains parents précarisés voudraient prolonger le séjour à l'hôpital de leur enfant
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Certains parents précarisés voudraient prolonger le séjour à l'hôpital de leur enfant - © RTBF

L'hospitalisation d'un enfant est souvent une épreuve pour des parents. Mais quand la famille vit dans la pauvreté, c'est parfois le retour à la maison qui s'avère difficile. Plusieurs hôpitaux nous ont parlé de ces parents qui tentent de prolonger l'hospitalisation de leur enfant, alors qu'il n'y aucune raison médicale de le garder.

"C'est le contexte qui a changé, témoigne Manivone, infirmière à l'hôpital d'Etterbeek-Ixelles (Iris Sud). Avant, les grands-parents étaient encore présents pour entourer la famille. Aujourd'hui, je crois que les parents se sentent seuls. Ils ont peur."

Peur d'être livrés à eux-mêmes avec un enfant convalescent. Peur aussi de ne pas pouvoir payer le traitement ou le médicament, une fois qu'ils seront rentrés à la maison. 

Créer une relation de confiance

"Certains parents ne sont pas en ordre de mutuelle ou sont en situation irrégulière, explique Virginie Bertinchamps, coordinatrice du service social des Hôpitaux Iris Sud. Nous devons être vigilants pour que les enfants puissent rentrer à la maison avec leurs médicaments, par exemple. Comme les durées d'hospitalisation ont tendance à se réduire, nous avons très peu de temps pour créer une relation de confiance avec les parents.

Bien souvent, les assistantes sociales n'attendent pas la fin du séjour hospitalier de l'enfant pour entamer des démarches. Lorsqu'elles sentent que le retour à domicile risque de poser problème, elles contactent le CPAS ou d'autres structures d'aide. Le service social apporte même parfois un soutien matériel ou financier pour permettre à la famille de quitter l'hôpital dans de bonnes conditions.

L'objectif, Virginie Bertinchamps ne le cache pas, c'est clairement d'éviter une prolongation de l'hospitalisation. "On doit faire comprendre aux parents que l'hôpital n'est pas un endroit d'hébergement, que c'est un endroit où on vient, on reçoit les soins, puis on s'en va."

On doit faire comprendre aux parents que l'hôpital n'est pas un endroit d'hébergement

Un enfant qui reste hospitalisé alors qu'il pourrait rentrer chez lui, c'est une place en moins pour un autre enfant qui en aurait besoin. Cela augmente également le risque pour le jeune patient de contracter une autre maladie qui circule dans le service.

Pression ministérielle pour des courts séjours

Cette prolongation a aussi un coût pour la sécurité sociale, reconnaît Dominique Thibaut, responsable du service social du CHR Mons-Hainaut : "Il y a quand même cette pression ministérielle qui est là, puisque les séjours doivent être de plus en plus courts. L'hôpital est un lieu d'expertise, de traitements, un lieu technique. C'est vrai que ça coûte très cher à l'INAMI. Donc, on nous demande de réduire au maximum le séjour hospitalier pur pour pouvoir envisager le relais vers le réseau externe, à domicile ou dans des structures spécialisées".

Il y a quand même la fibre sociale des médecins

Cela dit, quand les situations sont vraiment difficiles, les pédiatres acceptent parfois de faire une exception. "Il y a quand même la fibre sociale des médecins, précise Dominique Thibaut. Même si on a des pressions pour réduire les durées de séjour, s'il est nécessaire de garder un enfant quelques jours de plus pour permettre un retour dans de meilleures conditions, bien sûr qu'on le fera. Mais à nous d'éviter au maximum ce genre de prolongation de séjour."

Heureusement, nous dit-on, pour la très grande majorité des enfants, même précarisés, le retour à la maison est plutôt vécu comme un soulagement par les parents.

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