Quand la génération mai 68 débarque dans les maisons de retraites

Quand la génération mai 68 débarque dans les maisons de retraites
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Quand la génération mai 68 débarque dans les maisons de retraites - © Tous droits réservés

On connaît tous la "génération mai 68", ces étudiants en colère qui se sont engagés dans un mouvement de contestation contre le système et toutes les formes d’autorités. Les revendications étaient diverses et le mouvement avait été embrayé par de nombreux ouvriers.

Mai 68, c’était il y a presque 50 ans, cette jeunesse a grandi, a vieilli aussi. Cinquante ans plus tard, ces enfants du baby-boom sont à la retraite ou, en tout cas, le seront bientôt. L’occasion de se demander si ces révolutionnaires ont décidé de mener la vie dure aux maisons de retraite ou au contraire si le volcan s’est refroidi.

Premier exemple: cette proposition révélatrice de l’évolution des mœurs et de l’ouverture de la société, la proposition de la secrétaire d’État en charge de l’Égalité des Chances qui souhaite instaurer un label “Gay Friendly” dans les homes bruxellois.

Pas encore de changement radical

Stéphane Wallaert, directeur de la séniorie de Braine-le-Château ne constate, pas encore, de révolution brutale dans les demandes. "Evidemment, on constate une demande accrue en ce qui concerne un accès à internet. Mais pas de réel changement dans les mentalités ou les exigences des patients. On remarque qu'ils ont une grande capacité d'adaptation. Ils tournent la page, changent de tempo dans leur vie. Même si il y a toujours eu des personnes difficiles, et il y en aura toujours. Mais il faut savoir que les mentalités sont différentes ici et à Bruxelles, l'offre est également différente".

A Bruxelles justement, Jean Claude Demeuse, directeur opérationnel chez Vivaltohome sent un frémissement et prédit des modifications exponentielles dans les cinq années à venir. "Les gens veulent plus de confort, plus de technologie, plus de Wi-Fi. En 15 ans la population a évolué, la moyenne d'âge dans nos établissements est passée de 75 à 85 ans. Ils vieillissent mieux et vivent plus longtemps. Même si, étant donné qu'ils arrivent plus tard, ils ont de moins en moins d'autonomie. Pour le futur, les infrastructures devront être axées sur le bien être et le confort et nous devrons proposer des activités différentes pour répondre aux demandes qui évoluent sans cesse. Mais globalement les changements se font petit à petit".

En ce qui concerne le label "Gay Friendly", il ajoute: "On n'a pas attendu une directive pour accepter des personnes homosexuelles dans nos homes. On l'a déjà fait. Il y a 4 ans on s'est plutôt posé la question de l’accueil des séropositifs par exemple, on réfléchit dans ce sens aussi. On répond aux attentes et à l'ouverture d'esprit. Mais c'est clair qu'à Bruxelles l'offre doit correspondre à l'ouverture d'esprit des gens. En province, on se rend compte que l'esprit de village est encore fort présent, dans certains homes où il n'y pas de personnes de couleur dans les employés par exemple".

Marie Pierre Delcour, directrice d'Inforhomes avance une autre problématique: "C'est plutôt l’accueil des couples qui veulent résider ensemble qui pose problème. Nous ne sommes pas organisés pour cela en terme d'espace, de territoire privatif et d'intimité. Mais concernant l’accueil des personnes homosexuelles, il n'y a pas de problèmes particuliers à signaler. On prône la diversité, aussi bien dans l'aspect culturel mais aussi en matière de préférence sexuelle. Il ne faut pas se concentrer sur ce cas en particulier, il faut voir la diversité dans un contexte plus global, celui de l’accueil de l'autre. Tout ça est sans doute lié à cette nouvelle génération, celle de mai 68 aussi. Le secteur est en pleine mutation, l'offre évolue mais c'est surtout la demande qui change. Ces personnes qui commencent à arriver, même si elles perdent en autonomie, n'ont pas moins de revendications pour autant". Cette nouvelle génération accepte moins de chose et cela se remarque déjà. "Ils veulent plus d'espace, plus de confort matériel, ces personnes ont été habituées à vivre dans d'autres conditions que les retraités d'il y a 20 ans, elles veulent que cela se répercute dans leur maison de retraite". Au niveau de leur comportement on remarque aussi une plus grande facilité à exprimer des difficultés qu'auparavant, "la parole se libère".

Mais pour Marie Pierre Delcour, nous sommes certes à un moment charnière dans l'histoire des maisons de repos, mais ce n'est pas forcément réjouissant. "Beaucoup de personnes âgées devront recevoir des allocations pour pouvoir vivre, dans un futur plus proche que ce que l'on ne croit. Le home est un service qui sera de plus en plus inaccessible pour de plus en plus de personne".

Une génération qui annonce le changement

Il est clair que ces soixante-huitards, issus du baby-boom vont entraîner de nombreuses modifications dans la société. Comme ils l'ont fait tout au long de leur vie. Nés après 1945, ils n’ont pas connu la guerre, leur vie professionnelle s’est déroulée dans le climat euphorique des Trente Glorieuses et ils ont été les premiers à vivre la libération des mœurs.

Dans ces conditions, ils comptent bien profiter pleinement de leur retraite. Même si pour certains, c'est une génération de chanceux, ils seront peut être les derniers à vivre ce pour quoi ils se seront battu. De plus, selon certaines études, cette génération de retraités serait la plus heureuse et la mieux dans sa peau. Ces nouveaux retraités seront de gros consommateurs de loisirs et feront évoluer l'idée même de la retraite. Ils sont bien décidé à se faire plaisir. Si l'on y ajoute une espérance de vie boostée par les progrès de la médecine, ces jeunes retraités ont toutes les raisons de faire des envieux. 

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