Le père et la mère de Sadia reconnus coupables d'assassinat, 25 ans et 15 ans de prison

Les parents de Sadia ont été reconnus coupables de l'assassinat de leur fille, lors de ce second procès d'assises
Les parents de Sadia ont été reconnus coupables de l'assassinat de leur fille, lors de ce second procès d'assises - © BELGA PHOTO ERIC LALMAND

25 ans de prison pour Mahmood Sheikh Tariq, 15 ans Parveen Zahida: les peines sont tombées au procès bis de l'assassinat de la jeune Sadia Sheikh, après le verdict intervenu mercredi soir peu avant minuit aux assises de Namur. Le jury a déclaré coupables les parents de Sadia Sheikh, en tant qu'auteurs ou co-auteurs de l'assassinat de leur fille avec la circonstance aggravante qu'il s'agissait bien d'un crime de haine. Le père a de plus été reconnu coupable de tentative de mariage forcé.

Contrairement au premier procès, les motivations du jury sont très détaillées. Elles se réfèrent à plusieurs témoignages entendus durant ces trois semaines de procès. Marc Preumont, avocat de l'Institut pour l’Égalité des femmes et des hommes, partie civile : "Alors c'est un verdict qui est très, très longuement motivé comme vous vous en êtes rendu compte, avec des références très précises à tous les témoignages, à toutes les expertises, à tous les éléments du dossier et donc nous avons ici une motivation qui est vraiment très dense, très très nourrie, très charpentée."
 
La notion de crime d'honneur est reconnue : Sadia a été tuée parce qu'elle était une femme. Le crime d'honneur, le complot familial , la pression des parents pour pousser les enfants à tuer leur sœur rebelle sont donc reconnus. Michel Pasteels, directeur de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes : "On considère dans cette tradition, que c'est le père qui décide tout, que la mère influence et que finalement, cette jeune femme n'a pas le droit de disposer de son corps, elle ne peut pas choisir son mari mais même de sa vie et donc en ce sens effectivement, c'est important, cette décision."

Pour la sœur de Sadia, les jurés n'ont rien compris

Cette décision satisfait la partie civile. Ce jugement donne raison à Sadia qui "voulait vivre sa vie". "C'était une femme qui refusait de se soumettre et c'est cela qui avait entraîné la solution la plus radicale", a commenté Me Preumont.

"Encore une fois, on n'a rien compris! C'est quoi la preuve? On veut condamner pour condamner? Je ne crois plus en la justice", a commenté Tahira, une des sœurs de Sadia.

Le père et la mère condamnés respectivement à 25 et 15 ans de prison 

Les jurés ont retenu la gravité extrême des faits commis à l'encontre de la victime "brillante, aimée de tous et promise à un bel avenir". Ils estiment que les parents ont agi avec un mépris inadmissible pour la vie humaine, et qui plus est à l'égard de leur propre fille.

Concernant le père, la cour considère qu'il a manqué à ses promesses vis-a-vis de sa fille, et ce pour qu'elle se soumette au mariage arrangé avec son fiancé pakistanais. Il a choisi la pire des solutions en éliminant sa fille pour rétablir l'honneur bafoué de la famille, a-t-on relevé.

En outre, plutôt que d'accomplir la matérialité des faits lui-même, il a fait exécuter l'acte par son propre fils, a pointé la cour, qui a aussi dénoncé son absence totale de remords.

Pour ce qui est de la mère, la cour a retenu son chantage affectif. "Elle a usé de l'ascendant qu'elle avait sur son fils pour l'emmener dans l'entreprise criminelle."

Les avocats, critiques

Me Michel Bouchat, l'avocat de Mahmood Shiekh Tariq,  s'est dit "dégoûté", sans faire davantage de commentaires. Il avait sollicité l'acquittement de son client, estimant que Mudusar, le frère de Sadia, avait agi seul pour tuer sa soeur et que ce n'était pas les parents de Sadia qui avaient incité leur fils à tirer.

Me Dusaucy, le conseil de Parveen Zahida, avait aussi plaidé l'acquittement de sa cliente. Même si la peine de sa cliente est réduite de cinq ans par rapport à celle rendue en décembre 2011, "c'est un verdict de culpabilité que l'on ne peut pas accepter, mais je respecte la décision des jurés", a-t-il déclaré. Il relève que les jurés ont tenu compte de "l'exception culturelle", soit "le fait qu'elle ait été baignée dans cette tradition". Ce qui peut notamment expliquer ses croyances, son attachement aux coutumes et son comportement, de par l'éducation qu'on lui a inculqué. L'avocat a apprécié que les motivations "ne soient pas lacunaires comme à Mons l'année passée". "Ici, leur décision est motivée par cinq pages denses" , a-t-il ajouté.

La sœur de Sadia, Tahira, s'est interrogé à l'annonce du verdict. "Vous trouvez normal de condamner des gens vieux et malades? Ont-ils seulement commis ce crime?"

La cour n'a pas donné une peine contre une crime, mais contre une civilisation dont ils ont peur, estime-t-elle. "Rien ne prouve que mes parents sont coupables, je suis dégoûtée. La cour nous a pris nos parents alors qu'on a déjà perdu une soeur, et que ma petite soeur et mon frère sont en prison. Ils n'ont pas compris", a conclu Tahira.

En décembre 2011, lors du premier procès, le père avait écopé de la même peine, tandis que la mère avait été condamnée à 20 ans.

RTBF avec Belga
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