Quand Coca-Cola sponsorisait des études scientifiques sur les sodas, avec droit de regard

Le quotidien Le Monde publie ce mercredi une enquête sur l’influence de Coca-Cola sur les études scientifiques et le monde de la santé. Le journal explique comment Coca Cola a dépensé pendant des années des millions pour influencer des chercheurs et autres professionnels de la santé. L’objectif était d’obtenir des études positives sur les effets des boissons de la marque, et surtout de faire oublier les risques liés à leur consommation. Une pratique qui a pris fin aujourd’hui, assure le géant américain.

En fait, ces révélations découlent d’une autre enquête dévastatrice pour Coca-Cola, menée en 2015 par le New York Times. Le journal américain avait dévoilé l’influence de Coca-Cola dans le financement d’études scientifiques visant à offrir un nouveau regard sur l’obésité. Avec comme leitmotiv : ce n’est pas tant la malbouffe et la consommation de sodas sucrés qui sont à l’origine de l’épidémie d’obésité, c’est tout simplement le manque d’exercice physique.

Scandale aux Etats-Unis, et Coca-Cola promet alors la transparence totale : publication des activités financées, des noms des experts… Aux Etats-Unis, puis en France en 2016. Ce sont ces données que Le Monde a passées au peigne fin, des données françaises antérieures à 2016 donc.

Clauses en petits caractères

Le quotidien français se base aussi sur une étude académique publiée ce mercredi : Sarah Steel, professeure à Cambridge passe en revue des contrats conclus entre Coca-Cola et des universitaires canadiens et américains. 87.000 pages…

Nous n’avons pas pu consulter ces contrats, mais à la lecture de certaines clauses en petits caractères, Sarah Steel affirme que Coca-Cola « s’y réserve le droit d’interrompre les contrats sans motif ». Or « les clauses et conditions de ces contrats ne sont pas cohérentes avec les déclarations faites par Coca-Cola sur son site Internet »Un contrat avec l’Université de l’Etat Louisiane pour une étude menée en 2012 et qui dit : « Le commanditaire ne donnera pas son accord sur le contenu de l’article, mais il a le droit de l’examiner et de formuler des commentaires avant qu’elle ne soit soumise à publication. » L’étude portant sur la consommation de boissons sous l’effet de la chaleur n’a finalement pas été publiée. C’est un exemple, il y en a d’autres.

Le Monde a voulu en savoir plus en tentant la même recherche en France. Résultat : un cortège d’études, de colloques, de symposiums, d’articles, de diététiciens, de nutritionnistes, de médecins du sport. Sponsorisés par Coca-Cola.

Exemple : un papier sur le rapport entre la consommation de boissons sucrées et le poids, avec la conclusion qu'il n’existe pas « nécessairement » de relation causale… L’auteure, une psychologue, a été rémunérée 2000 euros pour cette mission. Autres sujets : l’hydratation chez les ados, les effets de l’aspartame… Pour un montant total de près de 8 millions d’euros depuis 2010 rien que pour la France. Car il y a les petites études à moins de mille euros, et puis des projets plus ambitieux qui frisent le million d’euros.

Coca-Cola: « Plus de financement depuis 2016 »

Rares cependant sont les publications datant d’après 2016, date à laquelle la générosité de la firme est en nette diminution, note Le Monde qui précise : « La multinationale assure avoir mis un terme à ce type de collaboration après 2016 ».

Et en effet, c’est ce que nous confirme Coca-Cola en Belgique : « La recherche et la transparence et l’intégrité sont importantes. C’est pourquoi, depuis 2016, The Coca-Cola Company n’a pas financé de manière indépendante la recherche sur des questions liées à la santé et au bien-être, conformément aux principes directeurs de la recherche publiés sur notre site Web depuis lors. Nous avons adopté ces lignes directrices pour répondre aux questions qui peuvent survenir lorsque nous sommes le seul bailleur de fonds de ce type de recherche. »

Coca-Cola se défend donc clairement : la société ne soutient plus ce type de recherche orientée vers la santé et le bien-être et suppose que par le passé, le sponsoring qui a pu être fait correspondait à ses directives de recherche.

En outre Coca-Cola publie toutes les recherches qu’elle a pu financer depuis 2010 et garantit le plein contrôle des études, en toute transparence, en précisant bien qu’elle n’a nullement le droit d’empêcher la publication des résultats de ces recherches. Coca-Cola pointe d'ailleurs une conclusion de l'étude de Sarah Steel :  « Certains accords précisent que Coca-Cola a la décision finale en ce qui concerne la publication de documents soumis à un comité de lecture avant l’approbation du rapport final du chercheur. Coca-Cola peut ainsi, si désiré, empêcher la publication d’études défavorables, mais nous n’avons trouvé aucune preuve de cela à ce jour dans les courriels que nous avons reçus. »

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