Procès pour harcèlement sexuel contre l’artiste Jan Fabre : "Ça a ouvert le débat"

Ce mardi débute à Anvers le procès de l’artiste contemporain belge Jan Fabre. Il est poursuivi par douze danseuses de sa compagnie pour "harcèlement sexuel" et "attentat à la pudeur".

En 2018, Benjamin, danseur vivant à Bruxelles, expliquait au micro de Françoise Baré le climat de domination qui pouvait régner au sein du milieu de la chorégraphie : "Ce n’est pas un rapport de sexualité, c’est d’abord un rapport de pouvoir. Il n’y a pas les méchants hommes qui veulent habiller les femmes, c’est dans les deux cas, hommes et hommes, hommes et femmes. Moi, j’ai des expériences difficiles et je me suis senti très mal à l’aise […] C’est parfois, pour un danseur, être poussé aux limites de l’épuisement, frontalement et sans ménagement, puisque l’idée est encore trop souvent répandue que le maître, le chorégraphe, doit faire souffrir pour extirper le meilleur d’un danseur".

Suite à ces plaintes, les chorégraphes s’étaient engagés à faire bouger les lignes. Qu’en est-il en 2021 ? Cathy Min Jung, directrice du théâtre Le Rideau à Bruxelles, était invitée sur La Première pour faire le point.

C’est clair que le domaine de l’art est un métier où il est question de désir

"L’affaire Jan Fabre n’est pas un cas isolé, note-t-elle. Après, de là à dire que ce sont des pratiques courantes, c’est peut-être un peu trop. Mais ce sont des choses qui ont toujours existé et qui existent encore, et la différence est qu’aujourd’hui, elles ne sont plus laissées sous silence, on les met en lumière, on en parle et c’est une bonne chose".

"C’est toujours lié au pouvoir, c’est toujours lié à la confusion entre pouvoir et séduction. C’est toujours lié à des questions comme ça. C’est clair que le domaine de l’art est un métier où il est question de désir, où il faut éprouver du désir artistique et ça peut être souvent confondu avec la notion de désir sexuel. Et ça se mélange avec tous ces rapports au pouvoir".

Des mesures ont-elles été prises ? "Des mesures vraiment concrètes, je n’en ai pas eu vent, mais par contre, il y a quelque chose qui est né au sein du secteur et qui est très intéressant, c’est que ça ouvre le débat. Il y a des groupes de soutien, il y a des endroits où l’on peut déposer sa parole et ses témoignages, où on peut être entendu, et il y a différents collectifs qui ont mis en œuvre la possibilité d’accompagner des victimes, que ce soit au niveau psychologique, à l’endroit du dépôt de la parole et du témoignage, mais aussi dans l’accompagnement juridique pour que ces personnes ne se retrouvent pas seules et isolées et soient entourées pour se défendre".

Ce ne sont pas ses actes qui vont effacer son œuvre artistique

Un spectacle de Jan Fabre a été annulé à Charleroi et l’une de ses statues a été déboulonnée à Anvers. "Son œuvre est gigantesque, elle est célèbre et elle a marqué l’histoire de l’art belge, remarque Cathy Min Jung. Ce ne sont pas ses actes qui vont effacer son œuvre artistique".

Pour autant, elle ne se verrait pas travailler avec lui. "Sans avoir comme critère le boycott d’un artiste ou d’une artiste dont je n’apprécie pas les comportements, en amont de cela, il n’y a pas chez moi le désir de collaboration, puisque travailler avec un artiste, c’est collaborer. Et le choix de mes collaborateurs n’irait pas vers des personnes qui ont des mauvaises pratiques en termes de gouvernance".

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