Quand l'intelligence artificielle s'intéresse à notre santé

L’intelligence artificielle, l’IA, a déboulé dans nos hôpitaux et chez nos spécialistes. Elle est en pleine expansion. Loin du petit robot plus ou moins humanoïde qui vous accueillerait à l’entrée de la clinique, ces nouveaux outils virtuels intelligents miment nos vrais réseaux de neurones. Ils sont capables de détecter parfois mieux que des radiologues des tumeurs ou des lésions. Car ils ont appris en étudiant des centaines de milliers de vrais examens médicaux. Ils constituent une aide précieuse pour les médecins car ils débroussaillent le terrain parmi des centaines de milliers d’images et d’information.

Nous avons choisi deux exemples concrets d’application dans le domaine du diagnostic, l’un dans un service d’imagerie médicale, l’autre en cardiologie.

Nous avons rendez-vous avec Jean-Flory Luaba Tshibanda. Ce neuroradiologue suit l’évolution des patients atteints de sclérose en plaques. Sur l’ordinateur, il nous montre l’image IRM du cerveau d’une patiente. L’important, nous confie-t-il, c’est surtout d’évaluer l’augmentation du nombre et du volume des lésions dans le cerveau qui apparaissent en blanc sur l’image. Mais, apparemment avec la multiplication des examens IRM, cela devient très compliqué. "Il faut savoir qu’en une journée, un radiologue peut être amené à voir de 6000 jusqu’à certains jours 40.000 images à analyser, pour un cerveau humain, on commence à atteindre des limites de performance. C’est ce qui justifie de s’adjoindre des aides technologiques."

Intelligence artificielle à la rescousse

Voilà pourquoi, depuis 4 ans, l’intelligence artificielle vient à la rescousse du radiologue.

"L’IA va segmenter les lésions, les classifier, et en évaluer très précisément le volume. Avec ces informations, je peux dire s’il y a une augmentation de la charge lésionnelle. Avant cela m’aurait pris des heures, aujourd’hui, c’est une question de quelques minutes parce que ce sont des logiciels entraînés et c’est cela la grande force de l’IA."

Et c’est vrai que la machine est intelligente. Elle apprend, toute seule, en digérant des centaines de milliers d’images de vrais examens normaux ou pathologiques qui ont été validées par des radiologues. Elle est ensuite capable de déterminer ce qui est normal ou ce qui ne l’est pas.

Ce radiologue ne craint pas l’arrivée de l’intelligence artificielle. Car pour lui, l’IA est déjà très réglementée. Les fournisseurs de logiciels ont encore bien du mal à obtenir une agréation. Dans ce domaine d’imagerie médicale, seule une trentaine d’entre eux aurait reçu le label européen.

Des applications difficiles à faire agréer

Frédéric Lambrechts est CEO d’une petite start-up liégeoise qui a mis au point une plateforme dédiée à l’imagerie médicale pour relier fournisseurs et utilisateurs d’IA. Il nous explique pourquoi c’est si difficile de se faire agréer : "La vie d’un patient peut en dépendre, on peut produire un diagnostic qui n’est pas le bon. L’algorithme qui est fourni par l’un de ces fournisseurs se doit d’être robuste, d’avoir été testé sur une population vraiment large, et validé par un nombre de radiologues suffisamment important pour s’assurer que la machine dit la vérité."

Dans le cas du service qui nous a accueillis, la machine dit la vérité plus de 9 fois sur 10.

Il est loin le temps où l’intelligence artificielle avait la forme de petits robots plus ou moins humanoïdes qui accueillaient les patients à l’entrée de l’hôpital. Aujourd’hui, elle ressemble à nos réseaux de neurones capables de prouesses y compris en cardiologie. C’est l’autre application concrète dont nous avons choisi de vous parler.

Prédire l’indétectable, l’IA ferait mieux que le cardiologue

C’est la phobie de tous les cardiologues : comment prédire une fibrillation auriculaire, un incident cardiaque à l’origine d’AVC ou d’insuffisance cardiaque. Très fréquente, elle touche près de 150.000 personnes en Belgique. Le problème, c’est qu’avant la survenue d’une crise, même sur un électrocardiogramme, le cardiologue ne détecte rien. Et Là encore, l’intelligence artificielle semble faire mieux.

Jean-Marie Grégoire, est cardiologue spécialisé dans cette pathologie. Il est à l’initiative d’un nouveau logiciel d’IA qui va peut-être sauver des vies : "Une minute avant, il est capable de dire, huit fois sur dix, qu’une fibrillation auriculaire va se produire. Moi, c’est zéro fois. Nous, cardiologues, nous sommes incapables de prédire quand cette fibrillation va se produire !"

Hugues Bersini, professeur d’intelligence artificielle à l’ULB, dirige le labo Iridia qui a mis au point l’outil. "Le cardiologue en question, avait gardé énormément d’enregistrements d’électrocardiogrammes sur des centaines et des centaines de patients, dans lesquels, il y avait de la fibrillation. On a donc nourri notre système d’apprentissage avec toutes ces données. Grâce à cela, on a pu entraîner la machine, à prévoir l’apparition des crises de fibrillation."

L’avancée serait majeure mais l’application doit encore être agréée.

Alors l’intelligence artificielle va-t-elle prendre la place de nos médecins ?

C’est la question que nous avons posée à nos deux interlocuteurs. Pour le cardiologue, c’est non : "Le microscope voit les bactéries et moi, je ne les vois pas. Cela ne m’empêche pas d’utiliser le microscope. Il ne prend pas ma place, c’est moi qui prends la décision."

Même réponse pour le neuroradiologue : "L’IA fera beaucoup de choses, même mieux que nous, parce qu’il y a des limitations en termes de capacités humaines. Mais il y a une chose sur laquelle la machine n’aura pas de prise, c’est la dimension humaine qu’il y a dans la prise en charge du malade."

C’est sûr, l’intelligence artificielle investit le secteur médical mais plus qu’ailleurs encore, il faudra bien l’encadrer car il s’agit dans ce cas-ci de données hypersensibles celles qui concernent notre santé.
 

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