Quand la mode casse les codes du genre

Qui a dit que les robes et les jupes étaient juste pour les filles ? Le magazine Vogue US de ce mois de décembre prouve le contraire. En couverture, c’est le chanteur britannique Harry Styles qui trône. Un choix audacieux déjà parce que c’est le premier homme qui occupe seul cette place depuis la création de ce magazine, véritable référence et institution de la mode. Et puis, le chanteur apparaît en robe. Si Harry Styles apparaît régulièrement dans des vêtements piochés dans le vestiaire des femmes, le choix de Vogue témoigne très clairement une volonté de faire bouger les lignes d’une mode encore très genrée. "Cette couverture est étonnante parce qu’elle interpelle. La robe et la jupe sont les derniers tabous du vestiaire de la femme que les hommes ne veulent pas porter" explique Ingrid Van Langhendonck, la rédactrice en chef du magazine So Soir.

 

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Quand la mode casse les codes du genre © Tous droits réservés

Si Harry Styles choisit la robe et la jupe, d’autres hommes s’habillent dans des magasins pour femmes. C’est le cas de Jonathan, un trentenaire fan de mode. Jeans larges, sweats, baskets, chemises, t-shirts, etc. 70% de ce qu’il porte vient des rayons femmes. Pour lui, ce n’est pas une volonté de paraître féminin mais cela a plutôt un côté pratique et il recherche l’originalité. "Déjà, je mesure 1m71 et que je suis assez mince. Généralement, les pantalons pour garçons ne tombent jamais correctement sur moi et les pulls non plus. C’est juste l’envie de me sentir bien dans les vêtements que je porte et c’est une manière de me démarquer. Puis, il y a plus de variétés chez les filles et à des prix généralement moins élevés."

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Jonathan constate que sa venue dans des boutiques pour femmes étonne encore parfois. "Parfois il y a de la surprise, parfois un grand intérêt et parfois c’est compliqué" confie-t-il. Sarah Froidbise, gérante d’un magasin à Waterloo, nous assure que les hommes osent de plus en plus franchir les portes de sa boutique. "Cela arrive de plus en plus souvent. Comme on est dans une mode plus oversize et androgyne au niveau des coupes, des imprimés par exemple, cela peut inciter les hommes à venir dans les boutiques pour femmes puisque la femme s’habille aussi un peu plus comme un homme."

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Les grandes enseignes de prêt-à-porter l’ont bien compris. Elles sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à proposer des collections "unisexe". Une tendance qui vise en particulier les plus jeunes. "Cette mode est intéressante parce qu’elle permet à des jeunes qui sont en quête d’identité de ne pas être obligés tout de suite de se déterminer et donc de pouvoir identifier quel est leur style, leur personnalité de manière plus progressive" décrypte Ingrid Van Langhendonck. Mais pour la rédactrice en chef de So Soir, il y a aussi un côté marketing. "Il y a des clichés dont on ne se débarrassera pas si facilement. Ces collections et ces marques non genrées sont toujours basées sur un vestiaire masculin. Ce sont des pantalons larges, des sweats informes, des blazers avec des larges épaules. On n’est pas sur une toge neutre par exemple. On a plutôt gommé la féminité."

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Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas si l’on regarde dans l’histoire. "Ce n’est qu’au moment de la révolution industrielle que le costume de l’homme devient pantalon, veston dans des tons neutres. Il est extrêmement restrictif et sobre. Avant cela, si on remonte dans le temps, les hommes aimaient porter des broderies, des volants, des rubans, etc. et donc ce stéréotype masculin est arrivé au tournant du 19e siècle, s’est installé et on a du mal à s’en défaire aujourd’hui" constate Ingrid Van Langhendonck. "Les stéréotypes genrés ont la dent dure. Mais les hommes commencent à oser. Il y a aura une transformation mais elle risque de prendre du temps."

Le geste de Harry Styles en couverture de Vogue sonne donc comme un acte de liberté et montre que les codes de la mode sont en train d’évoluer.

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