Profil d'une oeuvre

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Tout le monde s'est déjà servi un jour des analyses littéraires de la collection « profil d'une œuvre » pour terminer un devoir. Aujourd'hui plus besoin d'aller à la librairie, de passer commande et parfois d'attendre quelques jours pour pouvoir disposer de l'analyse littéraire d'un bouquin: elles sont disponibles en ligne. On en parle avec Véronique Patte.

Parmi les différents sites payants ou gratuits existants, il y a www.fichesdelecture.com, un site mis sur pied par un jeune concepteur namurois aujourd'hui installé à Bruxelles qui propose quelque 2500 analyses d'œuvres classiques et contemporaines. Ce type de site peut il avoir des effets pervers sur la lecture ? Cela peut en effet inciter certains étudiants vu la facilité offerte par le web à ne pas lire l'œuvre et à s'adonner au copié collé intempestif. La différence avec avant, c'est que le copié collé nécessitait du travail, de la lecture - les profils d'une oeuve font 50 pages, ici on parle d'analyse en 5 à 10 pages - des découpages, du recopiage. Donc, une certaine forme de réflexion. Sur le web, un clic et c'est joué. Maintenant, les profs ne sont pas dupes, ils peuvent très vite démasquer les faussaires.

Le prof a bien sûr son rôle à jouer. Il est important de pas se limiter à cet aspect négatif des fiches et les rejeter car il est clair que le prof est là et que parmi tous les outils pédagogiques dont il dispose, ces fiches peuvent tout aussi bien être des accroches pour amener les élèves à en faire plus. Avec internet, la télé, les jeux vidéo, la pire des punitions pour la plupart serait de les obliger à lire un quart d'heure. Donc pourquoi ne pas utiliser ce type d'outil comme point de départ en le lisant en classe, car l'interprétation d'une œuvre est déjà un exercice en soi et nécessite des connaissances.

Et puis le rôle du prof est essentiel face à cette pléthore de fiches ou autres analyses disponibles sur internet. Là-dedans, derrière chaque fiche, il y a un auteur, une identité et même s'il s'agit d'un prof, il exprime à travers son analyse ce qu'il est, raciste, marxiste, que sais-je et donc de tels outils laissés à la disposition  des ados sans cadre n'est pas sans risque.

Est-ce bien réaliste de faire lire les grands classiques aux jeunes? On les lit souvent trop tôt et on n'y comprend rien et pourtant ils gardent leur utilité s'ils sont encore une fois bien cadrés par le prof. Un prof de français me confiait que faire lire les classiques aux ados, c'est la meilleure façon d'enrichir leur vocabulaire même s'ils écorchent les mots et en rient. Quand la syntaxe est compliquée et qu'ils n'y comprennent rien, le fait d'analyser les phrases les pousse à ouvrir leur esprit, à le faire évoluer, à se concentrer. Elle me disait aussi que même s'il est difficile de les intéresser aux époques, si l'œuvre raisonne avec leur préoccupations - l'amour, l'amitié, la liberté comme c'est souvent le cas dans les classiques qui véhiculent les grandes valeurs - , peu importe que cela se passe en calèche, en train ou en avion. Ils se raccrochent à des situations et tout cela amène de la discussion, du débat, de la perspective.

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