Psychomotricien: un métier bientôt illégal?

Psychomotricien: un métier bientôt illégal?
Psychomotricien: un métier bientôt illégal? - © RTBF

La psychomotricité ne fait pas partie des professions paramédicales, ni des soins de santé.  C'est la Ministre de la Santé, Maggie De Block qui le confirme.  Le diagnostic qu'elle vient de poser fait bondir les étudiants et les professionnels du secteur.

Le courrier est arrivé hier matin sur le bureau du ministre en charge de l'enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles.  Il provient de la Ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block.  Elle y confirme qu'elle ne veut pas reconnaître les psychomotriciens comme nouvelle profession des soins de santé.  Une décision que la ministre n'a pas souhaité commenté ce matin.

Et pourtant, cette décision va impacter près de 500 praticiens, tous francophones.  Ils ne pourront plus poser des actes relevant de l'art de guérir.  Anne Thijmans est psychomotricienne depuis 20 ans.  Elle est aussi présidente de l'Union Professionnelle Belge des Psychomotriciens Francophones.  Spécialisée dans les problèmes de langage et d'agressivité chez les enfants, son cabinet ne désemplit jamais.  La demande est forte, mais cette décision de la ministre risque de contraindre certains de ses collègues à fermer leur cabinet.  "La menace, c'est qu'ils soient dans l'illégalité de l'art de guérir ou de la profession paramédicale.  Et donc, c'est ce que Mme De Block répète à nouveau, et tous mes collègues sont vraiment menacés de devoir suspendre leur activité."

Un millier d'étudiants sont également touchés.  Depuis cinq ans, sept écoles francophones proposent un bachelier en psychomotricité.  Des diplômes qui ne vaudraient donc plus rien.  Maxime Mory, président de la FEF (fédération des étudiants francophones) explique: "Je pense qu'il y a une certaine forme de désarroi d'avoir fait trois années d'études pour rien.  Maintenant, on compte pour la fédération des étudiants francophones, et je pense également pour l'union professionnelle, ne pas en rester là, et bien évidemment continuer nos actions, qu'elles soient juridiques mais également peut-être plus sur le terrain."  C'est le cas pour Camille Rottoli, étudiante en 2ème bac à l'HELMo (Haute Ecole Libre Mosane), qui n'est pas du tout intéressée par les perspectives d'avenir qui lui restent: "Moi, j'espère travailler dans la thérapie, dans la rééducation pourquoi pas.  Mais là, malheureusement, on nous ouvre les portes à l'éducation et là, ce n'est pas ce qu'on cherche."

La Haute Ecole Libre Mosane, HELMo, fait partie des huit écoles francophones qui propose un bac en psychomotricité.  Dans cette école, comme ailleurs, les inscriptions sont en chute libre depuis qu'un doute planait sur l'avenir de la profession.  Alexandre Lodez, directeur d'HELMo, explique: "Il y a une diminution vraiment très nette, un peu moins dans le Hainaut parce qu'il y a beaucoup plus d'accès pour les Français.  Mais par exemple, ici, à HELMo, on est quasiment à quatre fois moins d'étudiants en première année que d'habitude."

Psychomotricien est pourtant une profession reconnue en France et dans d'autres pays d'Europe depuis parfois plus de 40 ans.  Etudiants et professionnels espèrent donc encore faire revenir la Ministre de la Santé à la raison même si pour cela ils doivent passer par la justice pour y parvenir.

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