Qu’est-ce qui a réellement permis de ralentir la seconde vague de coronavirus en Belgique ?


Cet article a été édité le 13 novembre pour corriger une erreur de date dans l'hypothèse 2


 

Même si notre pays est loin d’être tiré d’affaire, avec notamment un nombre de décès quotidiens qui dépasse presque tous les jours les 200 morts, la seconde vague de l’épidémie de coronavirus semble bien avoir atteint son pic en Belgique, comme en témoignait Yves Van Laethem lors du point presse du centre de crise de ce mercredi 11 novembre.

Le nombre de patients en soins intensifs semble avoir atteint un plafond, celui des personnes hospitalisées se stabilise, et surtout celui des nouvelles admissions est en baisse depuis une semaine environ. Le nombre des nouvelles contaminations est en chute libre depuis un peu plus longtemps, même s’il faut le mettre en parallèle avec la diminution du nombre de tests, et le changement de stratégie. Mais alors qu’on ne teste plus que les symptomatiques, le taux de positivité, c’est-à-dire le pourcentage de tests positifs, tend lui aussi à baisser depuis une dizaine de jours.

Mais à quoi attribuer cette baisse ? Selon la réponse que l’on y apporte, les conclusions au niveau politique pourraient largement différer. Certaines voix s’élèvent en effet pour lever les mesures de confinement dès que possible, puisqu’elles ne seraient plus nécessaires.

Nous n’avons pas ici la prétention de trancher le débat, mais juste d’envisager les différentes hypothèses et les arguments pour et contre pour les privilégier :

L'évolution en temps réel de l'épidémie de coronavirus en Belgique en chiffres et graphiques

Adeline Louvigny avec Meili Vanegas-Hernandez (graphes et carte) et Ambroise Carton Depuis mi-juillet, le nombre de cas de coronavirus recommence à augmenter sensiblement dans notre pays, laissant planer l'ombre d'une seconde vague.

Hypothèse 1 : ce sont les effets du "confinement partiel" mis en place depuis le 2 novembre

C’est le réflexe le plus logique : attribuer cette baisse au reconfinement instauré en Belgique.

Argument pour : toutes les études comparatives et les expériences menées dans d’autres pays le démontrent, le confinement, avec une limitation stricte des déplacements est une des mesures les plus efficaces pour limiter la transmission du virus. Celui que nous vivons, même s’il est un peu moins strict qu’au printemps, devrait donc avoir un effet positif sur la transmission du virus.

Argument contre : il faut quelques jours pour voir l’effet d’une mesure, qui correspond au temps nécessaire pour contaminer ou non, que les symptômes apparaissent, que le test ait lieu, etc. Or, la diminution du nombre de cas comme le taux de positivité s’observent dès le 27 octobre, soit AVANT que les mesures ne soient d’application. Ce qui fait conclure un peu vite à certains qu’elles n’ont pas d’utilité. L’idée n’est en effet pas seulement de casser la courbe, mais de ramener les contaminations et les hospitalisations à un niveau beaucoup plus bas.

Pour la cassure, l’argument est toutefois imparable, elle ne peut pas avoir été provoquée par ces mesures de reconfinement.

Dans le même esprit, la suspension des cours dans le primaire et secondaire ne peut pas avoir provoqué la cassure dans les transmissions, puisqu’elle est intervenue à partir du 28 octobre, soit… juste après celle-ci.

Hypothèse 2 : cela correspond au rythme "naturel" du développement du virus, dont l’intensité de la transmission finit toujours par faiblir

Dans cette hypothèse, les mesures restrictives n’auraient servi à rien, le niveau de transmission était de toute façon en train de baisser.

Arguments pour : L’argument des tenants de cette thèse, c’est que "toute épidémie finit par redescendre, le fait d’atteindre un pic ne permet pas a lui seul de conclure à l’effet des mesures". Christophe De Brouwer, ancien président de l’École de Santé publique de l’ULB, va même plus loin : pour lui, "les poussées épidémiques, au-delà d’un seuil épidémique raisonnablement placé, durent généralement quelque 6 à 8 semaines". En plaçant le début de cette poussée épidémique à la semaine 39 (21-27 septembre), lui conclut qu’il était logique que la phase épidémique se termine au plus tard à la semaine 48, donc fin du mois de novembre.

"Non seulement, il n’y avait aucune base scientifique aux mesures prises, elles n’empêchent rien. En fait, différentes observations montrent qu’elles accélèrent le phénomène infectieux et donnent très probablement des biscuits pour sa réactivation comme on le constate avec cette poussée infectieuse-ci assez marquée dans les pays du lock-down rigoureux".

Argument contre : la courbe de propagation de cette seconde vague selon les régions était très différente de celle de la première vague. Dans un premier temps, seule la Wallonie a connu une croissance exponentielle, tandis que la Flandre n’a suivi cette tendance qu’avec une dizaine de jours de décalage, et une incidence donc beaucoup plus basse qu’au sud du pays. Les mesures, de fermeture des cafés et restaurants, ou de limitation des présences à l’université, ont par contre été prises partout en même temps… et ont provoqué une cassure au même moment. Or, si la cassure était uniquement liée à une évolution naturelle de l’épidémie, elle aurait dû survenir plus tard en Flandre…

D’autre part, on a beaucoup de contre-exemples au fait qu’un confinement rigoureux ait favorisé la réapparition du virus, que ce soit dans les pays asiatiques, en Nouvelle-Zélande, voire en Allemagne.

Hypothèse 3 : la baisse est liée aux premières mesures prises à la mi-octobre, notamment la fermeture des restaurants et cafés

 

Argument pour : au niveau du calendrier, ça colle : une étude comparative des mesures par pays indique que les effets ne sont jamais immédiats : il a fallu au moins une moyenne de 8 jours après leur introduction pour observer leurs premiers effets. Or, en Belgique la cassure des contaminations et du taux de positivité est intervenue 8 jours après l’instauration de nouvelles mesures concernant notamment la fermeture des restaurants et cafés, et l’enseignement supérieur. Et une nouvelle étude très fouillée de l’université de Stanford montre le rôle important qu’ont pu jouer les restaurants dans les infections de la première vague aux Etats-Unis : "les restaurants étaient de loin les endroits les plus risqués" conclut l’étude.

D’autre part, c’est à Bruxelles que les contaminations ont commencé à baisser, plus vite que les autres régions du pays : or, la région avait pris des mesures de limitation par rapport à l’Horeca avant les autres régions du pays : les cafés y étaient fermés depuis le 7 octobre.

Rappelons que les universités ont aussi eu l’obligation de basculer en code orange à partir du 19 octobre. Certes, les cours à distances étaient déjà répandus, mais ils ont été renforcés, et le basculement s’accompagnait de la suspension de l’ensemble des activités extra-académiques. Or, un nombre important de contaminations passait par les étudiants, pas nécessairement au cours, mais aussi en dehors des auditoires. Supprimer ces possibilités de contacts et donc de transmission peut donc objectivement avoir eu un effet sur le développement de l’épidémie.

Argument contre : dans l’étude des "clusters" en Belgique, des foyers importants de transmission, identifiés, les restaurants et cafés n’apparaissaient jamais en tête. En supprimant leur fréquentation, on n’aurait donc pas touché aux principaux lieux de contamination qui étaient identifiés en Wallonie comme le foyer familial et l’école. Il faudrait alors trouver ailleurs la raison de cette baisse. Reste à voir si les lieux de contamination avaient bien été identifiés, puisqu’au contraire de l’étude américaine, la définition de ces "clusters" se basait uniquement sur les déclarations des personnes tracées.

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