Procès Nemmouche: Nacer Bendrer confirme que Nemmouche lui a demandé une kalachnikov

Le procès de la tuerie au Musée juif de Belgique a repris ce mardi aux assises de Bruxelles. Mehdi Nemmouche a refusé de s'exprimer. "Je ne souhaite pas m'exprimer. Je laisserai mes conseils s'exprimer. Vous avez vidé la liste des témoins de toutes mes demandes, a-t-il déclaré à la présidente qui lui demandait "son état d'esprit". Je fais savoir respectueusement à vous madame la présidente et aux jurés que je ne m'exprimerai pas."

Il a toutefois nié avoir tiré le 24 mai 2014 sur quatre personnes, mais a avoué avoir été porteur d'une kalachnikov avec munitions au printemps 2014 et d'un revolver P38 special.

Le soir, il m'a demandé de lui trouver une kalach

Nacer Bendrer a de son côté accepté de répondre aux questions. Il a affirmé avoir rencontré Mehdi Nemmouche à la prison de Salon-de-Provence. "Une personne normale et sociable", selon lui, avec laquelle il a partagé la même aile de la prison pendant 3 mois. Mais Mehdi Nemmouche aurait changé pendant son incarcération : "Il avait une barbe".

Il a toutefois estimé qu'il n'y avait pas de "radicaux", des gens "qui n'écoutent pas de la musique, qui ne fréquentent pas de fille", dans la prison.

Bendrer a ensuite avoué être venu à Bruxelles dans la soirée du 9 avril 2014 voir Nemmouche car ce dernier voulait lui proposer "une bonne affaire", mais "rien d'illicite". Selon les enquêteurs, il a agi dans la précipitation car il a réservé un billet de train la veille, à 23h25.

La présidente a rappelé que les deux hommes ne s'étaient plus vus depuis leur sortie de prison et que Bendrer a fait ce voyage sans son téléphone. Point sur lequel elle a demandé des explications: "J'ai une carte prépayée, elle ne marche pas à l'étranger. J'ai donc donné mon téléphone à mon ami pour qu'il le ramène à mon frère parce que je ne suis pas le seul utilisateur de ce téléphone". 

Bendrer a ajouté qu'il pensait que "cette affaire" concernait de la drogue. Ils se sont donc retrouvés à la gare: "On est parti, on a bu un verre. Le soir, il m'a demandé de lui trouver une kalach". 

Bendrer dit qu'il ne savait pas à quoi elle allait servir

"Si Mehdi Nemmouche vous demande une kalachnikov, lorsque vous venez le voir à Bruxelles le 10 avril 2014, on peut supposer qu'il sait que vous allez pouvoir lui fournir?", a demandé la présidente de la cour à Nacer Bendrer."Non, dans la rue, vous demandez. Vous n'êtes pas sûrs, vous demandez quand même", a-t-il répondu. "Je lui ai dit: "je vais voir ça". Il m'a proposé évidemment de me la payer. Je pensais la chercher à Marseille, dans le milieu", a poursuivi l'accusé.

A la question de savoir si une telle arme est facile à trouver, Nacer Bendrer a déclaré: "ça dépend. Des fois, tu vas trouver, des fois, tu vas pas trouver".

Nacer Bendrer a maintenu ne pas avoir cherché l'arme que Nemmouche lui avait demandé, car il préparait son permis de conduire.

Enfin, quant à savoir si Mehdi Nemmouche lui avait confié ce qu'il projetait de faire avec cette arme, l'accusé a répondu par la négative. "Il ne m'a pas dit à quoi elle allait servir et je ne le lui ai pas demandé". Il a précisé que son ancien co-détenu ne lui avait demandé qu'une seule arme, une kalachnikov, rien d'autre.

Lors de son arrestation, Nacer Bendrer avait des armes prêtes à tirer près de son lit, mais l'accusé a expliqué qu'il ne s'y connaissait pas en armes.

