QR : "Pour les primo acquéreurs, on devrait mettre en place une taxe de 6% ou encore étaler les taxes dans le temps" estime l’économiste Bruno Colmant

En Wallonie, une personne sur trois est locataire et à Bruxelles c’est une personne sur deux. Selon une enquête menée par le groupe expert en immobilier CBRE, 73% des personnes qui habitent un bien loué souhaiteraient devenir propriétaires. Il y a donc clairement des freins à l’accès à la propriété. QR l’actu a fait le point de la situation avec Renaud Grégoire, porte-parole de la fédération des notaires et Bruno Colmant, économiste et directeur de la banque Degroof et Petercam.

Prix de l’immobilier trop élevés ?

En 20 ans, les prix sur le marché de l’immobilier ont plus que doublé et les salaires n’ont pas du tout suivant cette tendance. Par ailleurs, avec la crise sanitaire, le marché continue de grimper. Pour Renaud Grégoire, porte-parole de la fédération des notaires, le marché est en surchauffe : "Le marché a connu ces derniers mois une véritable flambée et ça sera difficilement tenable si cela perdure mais il y a encore des biens accessibles sur le marché". Pour l’économiste Bruno Colmant, cette crise on a amené beaucoup de liquidité sur le marché et la valeur des actifs comme les actions et les biens immobiliers ont augmenté. Parallèlement à cela, les taux d’intérêt sont très bas. Donc cela concourt à une hausse des prix. Et puis toujours avec cette crise, la demande s’est renforcée parce qu’il y a plus de demande que d’offre".

Frais de notaires trop élevés ?

L’Observatoire des prix s’est notamment penché sur l’évolution des honoraires des notaires liés aux actes de vente immobilière de gré à gré entre 2000 et 2019. Avec les hausses du prix des logements et du nombre de transactions, les honoraires des notaires perçus dans ce cadre ont augmenté de 65,9% sur la période. Pour le SPF économie, les tarifs notariaux sont "d’un autre temps". Le porte-parole des notaires précise à ce propos que le marché est très sécurisé grâce au travail des notaires mais il n’exclut pas que l’on revoie le système et a fortiori les tarifs. "Le barème qui fixe les honoraires des notaires date des années 80 et depuis lors le marché de l’immobilier a très fortement augmenté. Maintenant, il faut aussi savoir que la complexité des actes peut être très fastidieuse et des opérations à sécuriser et tout cela a un coût".

Trop de taxes ?

Bruno Colmant juge effectivement les taxes liées à l’immobilier trop élevées : "Les droits d’enregistrement, la TVA, ce sont des impôts proportionnés or quand les prix de l’immobilier augmentent, les taxes augmentent de la même proportion. Il n’y a pas de limite. C’est un obstacle au marché et aux primo acquéreurs. La Flandre nous donne la voie que l’on doit suivre selon moi avec bientôt une taxe de 6% pour les nouveaux propriétaires contre 12,5 en Wallonie. On pourrait aussi étaler les taxes dans le temps en fonction du revenu. Il faut être créatifs". De son côté, Renaud Grégoire souligne qu’il y a tout de même toute une série d’aides pour les jeunes acquéreurs en Wallonie mais cela n’est sans doute pas suffisant.

Des banques trop frileuses ?

Les banques exigeraient trop de garanties et ne prêteraient plus suffisamment. La critique est connue, et pour cause, plus question d’espérer emprunter 120% de la valeur d’un bien. Très souvent, il doit se limiter à 80%. Selon Bruno Colmant, les banques essaient aussi de protéger les emprunteurs contre eux-mêmes. En effet il ne faudrait pas que l’emprunteur se retrouve fragilisé lors d’une perte d’emploi ou d’un divorce, avec un emprunt trop lourd à porter. D’ailleurs, la Banque nationale elle-même est attentive à ce que les banques n’accordent pas trop de quotités. Pour Renaud Grégoire, il est faux de comparer les frais de loyer avec des frais d’emprunt : "Si vous payez un loyer, cela ne veut pas dire que vous serez capable de payer un remboursement d’emprunt du même montant. Lorsque vous êtes propriétaire, vous devez pouvoir faire face à des frais importants, comme le remplacement d’une chaudière, par exemple".

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