Dans un tout autre dossier, une écoute téléphonique a révélé une conversation dans laquelle un homme dit: "Nacer le Marseillais a fourni la grande à Nemmouche"Un témoin entendu dans ce dossier a estimé que Bendrer s'était radicalisé en prison et parlait beaucoup de la Syrie. L'accusé n'a donné aucune explication sur le sujet. 

Mehdi Nemmouche s'est laisser arrêter sans opposer de résistance

La défense de Mehdi Nemmouche a requis son acquittement : il "n'est pas l'homme qui a appuyé sur la détente", a déclaré Me Laquay, l'un de ses avocats. La défense se fonde sur une série d'éléments, notamment le fait qu'aucune trace d'ADN ni d'empreintes de Mehdi Nemmouche n'ait été retrouvée sur la porte du Musée juif ainsi que sur la détente et la crosse du revolver alors que le tireur ne portait pas de gants. 

Les avocats estiment que si Mehdi Nemmouche était le tueur, il aurait dû savoir que son revolver était défectueux, et aurait eu une attitude différente lors de son arrestation le 30 juin 2014 à Marseille. "Le tueur est un professionnel surentraîné qui a fait preuve d'une maîtrise exceptionnelle, a expliqué Me Taelman. Mehdi Nemmouche, lui, s'est laisser arrêter sans opposer de résistance. S'il était le tueur professionnel, il aurait utilisé sa kalachnikov et aurait tiré 600 coups par minutes." 

Une exécution ciblée d'agents du Mossad

Enfin, la défense a pointé une image tirée de la vidéosurveillance qui aurait été retouchée sur Photoshop : sur les images de vidéosurveillance, le tueur porte des lunettes de soleil et ne les enlève à aucun moment. Pour la défense, les lunettes de soleil ont été effacées de cette image et, à la place, on a ajouté un regard, un nez,… La défense se demande pourquoi cette photo a été truquée pour constituer un nouveau visage. La défense a également réfuté images du repérage au Musée juif.

Les avocats de Mehdi Nemmouche ont affirmé que Nacer Bendrer aurait été arrêté dans le but de produire des déclarations contre Mehdi Nemmouche. L'avocat de Bendrer, Me Vanderbeck, a déclaré qu'il n'était pas au courant d'un tel accord entre son client et le parquet fédéral. "Ce type d'accord est non seulement une hérésie, mais, en plus, il n'existe pas" souligne l'avocat.

La défense de Nemmouche a également expliqué qu'il ne s'agissait pas le 24 mai 2014 d'un "attentat, mais d'une exécution ciblée d'agents du Mossad.

Un juré révoqué et remplacé car jugé non neutre

Auparavant, le tribunal avait annoncé que la proposition de révocation du 2e juré était recevable et fondée : ce juré a travaillé en lien hiérarchique avec un acteur de premier plan de ce procès, un des juges d'instruction cité comme témoin. Il aurait dû le révéler lors de la constitution du jury. La présidente souligne que cette décision n'est pas à l'encontre de sa personnalité, mais bien de sa profession. Il sera remplacé par un juré suppléant. Le procureur et la défense de Nacer Bendrer avaient demandé cette récusation. 

La présidente a annoncé la suspension de l'audience vers 17h05. L'interrogatoire de Nacer Bendrer reprendra mercredi matin dès 9h. Nemmouche a indiqué qu'il ne s'exprimerait pas non plus. La présidente a précisé que les images du 24 mai 2014 seront diffusées demain. 

Le procureur fédéral a par contre soulevé une incohérence. La défense a demandé à ce que soit diffusé un reportage de la RTBF sur l'affaire Nemmouche. Pourtant, la semaine dernière, la présidente a demandé aux jurés de ne pas trop lire les différents médias. Selon le procureur fédéral, c'est donc incohérent. Pour Me Courtoy, si le parquet fédéral s'oppose à la diffusion, c'est, une fois de plus, pour masquer les liens avec le Mossad, soulevés dans ce reportage.

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